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Le niveau des retraites se joue dans les urnes avec l'initiative AVSplus

Initiative populaire AVSplus, pour une AVS forte. [Dominic Steinmann - Keystone]
Initiative populaire AVSplus, pour une AVS forte. [Dominic Steinmann - Keystone]
Une revalorisation de 10% des rentes vieillesse est soumise au peuple le 25 septembre avec l'initiative "AVSplus: pour une AVS forte". Une solution pour contrer "le massacre des rentes" ou "une opération insensée", selon les camps.

Lancée par l'Union syndicale suisse (USS), l'initiative AVSplus réunit tous les syndicats et les grandes organisations de salariés du secteur public. Elle est soutenue par le Parti socialiste et les Verts, mais est combattue par les organisations patronales ainsi que les partis de droite et du centre.

Avec une hausse de 10% des rentes de l'assurance vieillesse et survivants (AVS), les promoteurs de l'initiative entendent compenser l'érosion des retraites des Suisses due notamment à la diminution des prestations de la prévoyance professionnelle (PP), le deuxième pilier du système de retraite.

Maintenir le niveau de vie

"Dans la Constitution fédérale, il est stipulé que l’AVS et la PP doivent permettre de maintenir de manière adéquate le niveau de vie antérieur à la retraite. Mais comme les rentes des caisses de pension ne cessent de se détériorer, il est nécessaire d’améliorer celles de l'AVS", argumente Paul Rechsteiner, président de l'USS et conseiller aux Etats (PS/SG).

L'initiative est soumise au vote populaire en plein examen par le Parlement de la réforme Prévoyance vieillesse 2020, qui prévoit le relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, un financement complémentaire de l'AVS par une augmentation maximale de la TVA de 1,5 point et un abaissement du taux de conversion (>> Lire aussi: L'âge de la retraite pourrait passer à 67 ans en 2030, selon un projet de loi).

L'objectif est de garantir le financement et de maintenir le niveau des rentes après 2020, lorsque la génération des "baby boomers" arrivera à la retraite, entraînant une forte hausse du nombre de bénéficiaires.

>> Ecouter les arguments d'Alain Berset

Le conseiller fédéral Alain Berset en charge de la Santé publique. [Lukas Lehmann - Keystone]Lukas Lehmann - Keystone
"L'initiative AVSplus n'est pas une alternative", affirme Alain Berset / Forum / 12 min. / le 5 juillet 2016

La question du financement

"Cette initiative torpille le projet de réforme", affirme Isabelle Moret (PLR/VD). La conseillère nationale rappelle que sans réforme, l'AVS passera dans les chiffres rouges en 2020. D'après les estimations, le déficit structurel s’élèvera à 800 millions de francs et pourrait même atteindre 7 milliards de francs en 2030.

Il est logique que lorsque les rentes s’améliorent nous devions payer quelque chose en plus. Mais c’est un prix très modeste

Paul Rechsteiner, président de l'USS

Si l'initiative était acceptée, s'ajouteraient dès 2018 près de 4 milliards de francs de dépenses supplémentaires. Celles-ci se monteraient à 5,5 milliards de francs en 2030, selon les opposants. "A ce moment-là, le trou de l’assurance-vieillesse se montera à 12,7 milliards de francs, une somme énorme", relève Isabelle Moret.

"Il est logique que lorsque les rentes s'améliorent nous devions payer quelque chose en plus. Mais c’est un prix très modeste", réplique Paul Rechtsteiner. D’après les calculs des promoteurs de l'initiative, il suffira d’augmenter les montants perçus sur les salaires de 0,8 point de pourcentage – pour moitié à la charge des employeurs et pour l'autre moitié à celle des employés – afin de financer cette hausse de 10% des rentes.

Utile aux bas revenus?

Autre reproche énoncé par les opposants au texte: le principe de l'arrosoir, qui pourrait avoir des conséquences perverses. Avec une hausse de 10% des rentes pour tous, on distribuerait de l’argent même à ceux qui n’en ont pas besoin. "Dans les faits, on avantage uniquement les personnes qui n’ont pas droit aux prestations complémentaires (PC), ou qui sont bien nantis, tout en pénalisant les plus défavorisés", s'insurge Isabelle Moret.

"Les principaux bénéficiaires d'une augmentation de 10% des rentes sont les personnes qui ont un faible revenu", soutient de son côté Paul Rechsteiner.

>> Lire aussi: Le travail en Suisse, un sanctuaire qui résiste à tous les assauts

cab avec Swissinfo

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Les chiffres de l'initiative

Le texte des syndicats demande une augmentation des rentes de 10%. Le coût total s'élèverait à 4,1 milliards de francs.

Comme solution de financement, les initiants proposent une hausse de 0,4% de cotisation de la part des salariés et autant des employeurs.

Un retraité vivant seul recevrait ainsi 2400 francs de plus par année et un couple 4200 francs. Ce supplément devrait être versé au plus tard en 2018

A l’heure actuelle, la rente minimum de vieillesse (sans lacunes de cotisations) se monte à 1175 francs par mois. La rente maximum s’élève à 2350 francs, respectivement à 3525 francs pour un couple marié.

Le supplément de 10% correspondrait donc à un minimum de 117,50 francs et un maximum de 352,50 francs par mois.