Modifié le 13 janvier 2015 à 20:37

Le Conseil fédéral chargé d'investiguer sur la provenance de l'or de Metalor

Une partie de l'or du Burkina Faso est extrait par des enfants
Une partie de l'or du Burkina Faso est extrait par des enfants 19h30 / 2 min. / le 13 janvier 2015
Le conseiller national argovien Cédric Wermuth a déposé une interpellation en décembre demandant au Conseil fédéral d'enquêter sur la provenance de l'or traité par la raffinerie suisse Metalor.

Deux tiers de l’or produit dans le monde passe par les raffineries suisses. Mais cet or est-il toujours propre? C’est la question posée par le conseiller national socialiste Cédric Wermuth dans une interpellation déposée en décembre dernier.

"La société suisse Metalor a-t-elle traité de l’or sale en provenance du Burkina Faso?", interroge le socialiste argovien (lire le détail de son texte ci-contre).

L'interpellation du politicien rappelle que le 30 octobre dernier, cinq personnes ont été tuées lors d’une manifestation devant les bâtiments de la société minière Somika, dans la province du Yagha, à l’est du Burkina Faso. Les victimes protestaient contre les pratiques de Somika lorsqu'elles ont été abattues par des forces de sécurité, selon un témoin des événements et une organisation citoyenne burkinabé.

Or jusqu'à récemment, la société Somika affichait sur son site être partenaire de la société neuchâteloise Metalor.

Liens entre Metalor et Somika démentis

Contacté lundi par la RTS, l'un des responsables du groupe Somika dit avoir envoyé de l'or vers la société suisse à travers des intermédiaires.

Des éléments que Metalor dément catégoriquement. La raffinerie neuchâteloise affirme ne jamais avoir traité d'or provenant directement ou indirectement de Somika et "déplore et condamne fermement les événements" survenus au Burkina Faso.

Plus de 80% de l'or burkinabé envoyé vers Metalor

La discussion intervient alors que les exportations burkinabées à destination de la Suisse ont explosé ces dernières années.

En sept ans, la production d’or du pays est passée de quasiment rien à plus de 30 tonnes par an, le hissant parmi les plus gros producteurs africains. Et la presque totalité de cette production est exportée vers la Suisse. Sur les 11 premiers mois de l’année 2013, la Suisse a ainsi absorbé 34 tonnes d'or en provenance du Burkina Faso.

Le dernier rapport ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives) montre que plus de 80% de cet or est envoyé à destination de la seule Metalor.

Linda Bourget/sbad

Publié le 13 janvier 2015 à 19:28 - Modifié le 13 janvier 2015 à 20:37

Le détail de l'interpellation de Cédric Wermuth

Le socialiste argovien a déposé le texte suivant:

1. le Conseil fédéral est-il d'accord pour considérer qu'il est peut-être parvenu en Suisse de l'or acquis de manière illégale ou extrait au prix d'atteintes graves aux droits de l'homme?

2. l'article 168a de l'ordonnance sur le contrôle des métaux précieux prévoit qu'une fonderie ne doit accepter de l'or que de personnes en mesure d'établir leur qualité de propriétaire légitime, et qu'elle doit aviser les autorités de police compétentes si elle soupçonne une acquisition illicite. Le Bureau central fédéral du contrôle des métaux précieux a-t-il entrepris ou va-t-il entreprendre les recherches nécessaires, comme l'article 181 lui en fait obligation?

3. Metalor a mis en place pour sa chaîne d'approvisionnement une politique de diligence raisonnable assise sur des normes internationales (soit les principes directeurs de l'OCDE). Cette mesure ne suffit manifestement pas pour exclure que puisse parvenir en Suisse de l'or dont l'acquisition ou l'extraction sont liées à des atteintes graves aux droits de l'homme. Quelles mesures le Conseil fédéral a-t-il l'intention de prendre pour remédier à cette situation?

Quelles garanties à propos du travail des enfants?

Au Burkina Faso, la toute jeune industrie de l’extraction de l’or repose aussi largement sur le travail des enfants.

D’après l’Unicef, quelque 35% des mineurs d’or du pays seraient des enfants, une proportion qui correspond à ce qu'observe Terre des Hommes sur le terrain.

Metalor assure cependant qu'elle "sélectionne et collabore uniquement avec des mines industrielles détenues par des groupes côtés en bourse qui adhèrent et respectent sa politique éthique en matière d’approvisionnement responsable."

"Les sites miniers font l’objet de visites par nos collaborateurs qui peuvent se rendre compte des conditions d’exploitations conformes aux engagements éthiques, notamment, de ces mines. De plus, nos partenaires logistiques (transporteurs) sont également amenés à effectuer des audits qui permettent de nous renseigner sur les conditions de travail sur les différents sites d’exploitations", affirme encore l'entreprise.

"De plus, nos partenaires logistiques (transporteurs) sont également amenés à effectuer des audits qui permettent de nous renseigner sur les conditions de travail sur les différents sites d’exploitations", précise Metalor.