Modifié le 08 septembre 2018 à 11:33

Jean Zermatten: "La Suisse viole clairement les droits de l'enfant au Tessin"

Jean Zermatten, ancien président du comité des droits de l'enfant de l'ONU.
Jean Zermatten, ex-président du comité des droits de l'enfant de l'ONU L'Invité de la rédaction / 21 min. / le 12 août 2016
Alors qu'au moins 80 migrants ont été refoulés à la frontière tessinoise, l'ex-président du comité des droits de l'enfant de l'ONU Jean Zermatten estime que la Suisse contrevient sans détour à la convention adoptée en 1989

"Je pense que la Suisse viole clairement la convention relative aux droits de l'enfant. Elle n’est pas un élève modèle en la matière et sa politique d'asile a déjà été critiquée." Cet avis tranché, Jean Zermatten l'a exposé vendredi dans le Journal du matin de la RTS.

Revenant sur la condition chaotique des quelque 80 mineurs non accompagnés refoulés à la frontière tessinoise et campant à présent dans la ville italienne de Côme, le Valaisan a largement abondé dans le sens d'Amnesty International.

Mercredi, l'ONG avait en effet déjà dénoncé un non-respect de la convention relative aux droits de l'enfant, arguant que la Suisse ne tenait pas compte de l'intérêt supérieur du mineur afin qu'il puisse "rejoindre, le plus vite possible, les membres de sa famille en Suisse ou ailleurs".

"Ne pas jouer avec la vie des enfants"

Cette situation pourrait-elle changer? Non, pas dans l'immédiat. Car elle est restée ferme, Simonetta Sommaruga. Jeudi, la conseillère fédérale a martelé plusieurs fois face à la presse que la Suisse ne voulait pas "devenir un pays de transit" pour les migrants désireux de se rendre au nord de l'Europe.

>> Lire: "La Suisse ne veut pas devenir un pays de transit" des migrants

Et si la ministre de la Justice a déploré une "réalité insoutenable à Côme", elle a pourtant affirmé appliquer à la lettre les accords de réadmission passés avec l’Italie. Cette posture indigne Jean Zermatten, pour qui "on ne peut pas jouer avec la vie des enfants".

Et l'ancien juge des mineurs du canton du Valais de rappeler que les Etats sont souverains pour autant qu’ils respectent les traités internationaux de rang supérieur: "A un moment donné, on ne peut pas se retrancher derrière la politique du tout sécuritaire pour faire plaisir à certains partis de droite. Il faut aussi qu'on respecte ce qu'on a signé."

kg

Publié le 12 août 2016 à 09:40 - Modifié le 08 septembre 2018 à 11:33