Modifié le 01 avril 2016 à 20:16

"La cohésion nationale suisse ne passe pas forcément par les langues"

Christophe Büchi.
L'invité de la rédaction L'Invité de la rédaction / 22 min. / le 01 avril 2016
Le journaliste et ancien correspondant en Suisse romande de la NZZ Christophe Büchi est revenu vendredi dans le Journal du matin sur la guerre des langues enseignées à l'école primaire annoncée en Suisse.

"On assiste à une guéguerre des langues en Suisse. Je ne pense pas que la cohésion nationale soit en danger si des langues "étrangères" venaient à disparaître de l'enseignement primaire", a expliqué Christophe Büchi, regrettant toutefois l'annonce du canton de Thurgovie, dont il est originaire, de supprimer l'enseignement du français à l'école primaire dès la rentrée 2016.

>> Ecouter "La guerre des langues refait surface avec le nouveau programme scolaire de la Thurgovie":

La guerre de Troie n'aura pas lieu, celle des langues en Suisse non plus.

Christophe Büchi, journaliste

Le journaliste et auteur du livre "Romands et Alémaniques, un mariage de raison" a aussi estimé que la Suisse est une sorte de "soft apartheid" dans lequel on vit en bons voisins sans se déranger. "Chacun fait ce qu'il veut et on laisse l'autre tranquille. On vit dans une indifférence vaguement bienveillante envers l'autre."

Viser le trilinguisme

Si la cohésion passant par la langue est donc un écran de fumée selon le journaliste, celui-ci argumente toutefois en faveur du maintien de l'enseignement de deux langues à l'école primaire.

Je déteste le mot "langue étrangère", c'est faux, nous devons parler de 2e langue nationale.

Christophe Büchi

"Le multilinguisme est clairement un atout pour la Suisse qu'elle galvauderait en supprimant le français ou l'allemand à l'école primaire. Mais l'anglais reste incontesté. La Suisse doit viser le trilinguisme".

Christophe Büchi, qui souhaite qu'on laisse du temps et une chance au système de l'enseignement des langues en primaire, a encore noté que ce serait dommage que la cohésion nationale ne tienne cependant que sur un contrat économique. "Le multilinguisme doit être vu comme un atout sur lesquels les jeunes doivent miser".

Menaces de la Berne fédérale

Il a aussi relevé que la contre-offensive du conseiller fédéral Alain Berset, qui menace les cantons d'intervenir s'ils ne parviennent pas à s'entendre, était de "bonne guerre". "Mais je ne suis pas sûr que la Confédération ait vraiment envie d'intervenir ni ne puisse le faire juridiquement. Brandir une menace permet cependant de faire réfléchir les cantons".

"Le français est régulièrement contesté dans plusieurs cantons mais chaque fois que la population a voté, comme en 2010, elle s'est prononcée pour le maintien de son enseignement", a rappelé le journaliste.

Et de poursuivre: si Zurich changeait de politique, il y aurait un réel danger pour toute la Suisse, mais les autres cantons ne vont pas forcément suivre aujourd'hui la Thurgovie.

Le ver est dans le fruit mais pour l'instant celui-ci est encore mangeable.

Christophe Büchi, à propos du changement de politique sur l'enseignement du français en Suisse alémanique

>> Ecouter aussi: La Thurgovie premier canton à supprimer le français à l'école primaire

Faut-il inclure les échanges obligatoires dans l'apprentissage des langues nationales?
Georgios Kefalas - Keystone
Le 12h30 - Publié le 01 avril 2016

sbad

Publié le 01 avril 2016 à 08:45 - Modifié le 01 avril 2016 à 20:16

La moquerie sur les réseaux sociaux, le véritable danger?

Revenant sur le discours en français sur le rire du président Johann Schneider-Ammann, Christophe Büchi a noté qu'en Suisse alémanique, les moqueries par rapport à la langue et à l'accent sont généralement mal comprises.

"Mais ce sont surtout les réseaux sociaux, qui veulent s'amuser et se moquer de tout, qui permettent ce genre de moquerie. D'un côté, ça désacralise le pouvoir et ça fait du bien, mais cette façon constante de se moquer des politiciens en démocratie instaure aussi une perte de respect pour les institutions".

"Et le populisme est également une conséquence de tout cela, a poursuivi le journaliste. Il n'y a qu'à voir Trump. Les réseaux sociaux aiment les sorties et "l'entertainment". C'est ce même principe qui a rendu le discours de Johan Schneider-Ammann si célèbre".