Qu'est-ce qu'une "Suisse Battle"?

Jusqu'aux élections fédérales d'octobre, RTSinfo vous propose une nouvelle série: les "Suisse Battles". Le concept: comparer la façon de mener campagne dans les cantons. Sous forme ludique, nous partirons à la rencontre des personnes qui animent cette campagne à la recherche des particularismes.

Dans cette première "battle", ce sont deux modèles opposés qui s'affrontent: en Valais, les candidats font campagne en solo alors qu'à Neuchâtel, c'est en groupe que les prétendants se lancent. Pourquoi cette différence? Comment fait-on avec l'argent? Et finalement, quel est le modèle le plus efficace?

Présentation des protagonistes

Profil #01: mode solo

Mathias Reynard, PS valaisan

Mathias Reynard.
Mathias Reynard. [ - RTS]

Elu surprise au Conseil national en 2011, Mathias Reynard part cette année en position de locomotive du parti socialiste valaisan. Si sa réélection semble assurée, le benjamin sous la Coupole a pour mission de renforcer les deux sièges de la gauche, après le départ de son collègue Stéphane Rossini.

Mathias Reynard se présente sur la liste avec quatre autres candidats: Barbara Lanthemann, Gaël Bourgeois, Olivier Salamin et Olivier Turin.

Et comme toujours dans le canton, les candidats mènent une campagne personnelle.

Profil #02: mode groupé

Les candidats du PS neuchâtelois

Les candidats neuchâtelois.
Les candidats neuchâtelois. [J-Ch.Bott - ]

La délégation neuchâteloise au National sera amputée d'un membre pour des raisons démographiques. La gauche redoute d'en faire les frais. Côté socialiste, c'est Jacques-André Maire qui mène la liste composée de Baptiste Hurni, Florence Nater et Laura Perret.

Aux Etats, le PS et le PLR semblent assurés de conserver leur siège, avec les sortants Didier Berberat et Raphaël Comte. En compagnie de Didier Berberat, le PS présente Martine Docourt Ducommun.

Candidats au National et aux Etats partent main dans la main dans cette campagne.

Soirée dansante vs récolte de signatures

C'est parti! La campagne est lancée et Mathias Reynard organise un souper de soutien à Savièse. Au menu: fondue bressane et levée de fonds. A Neuchâtel, les candidats battent le pavé pour récolter des signatures... et se faire connaître.

>> Notre reportage croisé:

Vignette Battle
Info - Publié le 01 mai 2015
 

Faire ce genre de soirée n'est pas du tout contraire à l'esprit socialiste. On a des gens de tous les partis et de toutes les catégories

Mathias Reynard, candidat valaisan au National.

Mathias Reynard lors de sa soirée de soutien à Savièse.
Mathias Reynard lors de sa soirée de soutien à Savièse. [Jean-Philippe Dubuis - ]

Ça me paraît inconcevable qu'un parti socialiste, qui se bat pour un collectif, tombe dans une campagne purement individuelle

Baptiste Hurni, candidat neuchâtelois au National

Baptiste Hurni, candidat du PS neuchâtelois aux élections fédérales.
Baptiste Hurni, candidat du PS neuchâtelois aux élections fédérales. [ - ]

L'équipe de Reynard assure un suivi en direct de la soirée de soutien sur Twitter.

De son côté, le PS neuchâtelois fait de la publicité pour son initiative sur son site.

Soins dentaires
Soins dentaires [ - ]

En solo ou en groupe, qu'en pensent les candidats?

C'est un peu plus difficile pour les gens qui ne sont pas du coin ou qui n'ont pas un gros réseau

Barbara Lanthemann, colistière de Mathias Reynard

La candidate du PS valaisan au National Barbara Lanthemann.
Info - Publié le 01 mai 2015

Cela donne des chances égales aux candidats

Jacques-André Maire, candidat sortant au Conseil national

Le conseiller national socialiste neuchâtelois Jacques-André Maire.
Info - Publié le 01 mai 2015

Et au niveau du financement?

Mathias Reynard

Budget total pour la campagne 2015: 30'000 francs.

Coût de la soirée organisée à Savièse: 8200 francs.

Provenance des fonds: donations de particuliers.

Note: les dons sont entièrement utilisés pour la campagne du candidat, rien n'est reversé au parti cantonal. Le budget de 30'000 francs est une estimation et dépend de la générosité des donateurs.

On refuse tous les dons d'entreprises pour rester indépendants

Julien Délèze, responsable de campagne de Mathias Reynard

Les six candidats neuchâtelois

Budget total pour la campagne: 150'000 francs.

Provenance des fonds: cotisations des membres et dons personnels.

Note: le budget est décidé en amont par le comité cantonal du parti. Il est utilisé pour la campagne commune uniquement.

On ne peut pas régater face au budget des partis de droite

Yann Hulmann, responsable de la communication PS/NE

>> Le point de vue des responsables de campagne sur les questions d'argent:

Julien Délèze, responsable de la campagne de Mathias Reynard.
Info - Publié le 01 mai 2015
 

Le parti national a-t-il son mot à dire?

Interview avec Géraldine Savary, vice-présidente du PS.

Que répondez-vous à ces candidats neuchâtelois qui estiment que la pratique valaisanne va à l'encontre des valeurs du PS ?

Je comprends la réaction du PS neuchâtelois. Mais le Valais a ses particularités et les candidats doivent en tenir compte. Appartenir au Valais du Haut ou du Bas, habiter dans tel village, être membre d'une telle fanfare… Tout a de l'importance et les soutiens sont du coup extrêmement importants.

Personnellement, quel est votre avis ?

Pour moi, l’important est que les règles du jeu soient claires et identiques pour tout le monde.

Le parti national a-t-il quelque chose à dire sur ces pratiques cantonales ?

Non, les sections font comme elles veulent. Nous faisons confiance aux sections pour nous faire gagner.

Le risque de coup de crayon est évité si chaque candidat est solidaire de la liste et de ses colistiers

Géraldine Savary, vice-présidente du PS

 

Le politologue que nous avons interrogé estime que c'est faire une campagne commune qui est le plus efficace. Qu'en pensez-vous ?

Oui, j’en suis persuadée. Le risque de coup de crayon est évité si chaque candidat est solidaire de la liste et de ses colistiers. Il faut dans ce cas fixer des règles claires, respectées par tous.

Et vous en tant que candidate ?

Au PS vaudois, il n’y a pas de campagne personnelle et les moyens financiers sont communs. Pour les Etats, nous mettons sur pied, avec Luc Recordon, un comité de soutien. Nous avons toute latitude pour mener une campagne pour nos deux candidatures.

Et dans les autres régions?

L'avis de l'expert

Louis Perron.
Louis Perron. [ - ]

Entretien avec Louis Perron, politologue et conseiller en campagne politique zurichois.

La culture politique diffère d’un canton à l’autre. A Berne ou en Valais par exemple, les campagnes sont essentiellement individuelles, alors que dans le canton de Zurich, de Neuchâtel ou de Genève, cela n’est pas très bien vu au sein du parti. C’est une question de tradition. Dans la manière de mener une campagne, les partis font ce qu’ils ont toujours fait ou ce qu’ils croient payant. Mais ce n’est parfois pas le plus efficace pour gagner des sièges au Parlement.

Dans la manière de mener une campagne, les partis font ce qu’ils ont toujours fait ou ce qu’ils croient payant

Louis Perron, spécialiste en campagne politique

Plus un canton est grand, plus une campagne devrait être celle d’une liste. Il est notamment plus difficile pour une personne seule d’obtenir l’attention des médias dans un canton avec des centaines de candidats. A l’inverse, dans un petit canton, les campagnes individuelles sont plus évidentes.

Mais en règle générale, une campagne dite de liste s’avère plus efficace pour un parti. C’est une manière de mieux concentrer les efforts et les moyens à disposition.

En Suisse, nous tendons vers une nationalisation des campagnes électorales. Le meilleur exemple en est l'UDC. Le parti a réussi à s’imposer dans des cantons comme Genève ou le Jura, alors qu’il n’existait pas de section là-bas il y a 20 ans.

Quel modèle vous convainc? Votre avis

Et vous si vous deviez mener une campagne, partiriez-vous en groupe ou en solo?

Participez à notre mini-sondage et découvrez quel modèle convainc le plus.

Pour en savoir plus sur les élections fédérales d'octobre:

La deuxième Suisse Battle, sur la guerre des affiches de campagne.

>> A voir, le reportage sur le PDC fribourgeois.

Les candidats du PDC Fribourg lors de leur shooting photo.
Info - Publié le 04 juin 2015

A consulter également, le dossier de RTSinfo sur les fédérales, avec les enjeux par canton, les dernières nouvelles et les analyses.

Tous les vendredis, Alain Rebetez décortique la campagne. Retrouvez toutes ses chroniques ici:

Le journal de campagne d'Alain Rebetez

>> A voir aussi, le sujet d'Alain Rebetez sur Yannick Buttet, autre candidat valaisan à mener une campagne en solo.

Journal de campagne: portrait de l’équipe qui entoure le candidat PDC Yannick Buttet en Valais
19h30 - Publié le 20 mars 2015

 

Crédits

Journalistes: Mélanie Ohayon, Valentin Tombez, Cécile Rais

Montage vidéo: Mélanie Ohayon

Graphisme: Olivier Khatanassian

Conception: Frédéric Boillat et Cécile Rais

Réalisation: Cécile Rais

RTSinfo - 2015