Modifié le 30 août 2016 à 08:29

Le réseau de diplomatie scientifique Swissnex critiqué pour son "opacité"

Le Swissnex de San Francisco: une tête de pont scientifique et technologique entre la Suisse et les Etats-Unis.
Le Contrôle fédéral des finances s'attaque à Swissnex, critiqué pour son opacité Forum / 3 min. / le 29 août 2016
Swissnex, réseau chargé de représenter la Suisse à l'étranger dans le domaine scientifique, est sous le feu des critiques du Contrôle fédéral des finances, qui l'accuse d'opacité dans un rapport publié lundi.

Le Contrôle fédéral des finances s'attaque à une icône de la Suisse branchée et innovante. La diplomatie scientifique helvétique, incarnée par le réseau Swissnex, serait une boîte noire dont les objectifs et les finances sont opaques.

Pire, ce flou, dénoncé par le Contrôle des finances dans un rapport publié lundi, renforcerait le risque de doublons avec d'autres antennes internationales de la Suisse à l'étranger.

Audit "exceptionnellement critique"

Seize ans après son lancement dans un esprit de start-up, le réseau Swissnex se voit soudain couvert de reproches. 

Les inspecteurs fédéraux l'affirment: leur audit de rentabilité sur le réseau Swissnex est exceptionnellement critique, car il est rare de tomber sur une entité fédérale aussi peu transparente dans sa gestion et ses comptes.

"On tombe de moins en moins souvent sur ce genre de ‘blackbox’ [boîte noire, ndlr.]", atteste le vice-directeur du Contrôle fédéral des finances, Eric Jeannet.

"On aurait dû s'y intéresser plus tôt"

"Dans le cas présent, peut-être que l’on aurait dû s’y intéresser beaucoup plus tôt. Cela aurait aussi permis d'améliorer le système avant", affirme-t-il, en souhaitant que les mesures préconisées par l'audit apportent une "chance d’être beaucoup plus transparent, d’apporter la preuve que la coordination se fait avec les autres entités".

Visiblement, c'est le côté start-up, fonceur et peu formaliste du concept Swissnex qui passe mal. Son idée de créer des lieux d'échanges internationaux pour valoriser l'innovation suisse est née au début des années 2000, avec une première antenne ouverte à Boston. Aujourd'hui, il y en a cinq et le réseau compte environ 60 emplois à plein temps.

Vues divergentes sur le budget

Côté budget, Swissnex tourne officiellement avec 5,5 millions de francs par année. Mais le Contrôle fédéral des finances estime que les fonds fédéraux se montent en fait à au moins 10 millions. Et surtout, la part privée serait en fait plus petite de 20% que ce qui est mis en avant quand on évoque le modèle de partenariat de Swissnex.

L'audit souligne également que de nombreux "coûts redondants" pourraient être évités, surtout en matière de communication et de marketing. A la question des économies possibles, le Contrôle fédéral des finances répond avec une certaine ironie que ce n'est pas chiffrable, tant il a déjà été difficile de reconstituer le budget actuel. Il faudrait en tout cas davantage encore intégrer les antennes Swissnex aux ambassades existantes.

Rôle de Swissnex "pas compris"

Des deux côtés, on n'a pas caché que l'accouchement de cet audit s'est fait dans la douleur. Le rôle même du réseau Swissnex n'aurait pas été compris par le Contrôle fédéral des finances, estime le Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI).

"Il y a un terme que je réfute catégoriquement, c’est celui de blackbox. Le fait d’avoir une difficulté à comparer les chiffres d’un endroit à l’autre ne signifie pas qu’on les cache", proteste son responsable, l'ambassadeur Mauro Moruzzi, chef de la division relations internationales du SEFRI.

"Le système est efficient"

"J’aimerais vous inviter à regarder l’ensemble de l’audit qui, relève que le système est efficient. Qu’il y a une très grande motivation des collaborateurs. Que tous les partenaires se sont révélés extrêmement satisfaits des prestations qui ont été offertes. Et que nos concurrents au niveau mondial essayent d’imiter la structure et la manière de fonctionner des Swissnex", déclare encore Mauro Moruzzi.

>> Ecouter son interview:


Ludovic Rocchi/kkub

Publié le 29 août 2016 à 19:11 - Modifié le 30 août 2016 à 08:29