Modifié

La succession numérique peut laisser les héritiers perplexes

Le marché de la "death tech", des services numériques liés à la mort, est en plein essor
Le marché de la "death tech", des services numériques liés à la mort, est en plein essor / 19h30 / 2 min. / le 9 juillet 2024
En cas de décès d'un proche, il reste désormais son héritage numérique. Sans instructions précises, les héritiers se retrouvent souvent désemparés face à ce patrimoine virtuel intime. La Fondation pour l'évaluation des choix technologiques TA-SWISS a fait le point.

De plus en plus de services s’appuient sur les technologies numériques pour promettre un accompagnement et un soutien aux personnes en fin de vie ou au-delà. TA-SWISS a analysé les offres existantes et conclut que, selon leur déploiement, ces services exerceront une grande influence sur la planification individuelle, le deuil et le souvenir des personnes décédées.

Selon l'étude "La mort à l’ère numérique", présentée mardi devant la presse à Berne, il est nécessaire d’édicter des normes techniques, juridiques et éthiques strictes. Il s'agit également de sensibiliser la population, les prestataires de services et le personnel des pompes funèbres.

"Death tech" et "grief tech"

Les services numériques liés à la mort peuvent être classés en deux groupes: la première catégorie comprend ceux qui permettent aux personnes de décider ce qu’il adviendra de leurs données personnelles après leur mort. Cela inclut par exemple le fait de s'assurer que les proches puissent accéder facilement aux différents comptes en ligne.

Ces services visent à régler la gestion de leur propre succession numérique ou à déposer des dispositions ainsi que des souhaits concernant la gestion de leur propre patrimoine sous une forme numérique. C’est ce que l’on appelle la "death tech" ou technologie de la mort.

La deuxième catégorie s’adresse aux personnes endeuillées. Elle comprend par exemple la possibilité de créer des mémoriaux virtuels sur internet ou de programmer des "deadbots" ou des avatars de deuil qui simulent une sorte de contact avec les proches après leur décès. Ce type de services fait partie de la "grief tech" ou technologie du chagrin.

>> Écouter également l'interview de Francesca Bosisio, professeure à la HEIG Vaud :

Peut-on anticiper sa mort numérique? [Depositphotos - Keport]Depositphotos - Keport
A l'heure du numérique, comment gérer son e-héritage? Interview de Francesca Bosisio / Forum / 4 min. / le 9 juillet 2024

Préserver l'autodétermination

Le travail de deuil est un processus très individuel, de sorte qu’il est impossible de faire une évaluation globale de l’influence qu’exercent sur la manière de gérer la mort et le deuil les prestations et offres examinées dans le cadre de l’étude. Ces services opèrent par principe dans un domaine extrêmement sensible, ont souligné les responsables de l'étude.

C’est pourquoi le personnel spécialisé des pompes funèbres et de l’accompagnement des personnes en deuil devrait être capable de reconnaître et d’éviter les risques liés aux services de la "digital afterlife", ou existence virtuelle post-mortem.

Ces intervenants devraient aussi exploiter les possibilités qu’elle offre, notamment dans le domaine de la planification ou du travail de deuil. De nos jours en effet, les services numériques peuvent déjà aider à organiser sa propre succession et à gérer les démarches administratives liées à un décès.

Mais pour cela, ils doivent répondre aux normes juridiques, éthiques et techniques les plus strictes. Avant de pouvoir recourir à des testaments numériques, des ajustements juridiques sont encore nécessaires, selon TA-SWISS.

D’une manière générale, les auteurs de l’étude recommandent aux fournisseurs de ce type de services numériques de faire preuve de la plus grande diligence en cas de deuil et de décès, afin de préserver à tout moment l’autodétermination des personnes qui les utilisent, ainsi que les droits personnels des proches en deuil.

>> L'analyse de Charlotte Onfroy-Barrier dans le 19h30 :

L'analyse de Charlotte Onfroy-Barrier, sur les questions que pose le développement des services numériques liés à la mort
L'analyse de Charlotte Onfroy-Barrier, sur les questions que pose le développement des services numériques liés à la mort / 19h30 / 1 min. / le 9 juillet 2024

ats/miro

Publié Modifié