Modifié le 04 octobre 2016 à 14:34

Les secrets des fonds suisses de l’ex-trésorier du Parti Populaire espagnol

L'Espagne est secouée par l'affaire Bàrcenas
L'Espagne est secouée par l'affaire Bàrcenas 19h30 / 2 min. / le 03 mai 2013
Le parquet genevois a ouvert une enquête sur les fonds détenus en Suisse par Luis Bárcenas, ancien trésorier du Parti Populaire espagnol (PP), soupçonné de corruption. Des documents auxquels a eu accès la RTS montrent que le politicien a pu déposer d’importantes sommes en liquides et administrer une structure offshore depuis Genève.

Luis Bárcenas, ancien sénateur de la région de Cantabrie et ex-trésorier du Parti Populaire espagnol (PP), se trouve actuellement au centre de l'attention médiatique et judiciaire en Espagne, soupçonné d'avoir géré une caisse noire du parti conservateur actuellement au pouvoir en Espagne.

Aux plus hauts de la bourse, en 2007, le politicien espagnol a détenu plus de 30 millions d'euros sur des comptes genevois, respectivement chez Dresdner Bank (intégrée depuis par LGT Bank) et Lombard Odier.

Nombreux dépôts en liquide

Entre 2002 et 2005, Luis Bárcenas a déposé près de 2,5 millions d'euros (3 millions de francs) en liquide sur son compte ouvert chez Dresdner, en quinze visites à Genève et Lugano.

Selon les documents internes de l'établissement, l'ex-trésorier du PP justifiait ces entrées comprises entre 100'000 et 250'000 euros par "des ventes d'art" et "des affaires immobilières", sans produire de justificatifs prouvant la provenance des fonds. (Voir les documents)

En 2005, alors que Luis Bárcenas est récemment élu sénateur de Cantabrie, ses fonds, aussi bien chez Dresdner que chez Lombard Odier, passent subitement sous contrôle d'une fondation panaméenne: Sinequanon.

Fondation offshore administrée depuis Genève

Les documents en mains de la RTS montrent qu'une fiduciaire genevoise, Favona SA, s'est occupée de l’administration de la fondation offshore. A l'origine, Favona SA était la fiduciaire de Darrier Hentsch, établissement qui a fusionné avec Lombard Odier en 2002.

Selon les données du registre du commerce, parmi les quatre membres du conseil d'administration de Favona, trois sont également habilités à signer pour Lombard Odier.

La fondation panaméenne Sinequanon se trouvait elle-même sous contrôle d’une société domiciliée aux Bermudes - Impala Limited - où l'on retrouve comme administrateurs des employés de succursales de Lombard Odier.

Interrogé par un juge espagnol au sujet des raisons de ce montage financier, Ivan Yañez, prête-nom de Luis Bárcenas, a assuré que l'idée venait de l'établissement genevois. "Lombard m'a fait remarquer que la banque aurait été plus tranquille si, avec son nouveau statut de sénateur, il (Luis Bárcenas, ndlr) disposait d'une fondation au lieu de comptes personnels", a-t-il affirmé lors d'une audition dont l'enregistrement a fuité.

Enquête ouverte à Genève

Le parquet genevois a confirmé l'ouverture d'une enquête nationale. "Nous avons la juridiction sur d’éventuels actes de blanchiment d’argent, si les accusations portées contre lui en Espagne s’avèrent fondées", a affirmé le procureur Jean-Bernard Schmid.

"Je conduis mon enquête, pour l’instant j’essaye de déterminer l’étendue des opérations qui ont pu être conduites ici à Genève. Il s’agit de déterminer l’origine des fonds et le pourquoi de certaines opérations", a-t-il rajouté.

Marc Renfer (collaboration Yves Steiner)

Publié le 03 mai 2013 à 15:46 - Modifié le 04 octobre 2016 à 14:34

La réaction des banques

Lombard Odier

"Compte tenu de la législation suisse et des procédures actuellement en cours en Suisse et en Espagne, nous ne sommes pas en mesure juridiquement de prendre position sur ce cas. Nous pouvons néanmoins affirmer que notre établissement a respecté ses obligations vis-à-vis d’avoirs qui ont été régularisés en 2012 dans le cadre de l’amnistie fiscale espagnole et d’un bénéficiaire contre lequel aucune charge n’a été retenue à ce jour, comme a pu l’affirmer la presse espagnole. Nous coopérons pleinement avec les autorités sur ce dossier."

LGT Bank (ex-Dresdner)

"Nous ne pouvons répondre à des questions en lien avec la politique de Dresdner en 2001. Nous ne savons pas comment étaient gérées les procédures d'ouverture de comptes à l'époque (et nous n'en sommes/étions pas responsables).

Nous refusons d'être impliqués dans cette affaire. Nous avons géré ce dossier à la lettre et avons toujours respecté les législations et la régulation."

Sorties d'argent en pleine affaire de corruption

Un important chapitre de la gestion des fonds du politicien commence début 2009. A cette époque, le nom de Luis Bárcenas apparaît dans le cadre d'une investigation de corruption majeure concernant des cadres du PP: l’affaire "Gürtel".

Dès lors, des ordres de mouvements de fonds ont été passés depuis les comptes suisses du politicien. Dans le cas précis de Dresdner, ce sont plusieurs millions qui partent sur des comptes de banques situées aux Etats-Unis, alors que pratiquement aucune sortie d’argent de cette importance n’avait été enregistrée les années précédentes.

En tant qu’administratrice de la fondation Sinequanon, c’est la fiduciaire Favona SA qui se chargeait de faire suivre les ordres de transferts aux banques.

Finalement, fin 2009 et à la suite de ces transferts d’argent, les comptes bancaires du politicien sont transférés au nom d’une société uruguayenne: Tesedul SA, Luis Bárcenas restant toujours le propriétaire des millions déposés en Suisse. Profitant d'une loi d'amnistie fiscale espagnole, la société a régularisé environ 11 millions d'euros en septembre 2012, sans citer le nom du bénéficiaire des fonds.