Modifié le 05 mai 2017 à 11:40

Départ pour le djihad, le rôle trouble du groupe suisse "Lies"

Un groupe distribuant gratuitement des Corans dans les rues des villes suisses refait l'actualité
Le groupe suisse "Lies" attire les soupçons 19h30 / 3 min. / le 24 février 2015
Très actif en Suisse, le groupe "Lies" distribue des corans dans les rues, mais serait selon les experts aussi un acteur central de la radicalisation des jeunes Suisses, révèle la RTS mardi.

Abou Dawud, alias Michael N., est un djihadiste allemand qui appelle ses camarades de Suisse à venir le rejoindre en Syrie. Ce message a été diffusé dans une vidéo de propagande de l’Etat Islamique.

Derrière cet appel se trouve un ancien responsable du groupe "Lies", très actif en Suisse et en Allemagne, qui fait du prosélytisme dans les rues de Suisse depuis de nombreuses années.

Selon un rapport de la police allemande, le groupe est responsable de la radicalisation d'un quart des djihadistes du pays. En Suisse aussi, des experts considèrent le groupe comme un acteur central de radicalisation et un facilitateur pour le départ des djihadistes en Syrie et en Irak.

La piste suisse des corans "Lies"

La branche suisse du groupe "Lies" compterait une centaine de membres: des jeunes musulmans qui distribuent des corans gratuitement dans les rues de Lausanne ou de Genève. Sur leur page web, ils publient des vidéos et des photos de promotion. Les responsables se cachent derrière des pseudonymes et ne sont jamais clairement identifiés. Plusieurs de leur profil Facebook affichent le drapeau noir de l’Etat Islamique.

La RTS a retrouvé la trace de Nouredine*, le responsable pour la Suisse romande, un Vaudois converti d’une trentaine d’année. Il n’a pas souhaité parler face caméra, mais a transmis une réponse par mail: "Certains participants à notre stand ont été convoqués et interrogés par le service de renseignement de la Confédération (…) nos membres ont démenti tout lien avec une quelconque organisation djihadiste."

Nouredine précise encore que le groupe n’a pas de contrôle sur la parole et les actes individuels de ses sympathisants. "Plusieurs musulmans ont émis le souhait de participer à la mise à disposition de corans. Nous avons répondu favorablement à leur souhait, sans procéder à l’identification de leur idéologie", ajoute-t-il.

Une structure parallèle

Dans un rapport sur le terrorisme, l’expert Jean-Paul Rouiller explique que derrière le groupe "Lies" Suisse, il y aurait une structure parallèle informelle. Des indices laissent à croire que certains membres du groupe sont organisés en gouvernorats, une structure basée sur des émirs par régions de Suisse. Ceci pour repérer et faciliter le départ de jeunes vers la Syrie et l’Irak. Ces éléments sont contestés par "Lies".

Le groupe conteste également tout lien avec un Tunisien sympathisant de l’Etat Islamique et récemment renvoyé de Suisse, une affaire révélée par la Tribune de Genève en début d’année. Pour Jean-Paul Rouiller, il y a toutefois des liens d’amitiés forts entre un individu du groupe "Lies" et le Tunisien expulsé.

D’autres éléments viennent s’ajouter à l’affaire. Ainsi, certains membres de la branche suisse de "Lies" ont été reconnus par des parents de jeunes ex-djihadistes belges. Ils auraient participé à des actions du groupe salafiste Sharia4belgium. Ce groupe belge est accusé de recrutement de djihadistes et son chef purge actuellement une peine de 12 ans de prison.

Les Suisses de "Lies" partis en Syrie

La piste des corans de "Lies" mène également sur les traces de plusieurs jeunes Suisses partis faire le djihad.

Ces corans se trouvent ainsi dans une épicerie du Nord Vaudois, à quelques rues de la maison du plus célèbre des djihadistes suisse, Abou Suleyman Suissery, alias Marc* (voir le Temps Présent ci-dessous).

Ces corans conduisent aussi à Genève, auprès du responsable local du groupe, un jeune qui se fait appeler Abu Jawad*. Celui-ci n'a pas pu être contacté par la RTS. Il aurait quitté la Suisse pour rejoindre l’Etat Islamique.

Enfin, on retrouve encore les corans sur le parcours d’un jeune Suisse alémanique, mort en 2013. Un des premiers suisses à mourir en martyr en Syrie (voir le reportage du 19h30 ci-dessous).

François Ruchti/boi

*Noms connus de la rédaction

>> Voir aussi le reportage de Temps Présent "Sur la piste des djihadistes suisses":

Sur la piste des djihadistes suisses
Temps Présent - Publié le 09 octobre 2014

>> Et le reportage sur les Suisses partis faire le djihad:

Tous les pays occidentaux sont aujourd'hui confrontés à l'islamisme radical
19h30 - Publié le 11 janvier 2015

Publié le 24 février 2015 à 18:59 - Modifié le 05 mai 2017 à 11:40