Modifié le 05 décembre 2013 à 11:33

Le diagnostic français sur la mort d'Arafat jugé "discutable" par les experts du CHUV

Après 10 ans, les causes du décès de Yasser Arafat restent obscures
Après 10 ans, les causes du décès de Yasser Arafat restent obscures 19h30 / 2 min. / le 04 décembre 2013
Le diagnostic de l'étude française qui conclut à une mort naturelle de Yasser Arafat est jugé "discutable" par les experts suisses, qui considèrent toujours que l'hypothèse de l'empoisonnement est raisonnable.

Au lendemain de fuites selon lesquelles les experts français auraient conclu à une mort naturelle de Yasser Arafat, leurs confrères lausannois ont indiqué mercredi à la RTS maintenir les conclusions de leur rapport. Le diagnostic français est même jugé "discutable".

Rendu public le 7 novembre, le rapport suisse avait révélé des taux de polonium supérieurs de 18 à 36 fois à la normale. Pour les experts du CHUV, ces résultats soutenaient "raisonnablement l'hypothèse de l'empoisonnement" (lire: L'intervention d'un tiers avancée dans la mort de Yasser Arafat).

Bien qu'ils aient décelé des valeurs similaires, les scientifiques français auraient eux estimé qu'elles seraient dues à la présence de radon, qui peut se transformer en polonium, dans la tombe de Yasser Arafat (lire: Les experts français écartent la thèse d'un empoisonnement de Yasser Arafat).

Absence de spécialistes dans l'équipe française

"Si l'explication par le radon était suffisante, on devrait avoir les mêmes valeurs dans tous les échantillons de terre prélevés dans la tombe. Mais nous avons observé des valeurs de polonium 17 fois plus élevées dans les échantillons prélevés juste sous le cadavre par rapport aux échantillons prélevés plus loin,"  a déclaré à la RTS le professeur François Bochud, directeur de l'Institut de radiophysique appliquée de l'Université de Lausanne.

Selon lui, l'équipe française présente à Ramallah ne comportait aucun spécialiste des radiations. "Les échantillons ont été mesurés après coup à Paris par des gens très compétents, mais en l'absence de spécialistes sur le site, il leur a été plus difficile de choisir les bons échantillons à analyser," ajoute-t-il.

Quant à la conclusion du rapport du CHUV, le professeur affirme ne pas en douter. "Je dirais même plus: avoir la confirmation de nos mesures de base par le laboratoire français est plutôt un élément en faveur de notre conclusion."

Marc Allgöwer/Ron Hochuli/Laurent Dufour/gchi

Publié le 04 décembre 2013 à 18:30 - Modifié le 05 décembre 2013 à 11:33

La veuve d'Arafat fustige les experts français

"Je suis toujours convaincue que le martyr Arafat n'est pas décédé de mort naturelle", a déclaré la veuve du dirigeant historique palestinien.

"Que les Français n'aient rien trouvé n'est absolument pas logique", a estimé Souha Arafat, soulignant les conclusions contradictoires entre les expertises suisse et française à partir des mêmes échantillons.

"Je suis très choquée que le rapport médical français qui m'a été transmis se résume à quatre pages", a-t-elle indiqué, rappelant que celui du laboratoire suisse en comportait 108.

Un diagnostic français "discutable"

Dans le 19h30 de la RTS, le directeur du Centre universitaire romand de médecine légale, Patrice Mangin, a affirmé "être surpris" de l'hypothèse française de l'infection généralisée ou de mort naturelle pour expliquer le décès de Yasser Arafat.

Quand le dirigeant historique palestinien a été hospitalisé à Paris, "aucune cause n'a été établie" par "les plus grands spécialistes de la place". "L'hypothèse de l'infection est celle qui a été, semble-t-il, la plus facilement écartée", a-t-il ajouté en considérant comme "discutable" le diagnostique avancé dans le rapport français.

"Je pense que l'on va rester dans le doute" sur la mort de Yasser Arafat, a-t-il concédé tout en maintenant l'hypothèse de l'empoisonnement avancée par le CHUV.