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Départ de Ben Ali: manifestations en Suisse

Entre 200 et 300 personnes ont manifesté samedi matin à Lausanne.
Entre 200 et 300 personnes ont manifesté samedi matin à Lausanne.
Environ un millier de manifestants ont célébré samedi à Genève et Lausanne le départ de Ben Ali. "Ben Ali c'est fini", ont scandé les participants. Ils ont exprimé à la fois leur joie, leur inquiétude et leur détermination à faire avancer la "révolution de jasmin".

Tant à Lausanne qu'à Genève, les manifestants, réunis à l'appel de plusieurs associations tunisiennes et sympathisantes, ont observé une minute de silence en hommage aux victimes des violences en Tunisie. Entre 200 et 300 personnes ont manifesté à Lausanne le matin, puis quelque 800 l'après-midi à Genève.

Un rêve devenu réalité

"Vive la révolution en Tunisie. Tout le pouvoir au peuple", "Solidarité avec le peuple tunisien en lutte pour son émancipation", "Dictateur Ben Ali va-t-en", affirmaient des pancartes. Mais les nombreux Tunisiens de Suisse présents oscillaient entre joie et inquiétude. "La chute tant attendue de Ben Ali a eu lieu, mais nous sommes inquiets pour la suite. Il faut que les représentants de l'ancien pouvoir s'en aillent", a déclaré Afif Ghanmi, militant des droits de l'homme.

"Notre rêve est devenu réalité, c'est possible de chasser les criminels", s'est exclamé à Genève sous les vivats Anis Mansouri, coordonnateur de l'Association des Tunisiens en Suisse. "Nous pleurons de joie le départ de Ben Ali, mais le travail commence maintenant pour construire la démocratie", a-t-il ajouté.

Les opposants ont réclamé la dissolution du parti gouvernemental, une conférence nationale pour prendre la relève, une assemblée constituante afin de rédiger une nouvelle constitution et l'organisation d'élections libres. Le soutien des gouvernements français et italien à Ben Ali a été conspué.

Gel des avoirs réclamé

Un orateur a demandé que les fonds du dictateur et de sa famille placés dans les banques suisses soient gelés, puis restitués au peuple tunisien. Pour Ridha Ben Boubaker, membre du comité de soutien du peuple tunisien (CSPT), si "un point de non-retour est atteint, le combat n'est pas fini". "Il faut éviter un deuxième 7 novembre" (le 7 novembre 1987 marque l'arrivée au pouvoir de Ben Ali), a-t-il dit à la presse.

Un point de vue partagé par Mohamed Ben Henda, responsable du "Collectif solidaire avec les luttes sociales et politiques en Tunisie": "Le système est encore en place. Ils essaient de maintenir leur mainmise sur le pays", a-t-il observé. Pour lui, "la révolution de jasmin peut avoir des retombées positives pour toute la région". "Elle peut s'étendre à d'autres pays arabes, elle va devenir un modèle, les pays arabes ont droit à la démocratie comme les autres", a affirmé Mohamed Ben Henda à l'ATS, en ajoutant: "il faut coûte que coûte faire avancer cette expérience".

Arabie saoudite pointée du doigt

Hafid Ouardiri, co-président de la Fondation de l'entreconnaissance, s'en est pris à l'Arabie saoudite, qui a accueilli Ben Ali. "L'Arabie saoudite ne doit pas devenir la poubelle de la dictature. L'Islam ne doit pas couvrir les actes d'un criminel", s'est-il exclamé. "Ben Ali doit être jugé par son peuple ou par un tribunal international", a-t-il ajouté.

Au nom de l'Association des victimes de la torture, Nait-Liman Abdennacer a indiqué que son organisation va rassembler des preuves "afin de poursuivre les tortionnaires et leurs commanditaires". A Genève, par des températures printanières, les manifestants ont traversé la ville depuis la place Neuve pour se rendre devant le Palais Wilson, siège du Haut Commissariat aux droits de l'homme. Des voitures avec des drapeaux tunisiens se sont jointes au cortège bruyant qui a grossi en cours de route.

En France aussi

Environ 8000 personnes, selon la police, ont défilé samedi après-midi à Paris, a constaté une journaliste de l'AFP. Les manifestants, essentiellement des Tunisiens, des Franco-Tunisiens ainsi que des représentants des partis de gauche français, s'étaient rassemblés place de la République dans le centre de Paris. Un groupe de jeunes gens portaient des cercueils recouverts de drapeaux tunisiens avec des pancartes "Merci à nos martyrs, nous ne vous oublierons jamais".

"On a fait la révolution, rien ne doit plus être pareil, on ne va pas se laisser voler la victoire du peuple", a témoigné Hedi, un étudiant de 17 ans. Najet Mizoni, une professeur de droit de 59 ans, se disait "heureuse d'être là, de participer à la première révolution dans le monda arabe". Des manifestations ont aussi eu lieu dans plusieurs villes de province, comme Lyon (sud-est) et Toulouse (sud-ouest).

agences/jzim

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Réaction du DFAE

La situation en Tunisie a évolué de manière "déterminante" depuis vendredi après-midi, estime samedi le Département fédéral des affaires étrangères. Ces changements sont dus au "courage et à la détermination de la population", selon la diplomatie suisse.

La population tunisienne demande ses droits démocratiques, en particulier la liberté d'expression et de rassemblement, souligne le DFAE contacté par l'ATS.

La présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey appelle également les Tunisiens "à garder leur calme durant cette phase de rupture".