Modifié le 25 août 2015 à 11:54

"Le réchauffement climatique est positif pour la viticulture suisse"

Les viticulteurs prennent des mesures pour s'adapter au réchauffement climatique
Les viticulteurs prennent des mesures pour s'adapter au réchauffement climatique 19h30 / 2 min. / le 18 août 2015
Les viticulteurs s'adaptent aux évolutions climatiques, mais celles-ci sont globalement bénéfiques pour la qualité de la production, selon Vivian Zufferey, chercheur en production végétale à Agroscope.

- RTSinfo: Quel est l'impact du réchauffement climatique sur les vignobles suisses?

Vivian Zufferey: Ces cent dernières années, les régions alpines ont connu une augmentation moyenne de 1,6 degré Celsius, ce qui n'a, concrètement, pas causé de grand changement dans les fonctions physiologiques des végétaux, malgré des pics de chaleur plus fréquents. Cette situation est même globalement positive pour la viticulture suisse, car elle garantit une meilleure maturation, notamment pour les cépages tardifs.

Toutefois, si l'on est pratiquement sûr que les températures vont continuer à augmenter les prochaines années, il est difficile de connaître la répartition des précipitations. On ne sait pas si l'on va vers des étés plus chauds et plus secs, qui donnent un produit de la vigne plus fin et typé, ou au contraire, des périodes plus chaudes et plus humides.

- Quelles mesures prennent les viticulteurs face à l'évolution des températures?

Ils peuvent travailler directement sur la vigne, par exemple en laissant plus de feuilles autour des grappes pour qu'elles ne soient pas directement exposées au soleil.

On ne note en revanche pas de changements marqués dans l'encépagement. La tentation serait de planter des cépages plus méridionaux, il y a d'ailleurs déjà quelques tentatives. On trouve de la Syrah en Valais depuis des décennies, mais on pourrait par exemple penser à des cabernets, etc. Cela dit, il faut rester prudent car certains cépages sont exigeants en température et il faut un produit de qualité dix ans sur dix, pas juste une fois ou deux.

- Justement, pourrait-on envisager de déplacer certains cépages pour bénéficier de meilleures conditions climatiques?

C'est une tendance. On déplace par exemple certains pinots noirs en altitude, car ils n'aiment pas les trop grosses chaleurs et que l'on ne veut pas d'une maturation trop précoce.

- Le réchauffement influence-t-il le goût du vin?

Un climat plus chaud engendre une plus grande accumulation des sucres dans le raisin et change un peu la typicité des vins, qui deviennent plus "lourds" et chargés en alcool. Cela peut toutefois être légèrement corrigé, notamment au niveau de la vigne, en évitant de trop exposer les raisins au soleil. On peut également intervenir en cave pour garder l'acidité du vin. Mais ce léger changement de goût n'est pas forcément négatif: il donne aussi le charme des millésimes... c'est une utopie de croire que l'on reproduit le même vin année après année.

Si le temps sec et ensoleillé continue jusqu'en septembre, on aura des vendanges magnifiques, quels que soient les cépages.

Vivian Zufferey, chercheur en production végétale à Agroscope

- Les dernières semaines ont été marquées par de fortes chaleurs. La récolte 2015 en souffrira-t-elle?

Au contraire! On a eu quelques températures excessives qui ont causé des pertes, mais 2015 est une année idéale pour la viticulture, en Suisse et en Europe. Si le temps sec et ensoleillé continue jusqu'en septembre, on aura des vendanges magnifiques, quels que soient les cépages. Ces chaleurs n'auront toutefois pas d'influence sur le goût du vin.

- Comment la culture de la vigne devra-t-elle s'adapter aux évolutions climatiques futures ?

Le scénario le plus modéré donné par les climatologues est une augmentation d'un degré d'ici à 2050. Ainsi, le vignoble ne va pas changer et on ne changera pas fondamentalement nos pratiques. Mais on plantera par exemple davantage de cépages plus méridionaux, comme la tendance au merlot dans le canton de Vaud.

Par contre, si les changements climatiques s’avèrent plus contrastés que prévus, particulièrement dans les risques d’évènements extrêmes, liés à des températures caniculaires ou à des sécheresses périodiques,des effets négatifs, comme des blocages dans la maturation du raisin, pourraient apparaître à l'avenir.

Propos recueillis par Jessica Vial

Publié le 18 août 2015 à 20:49 - Modifié le 25 août 2015 à 11:54