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"L'armée doit toujours s'adapter aux nouvelles menaces"

Les conseillers nationaux Pierre-Alain Fridez (PS-JU) et Thomas Hurter (UDC/SH). [Keystone]
Les conseillers nationaux Pierre-Alain Fridez (PS-JU) et Thomas Hurter (UDC/SH). [Keystone]
Avant le débat jeudi devant le Conseil national sur le programme de développement de l'armée, interview des conseillers nationaux Thomas Hurter (UDC/SH) et Pierre-Alain Fridez (PS/JU).

Alors que le programme de développement de l'armée (Deva) est débattu jeudi au Conseil national, deux membres de la commission de politique de sécurité, son président, l'UDC schaffhousois Thomas Hurter, ainsi que le socialiste jurassien Pierre-Alain Fridez, répondent aux questions soumises par des internautes et relayées par RTSinfo.

RTSinfo: Est-il encore raisonnable de miser sur des blindés dans la stratégie prônée par Deva? Ne devrait-on pas plutôt consacrer des forces à la cyberdéfense?

Pierre-Alain Fridez (P.-A. F.): Il y a des gens, dans notre pays, qui n'ont pas compris qu'il y a eu 1989, la chute du Mur de Berlin, la fin de la Guerre froide. Nous sommes maintenant entourés en Europe de pays amis, avec lesquels nous collaborons. Imaginer une armée à nos portes voulant nous envahir, c'est inconcevable. De toute façon, si nous voulions faire l'"Alleingang", aller tout seul, comme le pense l'UDC, il faudrait mettre des moyens incroyables dans notre défense pour avoir une armée de plusieurs centaines de milliers d'hommes et revenir aux grands fondamentaux des années 30 ou 40, ce qui est tout à fait hors de propos.

Thomas Hurter (T. H.): L'armée doit toujours changer et s'adapter à des menaces qui varient. Si on regarde ce qui se passe en Ukraine, dans les pays arabes ou en Afrique du Nord, il s'agit d'une menace conventionnelle. D'autre part, il y a aussi des menaces liées à la cybercriminalité. La cyberdéfense n'est pas à proprement parler une nouvelle tâche, mais nous avons décidé d'en tenir compte dans la loi. L'armée doit être prête face à des menaces conventionnelles, mais aussi prête à s'adapter à de nouvelles menaces dans le futur. Une bonne armée, c'est une armée qui est prête pour tout.

Contre la cybercriminalité, il faut des spécialistes, pas les "pious-pious" habituels.

Pierre-Alain Fridez

Et qu'en est-il de la place de formations telles que l'infanterie? Ont-elles vraiment encore un sens?

P.-A. F.: Je pense que les buts de l'armée doivent être repensés. Il y a des nouvelles priorités, de nouveaux risques: le terrorisme, la cybercriminalité, les problèmes de sécurité aux frontières. Ce n'est pas l'armée qui est efficace pour protéger contre le terrorisme. Contre la cybercriminalité, il faut des spécialistes, pas les "pious-pious" habituels. La plupart de ces rôles sont du domaine de la police ou des gardes-frontière, deux corps qu'il faut plutôt renforcer.

Avec Deva, on va passer d'une armée de 200'000 hommes à une armée de 100'000 hommes. Que va-t-il advenir des 100'000 hommes qui ne seront plus recrutés?

P.-A. F.: Actuellement, nous avons une armée à 200'000 hommes, y compris la réserve. Nous allons passer à 140'000 hommes, ce qui permet - grâce à une réserve de 40'000 hommes - de garantir l'effectif de 100'000 hommes pour les cours de répétition. Ce qui va simplement se passer, c'est qu'il y a de plus en plus de jeunes qui se dirigent vers le service civil et qu'il y a moins de conscrits qui sont jugés aptes. La situation va ainsi tendre vers un équilibre sans trop de problèmes.

T.H.: Cette réduction va se faire étape par étape au cours des prochaines années, jusqu'à ce que nous atteignions l'effectif de 140'000 hommes. De plus, avec la démographie du pays, il y a chaque année un peu moins de jeunes qui sont concernés par l'obligation de servir.

Faire du service militaire n'est pas un choix, c'est un devoir.

Thomas Hurter

Les jeunes qui ne seront pas recrutés suite à Deva seront-ils obligés de payer la taxe militaire?

T.H.: Oui, la taxe reste, car l'obligation de servir va demeurer dans la Constitution. Il existe d'autres possibilités, comme le service civil ou la protection civile. Les personnes inaptes continueront à payer la taxe militaire. Faire du service militaire n'est pas un choix, c'est un devoir.

Dans le fond, ne serait-ce pas mieux de garder une armée de 200'000 hommes avec un budget de 8 milliards de francs par année?

P.-A. F.: Mais alors pas du tout! L'argent supplémentaire qu'on donne à l'armée est retiré ailleurs, dans le social, les bourses d'études ou les transports. Les finances fédérales sont très serrées et un frein à l'endettement est en vigueur. Donner huit milliards pour l'armée, c'est totalement incohérent. De toute façon, ils ne sauraient pas quoi en faire.

T.H.: Ah bien sûr! C'est un voeu, ensuite il faut mener une discussion politique pour voir si nous sommes d'accord d'investir cet argent. Quant à moi, j'aimerais allouer davantage d'argent pour l'armée. Une armée bien adaptée ne sera peut-être jamais utilisée, mais c'est une assurance.

Propos recueillis par Eric Butticaz

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