Modifié le 10 juin 2016 à 12:00

Les licenciements abusifs après un congé maternité restent courants

Les licenciements abusifs suite au congé maternité sont de plus en plus nombreux
Les licenciements abusifs suite au congé maternité sont de plus en plus nombreux 19h30 / 2 min. / le 09 juin 2016
Certaines femmes enceintes ou de retour d'un congé maternité sont harcelées au travail, voire licenciées. Les politiques reconnaissent le problème et certains veulent même augmenter les sanctions.

"Ils m'ont poussée à bout pour que je parte. Ils ont même douté de ma grossesse (...) J'ai dû justifier que j'avais un stérilet, qu'il s'est déplacé et que je suis tombée enceinte", témoigne Filomena (prénom d'emprunt) au 19h30 de la RTS jeudi.

La jeune femme, employée d'une enseigne de prêt-à-porter, a subi des menaces et du harcèlement psychologique dès le moment où sa grossesse a été connue et jusqu'à son retour de congé maternité. "On a tout fait pour que je ne revienne pas. On m'a dit que j'étais une moins que rien, qu'avec deux enfants cela ne serait pas possible de travailler... On m'a attaquée sur mon âge, mon poids...", raconte-t-elle.

On a tout fait pour que je ne revienne pas. (...) On m'a attaquée sur mon âge, mon poids...

Filomena, employée d'une enseigne de prêt-à-porter

Hausse des cas à traiter

Aujourd'hui, la jeune maman a entamé une procédure pour obtenir réparation: psychologique d'abord, puis financière. 

L'avocat genevois Daniel Meyer confirme une hausse du nombre des cas à traiter, invoquant aussi le fait que les femmes sont mieux informées. "J'ai dix cas pendants actuellement, où l'employeur essaie de se débarrasser de la personne par du mobbing. C'est notamment le cas dans le prêt-à-porter féminin", précise-t-il.

"Dans la plupart des cas, on discute avec l'employeur et cela donne de bons résultats. Sinon, on va jusqu'aux prud'hommes et on plaide le licenciement abusif", explique Daniel Meyer. "Ce n'est pas une réparation complète, c'est un sparadrap", tempère-t-il.

"Devenir mère et se faire virer"

La conseillère nationale socialiste vaudoise Rebecca Ruiz a déposé récemment une interpellation au Parlement intitulée "Devenir mère et se faire virer". Le Conseil fédéral lui a répondu, se disant inquiet et conscient du problème.

La députée souhaiterait des sanctions plus musclées envers les employeurs. Actuellement, les femmes licenciées sont indemnisées à hauteur de six mois de salaire. Pour Rebecca Ruiz, il faudrait monter à 12 mois afin de rendre la mesure plus dissuasive.

Beaucoup de femmes sont indignées par cette situation, y compris dans le camp bourgeois

Rebecca Ruiz, Conseillère nationale socialiste vaudoise

Licencier des personnes qualifiées

"C'est une aberration. On se plaint du manque de personnel qualifié dans les entreprises et l'on licencie des personnes qualifiées, qui rendaient satisfaction", regrette-t-elle. Elle souligne encore le préjugé tenace selon lequel la femme devenue mère va moins s'investir lors de son retour au travail. "Beaucoup de femmes sont indignées par cette situation, y compris dans le camp bourgeois", ajoute-t-elle.

Chloé Steulet/jvia

Publié le 09 juin 2016 à 20:52 - Modifié le 10 juin 2016 à 12:00