Modifié

Les Erythréens, un point central dans les questions sur l'asile

Requérants érythréens au centre de Lumino (TI), juillet 2014. [Gabriele Putzu/Ti-Press - Keystone]
Requérants érythréens au centre de Lumino (TI), juillet 2014. [Gabriele Putzu/Ti-Press - Keystone]
A l'heure où certains élus PLR et UDC veulent limiter le nombre de réfugiés érythréens en Suisse, RTSinfo fait le point sur les demandes d'asile et la place particulière de cette communauté.

"La Suisse a connu un boum de demandes d'asile émanant de réfugiés érythréens, au printemps dernier", selon Céline Kohlprath, porte-parole de l'Office fédéral des migrations. Ce sont en effet plus de 5700 requêtes qui ont été déposées depuis le début de l'année, soit quelque 3000 de plus qu'en 2013 (voir graphiques ci-dessous).

Les Erythréens représentent ainsi le plus grand groupe de candidats à l'asile. "La Suisse a été particulièrement généreuse avec ce groupe de réfugiés", selon Etienne Piguet, vice-président de la Commission fédérale des migrations.

Dans un entretien accordé vendredi à la RTS, le spécialiste explique que le succès de la Suisse auprès de la communauté érythréenne tient notamment à un arrêt du tribunal administratif fédéral - datant de 2008 - qui a permis aux déserteurs érythréens d'obtenir l'asile. Une spécificité helvétique qui ne figure pas dans la Convention de Genève et qui n'est ainsi pas retenue dans beaucoup de pays d'accueil.

"Limiter l'asile ne changera pas grand-chose"

Malgré le durcissement de l'asile votée par le peuple en juin 2013, excluant la désertion des critères d'octroi, les demandes n'ont pas diminué: "On ne peut pas renvoyer une personne qui risque un traitement inhumain dans son pays, c'est pourquoi on remet désormais des admissions provisoires à ces personnes", développe Etienne Piguet.

Vouloir limiter l'asile aux réfugiés érythréens - comme le demandent certains élus du PLR et de l'UDC - "ne changera donc pas grand-chose", selon le spécialiste (lire: Des élus bourgeois veulent limiter l'asile aux Erythréens en Suisse ).

Ce dernier note par ailleurs un phénomène de regroupement de la communauté érythréenne, qui compte près de 20'000 personnes en Suisse: "Il y a des réseaux qui se sont constitués après une présence de longue date de ces personnes".

"L'Erythrée, un régime particulièrement violent"

Contrairement à Toni Locher, président du Comité suisse de soutien à l’Erythrée, qui défendait récemment sur les ondes de la RTS (écouter le son ci-dessous) que l’Occident se faisait une image erronée du pays africain, Etienne Piguet assure que celui-ci est en proie à un "régime fondé sur la peur et l’arbitraire".

Requérants érythréens au centre de Lumino (TI), juillet 2014. [Gabriele Putzu/Ti-Press - Keystone]Gabriele Putzu/Ti-Press - Keystone
Des élus bourgeois veulent limiter l'asile aux Erythréens en Suisse / Audio de l'info / 2 min. / le 31 octobre 2014

La comparaison souvent établie avec la Corée du Nord est-elle justifiée? "Oui, mais en Erythrée, c'est l'ensemble de la population d’une certaine classe d’âge qui est persécutée via le service militaire, alors qu'en Corée du Nord ceux qui acceptent le régime despotique peuvent en partie échapper aux persécutions".

Vers une hausse des demandes d'asile

En regard des conflits actuels au Proche-Orient, il ne faut pas s'attendre à une diminution des demandes d'asile dans les prochaines années: "On va rester dans les 25'000 requêtes annuelles, voire une augmentation", suppose le professeur de géographie pour qui l'accueil de réfugiés est avant tout un devoir moral de la part de pays comme la Suisse.

Mathieu Henderson et Pauline Turuban

Publié Modifié

Des procédures d'asile, "ultra-codifiées"

Selon Etienne Piguet, il n'existe que peu de place à la subjectivité dans les procédures d'asile: "C'est actuellement ultra-codifié et strictement individuel", assure-t-il.

Les requérants doivent en effet justifier leur demande avec des preuves de leur persécution: "C'est toute la difficulté pour ces personnes, car il ne suffit pas de fuir un régime despotique pour obtenir l'asile".