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Près de 70% des Suisses favorables au contrôle aux frontières, dit un sondage

Selon le sondage, 53% des Suisses veulent apporter des restrictions à la libre circulation et 69% sont pour des contrôles systématiques aux frontières. [Olivier Maire/Montage RTS - Keystone]
Selon le sondage, 53% des Suisses veulent apporter des restrictions à la libre circulation et 69% sont pour des contrôles systématiques aux frontières. [Olivier Maire/Montage RTS - Keystone]
Un sondage, publié à la veille du Forum des 100 qui se tient jeudi à Lausanne, montre que les Suisses sont attachés à la libre circulation mais que 53% d'entre eux souhaitent y apporter des restrictions.

Chaque année, l'enquête Sophia, réalisée par l'Institut de sondage M.I.S Trend à l'occasion du Forum des 100, sonde 380 leaders d'opinions et 1290 personnes de toute la Suisse (voir la méthode de sondage en encadré). Le Forum, organisé à Lausanne jeudi par la magazine L'Hebdo, vise à débattre de questions essentielles à l'avenir de la Suisse.

Cette année, quelques signes d'inquiétudes, au niveau économique mais aussi suite à la crise migratoire, montrent que les Suisses sont moins optimistes qu'auparavant, conclut l'enquête Sophia.

Paradoxe sur les frontières

Les Suisses ont un avis qui peut sembler paradoxal en ce qui concerne les frontières. D'un côté, ils sont très peu à vouloir une abolition de la libre circulation (14% de la population et 5% des leaders sondés) garantie par les accords bilatéraux.

Mais de l'autre, ils sont nombreux à demander des restrictions à celle-ci. Ainsi, 69% des citoyens sondés (51% des leaders) demandent un retour des contrôles systématiques aux frontières, ce qui remet justement en cause ces mêmes accords bilatéraux.

Dans le détail, à la question "la libre circulation des personnes au sein de l'Europe doit-elle être maintenue telle quelle, avec des restrictions ciblées ou abolie?", 53% des Suisses sondés répondent qu'il faudrait la maintenir avec des restrictions, contre seulement 30% pour le statu quo et 14% pour son abolition.

Ces résultats sont toutefois conditionnés aux appartenances politiques déclarées des sondés, note le sondage: la population qui se définit comme de centre-droit est 58% à vouloir des restrictions (23% l'abolition et seulement 18% le statu quo) contre 47% des citoyens déclarés de gauche pour des restrictions (mais 48% pour le maintien tel quel et seulement 8% pour l'abolition).

Par ailleurs, la Suisse italienne se démarque par le fait que 34% des sondés se sont prononcés pour l'abolition de la libre circulation (49% pour des restrictions), contre 17% en Suisse romande (53% avec des restrictions) et 12% en Suisse alémanique (54% avec restrictions).

A la même question, les leaders se prononcent, eux, à 48% pour le maintien de la libre circulation telle quelle, 46% pour des restrictions et seulement 5% pour son abolition.

Contrôles systématiques

Par rapport à la réinstauration de "contrôles systématiques aux frontières pour raisons de sécurité ou pour répondre à la pression migratoire", 69% de la population sondée se déclare "tout à fait d'accord" ou "assez d'accord" avec cette pratique en ce qui concernerait la Suisse (contre 28% "pas vraiment d'accord" ou "pas du tout d'accord").

Les leaders d'opinion sont plus partagés sur cette question. Les opinions politiques permettent d'éclairer ces résultats: 85% de sondés de centre-droit sont d'accord avec ces pratiques, alors que la gauche est divisée avec 48% d'avis favorables.

Cette volonté de contrôle semble aussi soutenue par le fait que 57% des citoyens sondés estiment que le flux migratoire vers l'Europe va encore augmenter, 31% qu'il va continuer au même rythme, contre 8% qui tablent sur une diminution. A nouveau, le Tessin est la région la plus préoccupée par cette question.

Contrairement à l'enquête de 1999 qui posait des questions similaires, les leaders ne sont plus que 40% à penser que la mondialisation mènera à la disparition des frontières, contre 65% il y a 17 ans.

Mondialisation ambivalente

Autre thématique de l'enquête: la mondialisation, par rapport à laquelle les Suisses se montrent très sceptiques. La population sondée, encore plus que les leaders d'opinion, la voit notamment comme un vecteur qui "accélère le déclin des valeurs morales", "ne profite qu'à quelques pays", "fera augmenter la criminalité" et "produit des sociétés inégalitaires".

Et si la mondialisation a été une chance pour l'économie exportatrice, les sondés estiment qu'elle a mis à mal l'agriculture, la souveraineté et l'indépendance des gouvernements, la sécurité ainsi que l'environnement.

Malgré tout, 58% des citoyens sondés (88% des leaders) estiment que la mondialisation a eu des effets "assez positifs", voire "très positifs" pour la Suisse, contre 35% (10% des leaders) qui penchent pour un résultat "négatif".

>> Un reportage sur le sujet est à voir dans le 19h30 sur RTS Un

Sophie Badoux

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La méthode de sondage

Le sondage 2016 a traité de quatre thématiques: la mondialisation, son avenir et ses bienfaits pour le monde et la Suisse, les frontières et la migration, l'économie et les multinationales, ainsi que la Suisse et l'Union européenne.

M.I.S Trend, Institut de recherches économiques et sociales (Lausanne et Berne) a soumis 1290 citoyens suisses de plus de 18 ans représentatifs de la population, dont 538 Romands, 549 Alémaniques et 203 Tessinois, au travers d'un questionnaire en ligne entre le 22 mars et le 4 avril.

La marge d’erreur maximale sur cet échantillon est de ± 2,8%, précise l'Institut.

Celui-ci consulte par ailleurs 380 leaders d'opinion du monde de l'économie, de l'administration, de la science et de l'éducation, de la culture et de la politique, qui développent leur activité en Suisse. "Ils sont détectés en raison de leur réflexion sur le présent et l’avenir de la Suisse, des messages qu’ils diffusent et de la place qu’ils prennent dans la vie publique suisse."

Ils ont rempli un questionnaire adressé par courrier postal.

La marge d’erreur maximale sur ce second échantillon est de ± 5,1%.