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Vives critiques contre la gestion nationale des dons de sang

Les régions rurales ont en général moins de problème pour récolter assez de sang. [Keystone]
Les régions rurales ont en général moins de problème pour récolter assez de sang. [Keystone]
Des quotas trop stricts, une gestion rigide, des pratiques illogiques: certains centres régionaux de transfusion sanguine critiquent l'entité qui coordonne les stocks de sang au niveau national. Celle-ci défend un système "pragmatique".

La Suisse possède 12 centres de récolte du sang, responsables de répondre aux besoins de leur région respective. En 2014, un peu plus de 330'000 dons de sang ont été prélevés dans l'ensemble du pays, selon les chiffres officiels. Mais des régions sont en déficit chronique de sang (voir encadré). De plus, des pénuries ponctuelles peuvent aussi se faire sentir. C'est pourquoi environ 13'000 dons ont dû être transférés d'une région à une autre l'an dernier, soit un peu moins de 4% du total.

Aussi importants soient-ils, ces transferts ne se font toutefois pas sans problème. La rigidité du système mis en place il y a une dizaine d'années par l'organisme national Transfusion CRS Suisse est dénoncée par plusieurs responsables régionaux. "Avant, on pouvait s'organiser entre nous. Maintenant, ce n'est plus possible", affirme la responsable du centre Neuchâtel/Jura (SRNJTS).

"Le sang, ce n'est pas du lait!"

Les contrats de vente conclus entre régions en excédent et régions en déficit sont notamment visés. Ces promesses d'achats sont des sortes d'"abonnements" annuels, avec des livraisons périodiques contractuelles, explique Sophie Waldvogel, médecin responsable du Centre de transfusion sanguine aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

"On aimerait pouvoir adapter les quantités en cours d'année", en fonction de nos besoins, relève le médecin genevois. Or, "on n'a pas le droit de réduire les livraisons, même si l'autre région a trop de sang ou n'en a pas besoin", ajoute-t-on du côté de l'Arc jurassien. Et la responsable du SRNJTS de déplorer: "Ces quotas, c'est comme pour le lait, mais le sang n'est pas du lait!"

Rudolf Schwabe, directeur de Transfusion CRS Suisse, reconnaît l'existence de ces contrats "stricts" et des problèmes qu'ils peuvent engendrer. Mais son organisation sait se montrer "flexible" dans leur application, précise-t-il. "Par exemple, il y a peu, Bâle-Ville n'avait pas besoin de sang et on a trouvé une solution. Les poches n'ont pas été livrées durant trois semaines", explique Rudolf Schwabe.

Un système lourd et illogique

La bonne coordination des stocks est doublement importante pour la région genevoise, qui "importe" environ un tiers du sang dont elle a besoin et qui, de plus, souffre d'un certain isolement par rapport au reste de la Suisse. Dans cette optique, le centre régional de transfusion sanguine regrette une coordination "lourde" et un système "pas très logique", selon les mots de sa responsable.

"Les régions qui ont le droit de vendre ne sont pas toujours les plus proches. Parfois, je dois demander des poches à Zurich même si les Vaudois me disent qu'ils pourraient me livrer", explique Sophie Waldvogel. Cette dernière admet court-circuiter la procédure en cas d'urgence, deux à trois fois par an, en achetant dans les centres les plus proches.

La responsable du centre Neuchâtel/Jura pointe du doigt de mêmes lourdeurs administratives dans la gestion de la "réserve nationale", un stock de préparations disponibles constituée pour les cas de rigueur comme les accidents de grande ampleur. Ces provisions sont alimentées par les régions qui bénéficient d'un excédent chronique de sang - parmi lesquels Jura, Neuchâtel, Berne et les Grisons.

Un système "pragmatique", pas "idéal"

Contrairement aux autres établissements contactés, les centres de transfusion sanguine du Valais et de Fribourg - qui ne sont ni en excédent, ni en pénurie chronique - n'ont aucun reproche à formuler. "Nous n'avons pas à nous plaindre de la centrale nationale, le service est efficace", affirme ainsi Emmanuel Levrat, directeur du centre fribourgeois.

Le directeur de Transfusion CRS Suisse estime que le système, bien qu'"un peu lourd", possède un grand avantage: une meilleure planification. "Avant, il y avait davantage de pénuries et davantage de surplus", indique Rudolf Schwabe. En 2014, 1,5% des dons de sang ont dû être jetés, soit un taux de péremption "deux à trois fois moins important qu'auparavant", selon lui.

"Ce n'est pas un système idéal, c'est un système pragmatique qui fonctionne", résume Rudolf Schwabe. Tous les responsables régionaux en conviennent d'ailleurs: malgré les problèmes de coordination, la santé des patients n'est jamais mise en danger.

Didier Kottelat

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Autonomie régionale, coordination nationale

Suite à la fusion des centres vaudois et bernois au début de l'année, la Suisse compte aujourd'hui 12 centres régionaux de transfusion sanguine, qui sont chargés du prélèvement et du traitement du sang donné.

La Suisse romande compte cinq centres: Vaud/Berne, Fribourg, Genève, Neuchâtel/Jura et Valais.

Ces centres sont chapeautés depuis une dizaine d'années par l'organisation faîtière Transfusion CRS Suisse. Cette société anonyme d'utilité publique, intégrée dans la Croix-Rouge Suisse, coordonne l'activité des services régionaux.

Régions en surplus et régions en déficit

Le Jura et Neuchâtel, les Grisons et le canton de Berne bénéficient d'un réseau fidèle de donneurs qui leur permet d'être traditionnellement en excédent de sang.

A l'opposé, les cantons urbains, en particulier Genève et Bâle-Ville, sont en déficit chronique de sang.

Ce phénomène, selon les spécialistes interrogés, s'explique par une plus faible mobilisation des donneurs en ville et par des besoins plus importants liés à une activité hospitalière de pointe.