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L'initiative de la Marche blanche plébiscitée par les Suisses

Cette réforme assurera une procédure rapide et équitable aux requérants, a assuré la ministre Simonetta Sommaruga. [Lukas Lehmann - Keystone]
Réaction de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga / Forum / 7 min. / le 18 mai 2014
L'initiative de la Marche blanche interdisant aux pédophiles condamnés de travailler à nouveau avec des mineurs a été acceptée dimanche par 63,5% des votants et tous les cantons.

Les personnes condamnées pour des abus sexuels sur des enfants vont perdre à vie le droit d'exercer une activité en contact avec des mineurs. Les Suisses ont accepté dimanche par 63,5% l'initiative populaire de la Marche blanche. Tous les cantons ont dit oui, latins en tête.

Selon les initiants, de nombreux pédophiles sont des récidivistes et leur présence dans les écoles, les organisations de handicapés et les sociétés sportives constitue un danger permanent.

Leur mal n'étant pas guérissable, seule une interdiction d'activité à vie sera efficace, selon eux. Un peu plus de 1,819 million de personnes se sont laissé séduire et ont glissé un oui dans l'urne dimanche.

Initiative "superflue"

Selon les sondages, le camp du non avait pourtant gagné du terrain au fil de la campagne, arguant que le texte était "de toute façon superflue": dès le 1er janvier 2015, les juges pourront en effet prononcer des interdictions d'activités, définitives s'il le faut, de même que des interdictions de périmètres et de contacts. Ces arguments ont convaincu un peu plus de 1,045 million de personnes.

Plébiscite du Tessin

Le soutien le plus tiède à l'initiative est venu d'Appenzell-Rhodes Extérieures. Dans le canton du conseiller national Andrea Caroni, fer de lance du comité des opposants, seules 55% de personnes ont appuyé le texte.

Le Tessin l'a au contraire plébiscité par 83,1% des voix. Secouée par diverses affaires dont certaines à caractère pédocriminel, la Suisse romande s'est aussi montrée radicale: les Valaisans ont dit oui à 74,1%, devant les Genevois (73,6%), les Jurassiens (71,5%) et les Neuchâtelois (70%).

>> Retrouvez l'évolution du scrutin en détails dans notre minute par minute: Les Suisses refusent le Gripen et le salaire minimum

ats/sbad

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Les initiants satisfaits, les opposants déçus

Christine Bussat est très soulagée par le oui du peuple. "J'étais persuadée que la campagne n'allait pas passer", a expliqué la fondatrice de l'association Marche blanche. Selon elle, les adversaires ont mené "une lutte politique contre la droite".

"Nous avions en face des adversaires qui ont utilisé des mensonges": les amours de jeunesse, entre deux personnes âgées de 18 et de 15 ans par exemple, ne sont pas concernées par le texte, a-t-elle répété. Il suffira de préciser dans la loi que la faible différence d'âge ou d'autres circonstances font conclure qu'une interdiction à vie est disproportionnée.

Pour la conseillère nationale Natalie Rickli (UDC/ZH), le peuple a fait preuve de bon sens. Il s'agissait de faire le choix entre les voeux professionnels des pédophiles et la protection des enfants.

"Le résultat est clair", constate avec regret le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE). Au moins, la constitution d'un comité interpartis en faveur du non aura permis un cadrage très strict de l'initiative, jugée floue. Ceci obligera les initiants à réduire la portée de leur texte, a déclaré le Genevois. Carlo Sommaruga souligne le caractère haineux de la campagne en Suisse romande et déplore le fait qu'il ait été "pratiquement seul" à se battre contre le texte et le manque d'engagement des partis.

"Le titre de l'initiative était très populiste", selon la conseillère nationale Christa Markwalder (PLR/BE). Les partisans ont réussi à donner la fausse impression que le Parlement est resté inactif dans ce domaine. L'automatisme interdisant définitivement aux pédophiles de travailler avec des enfants, indépendamment de la gravité, "est contraire au principe légal de la proportionnalité", a répété la Bernoise.

Projet d'application pour cette année

L'initiative contre les pédophiles viole la constitution, ce qui rendra sa mise en oeuvre difficile. Se refusant à prédire comment le Parlement résoudra le problème, la ministre de justice et police Simonetta Sommaruga a annoncé un projet de loi pour cette année encore.

L'initiative ne prévoit pas d'exception à l'interdiction d'exercer une activité avec des enfants après une condamnation. La mesure devrait s'appliquer indépendamment de la gravité de la peine. Un jeune de 19 ans ayant eu des rapports sexuels avec sa petite amie de 15 ans sera donc aussi concerné, a noté la ministre.

Le Parlement devra résoudre un dilemme. Soit il suit l'initiative à la lettre et viole le principe de la proportionnalité, soit il s'en écarte et viole l'esprit de l'initiative. Impossible de préjuger de sa décision, selon la conseillère fédérale.