Modifié le 12 janvier 2016 à 10:50

Les comparateurs d'établissements hospitaliers font débat en Suisse

Les milieux hospitaliers n'ont pas échappés à la tendance des sites comparatifs.
Les comparateurs d'établissements hospitaliers font débat en Suisse Le Journal du matin / 2 min. / le 12 janvier 2016
Comparer les prestations médicales des établissements hospitaliers suisses est en vogue. Mais cette tendance, qui a aussi des visées économiques, ne fait pas l'unanimité dans le milieu.

A Genève, une clinique privée va publier mardi un indicateur de qualité la concernant. Il s'agit d'une infographie simplifiée qui reprend des données officielles (OFSP, ANQ) mais souvent très fournies sur les opérations, les infections et les accidents qui ont lieu au sein de l'établissement.

C'est une manière pour les patients de pouvoir comparer plus facilement les prestations offertes dans les différents hôpitaux ou cliniques du canton. Mais cette pratique ne fait pas l’unanimité: établissements publics et privés se montrent divisés.

L'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ou l'Association nationale pour le développement et la qualité dans les hôpitaux et les cliniques (ANQ), entre autres, se chargent déjà de récolter diverses données sur les établissements hospitaliers de Suisse.

Faciliter le choix du patient

Mais selon Stephan Studer, directeur de la Clinique La Colline, elles ne sont pas assez visibles pour les patients. Si la démarche a des visées économiques, il s’agit avant tout d’informer les patients. "Notre but est de concentrer l'information pour que le patient puisse faire son choix de manière objective", assure-t-il.

Les Hôpitaux Universitaires de Genève participent aussi à ces récoltes de données et sont attentifs à leurs résultats. Mais Nicolas de Saussure, responsable de la communication aux HUG, déplore que le but premier de ces études soit détourné.

Dénaturation des objectifs visés par les études?

"Quand un hôpital public participe à ce genre de programme, c'est rarement pour faire du marketing", souligne-t-il, "c'est en général pour améliorer les soins et les prestations qui sont donnés aux patients. Et c'est là qu'effectivement on peut considérer qu'il y a un peu une dénaturation de l'objectif de ces études si on transforme les données qui y figurent en arguments marketing, en classements, etc…"

Les milieux hospitaliers n'ont pas échappé à la tendance des sites comparatifs. L'organe faîtier des assureurs SantéSuisse et Comparis.ch (ce dernier pour l'obstétrique uniquement, pour l'instant) ont récemment mis en ligne leurs comparateurs. A terme, les hôpitaux pourraient-ils être évalués à la manière des hôtels? Etablissements privés et publics risquent de ne pas s'entendre sur la question.

>> Lire aussi: Comment choisir où se faire soigner? Le classement des hôpitaux suisses

Tania Sazpinar

Publié le 12 janvier 2016 à 08:45 - Modifié le 12 janvier 2016 à 10:50

Comment le patient peut-il exercer son choix?

Pour Bertrand Kiefer, rédacteur en chef de la Revue Médicale Suisse, ces comparateurs de qualité ne sont pas quelque chose de positif en l'état pour le milieu de la santé, "mais c'est évident que l'on va dans cette direction", remarque-t-il.

"Les cliniques font un énorme business des systèmes de comparaison et des sites gagnent beaucoup d'argent avec ça. Mais ça ne fonctionne pas si bien que ça, la médecine est tellement complexe qu'on a de la peine à y voir clair malgré tout."

Le médecin reconnaît qu'on n'est pas seulement dans du business, "c'est vraiment important de commencer à mieux mesurer la qualité en médecins, qui est un domaine extrêmement complexe". Reste que "les patients ont de plus en plus de choix, mais sans comprendre vraiment comment exercer ce choix."