Modifié le 03 juin 2016 à 15:29

Près de 600 millions dépensés en dix ans pour valider les permis de conduire

Dix ans après son lancement, on fait le point sur le permis deux phases
Dix ans après son lancement, on fait le point sur le permis deux phases Couleurs locales / 6 min. / le 07 décembre 2015
Les cours complémentaires au permis de conduire auraient coûté plus de 566 millions aux nouveaux conducteurs, selon une estimation de la RTS. Bilan critique du permis "deux phases", introduit en décembre 2005.

1. LE COÛT

Une fois l'examen pratique réussi, chaque nouveau conducteur est tenu de suivre dans les trois ans deux journées de cours de perfectionnement pratique et théorique, sous peine de se voir retirer son précieux sésame.

Dès son introduction en 2005, cette formation complémentaire attise les critiques des conducteurs et des politiques, car jugée trop onéreuse (environ 700 francs pour deux jours) et peu efficace.

Selon une estimation effectuée par la RTS, les cours "deux phases" auraient coûté un total de 566'869'800 francs aux nouveaux conducteurs (et à leurs parents) entre 2006 et 2014, si l'on considère que chaque permis réussi a engendré une dépense de 700 francs au profit des 42 organisateurs de cours actuellement accrédités.

Le calcul ne prend toutefois pas en compte les 9302 annulations de permis probatoires survenues sur cette période, car nous ne sommes pas en mesure de savoir si un ou les deux cours avaient déjà été suivis par le titulaire ou non.

Pourtant, malgré la grogne, le système "deux phases" a été sauvé in extremis en 2014 par le Conseil des Etats, qui a enterré une motion du PLR voulant supprimer les cours de formation complémentaire.

2. L'EFFICACITÉ

Si la formule est largement impopulaire auprès des nouveaux conducteurs, l'Office fédéral des routes (OFROU) se déclare "satisfait" des résultats du système "deux phases". "Le volume de la circulation a doublé en vingt ans. Cette formation est donc justifiée pour répondre aux exigences croissantes que cela suggère, et sensibiliser les jeunes conducteurs", estime le porte-parole de l'OFROU Guido Bielmann.

"Ces cours ne sont pas remis en question, mais nous avons relevé que la qualité de l'enseignement dispensé par les formateurs était très variable et que ce point devait être amélioré", commente Magali Dubois, porte-parole du Bureau de prévention des accidents (bpa).

Le renforcement de la formation des moniteurs fait justement partie des mesures d'optimisation du système qui feront l'objet d'une procédure d'audition, demandée par le Conseil fédéral, qui sera lancée en avril 2016.

Le volume de la circulation a doublé en vingt ans. Cette formation est donc justifiée pour répondre aux exigences croissantes que cela suggère.

Guido Bielmann, porte-parole de l'OFROU

Vers une formation plus courte?

Parmi les projets, les deux journées de cours seront ramenées à une seule, mais le nouveau conducteur sera obligé de l'effectuer dans les six mois suivant l'obtention de son permis probatoire. 

Jusqu'ici, il fallait simplement participer aux deux cours dans les trois ans de permis provisoire. Les conducteurs repoussent donc généralement la formation au maximum et celle-ci ne porte pas suffisamment ses fruits en matière de sensibilisation, selon un rapport de l'OFROU.

3. LA SÉCURITÉ

L'introduction du permis "deux phases" avait pour but d'améliorer la sécurité routière, notamment chez les 18-24 ans, grâce à la formation continue, mais aussi à un système de sanctions plus sévère. En effet, une infraction dans les trois ans qui suivent l'obtention du permis mène à une prolongation d'un an de la "probation". Après deux infractions, il faut recommencer la procédure de zéro, avec l'examen théorique.

Selon les chiffres de l'OFROU, les accidents ont sensiblement diminué, notamment pour cette catégorie d'âge (voir graphique).

Les jeunes continuent toutefois à causer trois à quatre fois plus d'accidents que les conducteurs expérimentés, selon les analyses du bpa.

Chiffres: Office fédéral des routes (OFROU), accidents pour les catégories voiture et moto, données disponibles depuis l'introduction de l'entrée "responsable principal" dans les procès-verbaux d'accidents en 2011.

La "peur du bâton"

A noter que le nombre de prolongations du permis probatoire après une infraction grave augmente chaque année. En 2014, il a connu une hausse de 10% par rapport à 2013, avec un total de 7301 cas, selon un rapport commandé par l'Association suisse des services automobiles. En revanche, le nombre d'annulations de permis (après deux infractions graves) est en diminution depuis 2012.

Le comportement des jeunes est particulièrement influencé par la menace de sanctions.

Magali Dubois, porte-parole du Bpa

"L'introduction du permis deux phases a eu une influence significative sur l'embellie générale dans le domaine de la circulation routière. En effet, le comportement des jeunes est particulièrement influencé par la menace de sanctions", constate la porte-parole du bpa, Magali Dubois, se référant à une évaluation publiée en 2013.

>> Lire: 100 heures de conduite avant de passer le permis, le conseil du bpa

4. LA POPULARITÉ

Cher, contraignant administrativement, substitué par un système de transports publics performants... Le permis de conduire est-il délaissé par les jeunes? Oui, si l'on en croît la dernière statistique disponible auprès de l'Office fédéral de la statistique concernant spécifiquement les 18-24 ans, qui relève une baisse de 71% à 59% de la proportion de jeunes conducteurs entre 1994 et 2010.

La tendance semble se poursuivre ces dernières années et Stéphanie Vincent, chargée de recherche au laboratoire d’économie des transports à Lyon et chercheuse associée au laboratoire de sociologie urbaine de l'EPFL évoquait en septembre dernier dans On en Parle un "rite de passage à l'âge adulte qui a perdu de sa force structurante". Elle soulignait une érosion des jeunes conducteurs particulièrement marquée dans les milieux urbains, "surtout chez les diplômés, de classe moyenne à haute".

>> Lire: Les jeunes de 18 à 24 ans boudent toujours plus le permis de conduire

Permis passé plus tard

Or, paradoxalement, le nombre global de permis de conduire délivrés a augmenté et le nombre d'examens passés est resté plus ou moins stable ces dix dernières années. "Les jeunes passent leur permis plus tard, souvent par nécessité", souligne la chercheuse.

Chiffres: Association suisse des services des automobiles (ASA)

Jessica Vial

Publié le 07 décembre 2015 à 18:46 - Modifié le 03 juin 2016 à 15:29

Les autres projets de réforme du permis

L'audition concernant l'ordonnance sur la circulation met en consultation plusieurs réformes dans la formation au permis de conduire, dont la réorganisation des cours de perfectionnement évoquée plus haut.

Si le projet est accepté, les jeunes dès 17 ans pourraient, par exemple, être autorisés à commencer leur formation pratique et à passer l'examen de conduire dès leur majorité, après un an de conduite accompagnée, confirme le porte-parole de l'OFROU Guido Bielmann.

L'examen théorique serait remanié et axé sur des cas pratiques pour éviter "l'appris par coeur", la formation des moniteurs sera renforcée (notamment dans le cadre des cours "deux phases").

Combien coûte un permis de conduire?


Ces chiffres moyens sont estimés pour un conducteur qui passerait son permis dans le canton de Vaud.