Modifié le 28 juin 2010

Le cinéaste Daniel Schmid est décédé

Daniel Schmid, réalisateur de "Beresina", est mort
Daniel Schmid, réalisateur de "Beresina", est mort [Keystone]
Le cinéaste grison Daniel Schmid, réalisateur de "Beresina", est mort dans la nuit de samedi à dimanche à l'âge de 64 ans des suites d'un cancer, a indiqué sa famille dimanche.

A part son film le plus connu "Beresina ou les derniers jours
d'un Suisse" en 1999, Daniel Schmid a réalisé un total de treize
films et plusieurs mises en scènes d'opéra.





Le Grison était sans doute le cinéaste alémanique le plus connu.
Né le 21 décembre 1941, il passe son enfance dans l'hôtel que tient
sa famille à Flims (GR). A 19 ans, il s'établit à Berlin pour
étudier l'histoire et la littérature. Il s'inscrit ensuite à
l'Académie allemande de cinéma.





En 1968, il tourne son premier court-métrage, pour la télévision.
A la fin des années 1970, il se lie avec le cinéaste allemand
Rainer Werner Fassbinder et son épouse, la chanteuse Ingrid
Caven.

"Chant de désir et de mort"

Son premier long-métrage, "Cette nuit ou jamais" (1972), séduit
la critique internationale. Ce film évoque une ancienne tradition
de Bohème, où maîtres et serviteurs échangent leurs rôles pour un
soir.





Deux ans plus tard, il signe son premier chef-d'oeuvre, "La
Paloma", qui décrit la relation morbide qui lie un aristocrate et
une chanteuse de cabaret sur le déclin. Ce film traite de la
théâtralité et de l'artificialité. Freddy Buache l'a qualifié de
"chant de désir et de mort".

Fasciné par l'opéra

Après "Schatten der Engel" (1976) sur un texte de Fassbinder, il
adapte en 1977 un roman de Conrad-Ferdinand Meyer "Violanta", film
qui mêle inceste et fatalité. Suit "Hécate" en 1982, un drame de la
passion et de la jalousie.





Deux ans plus tard, avec le documentaire "Il Bacio di Tosca" il
révèle le quotidien d'anciennes vedettes de l'art lyrique retirées
à la Casa Verdi, à Milan. Schmid est fasciné par l'opéra et en a
mis en scène une demi-douzaine dont "I Puritani", de Bellini, en
1995 à Genève et "Il Trovatore", de Verdi, en 1996 à Zurich.

Plusieurs prix

En 1987, dans "Jenatsch", il entrelace passé et présent autour
de la mort d'un héros ambigu de la libération des Grisons. "Hors
saison" évoque en 1992 ses souvenirs d'enfance dans un hôtel
familial. En 1995, il dévoile "Le visage écrit", un documentaire
qui constate l'agonie du monde des geishas. Il présente le portrait
d'un acteur de kabuki ainsi que d'inoubliables moments de mime au
crépuscule.





Daniel Schmid a été récompensé de quelques prix, dont le Prix
artistique de la ville de Zurich, doté de 50'000 francs en 1998. Il
a obtenu le Léopard d'honneur du Festival du film de Locarno en
1999.

Hommages

Mis à part Nicolas Bideau (lire ci-contre), les
réactions des gens du cinéma ont été nombreuses: "Je suis très
triste, c'était un bon camarade", a ainsi déclaré le cinéaste
genevois Alain Tanner. "Nos cinémas sont totalement divergents mais
je l'appréciais beaucoup."





"Daniel Schmid a dû arrêter le tournage de son prochain film il y
a quelques semaines", a déclaré la cinéaste vaudoise Jacqueline
Veuve. "Ce film ne sera sans doute jamais terminé."





La Vaudoise apprécait aussi la personnalité du cinéaste grison.
"Il savait charmer ses interlocuteurs et respectait le travail des
femmes cinéastes, ce qui n'est pas le cas de tout le monde dans
cette profession."

Séquence émotion à Locarno

La direction du Festival du Film de Locarno a décidé de rendre
hommage à l'auteur de "Beresina" (lire ci-contre)
en projetant, dimanche en fin de soirée sur la Piazza Grande, "Il
Bacio di Tosca", un documentaire qui se penche sur la Casa Verdi à
Milan.





ats/boi/ant

Publié le 06 août 2006 - Modifié le 28 juin 2010

Hommage de Nicolas Bideau

"C'était un sensible, un Grison rugueux. C'est un de nos grands réalisateurs qui disparaît", a dit dimanche Nicolas Bideau

Il "disait toujours ce qu'il pensait, de façon rude mais aussi de façon poétique. Il voulait aussi que l'on fête sa mort", a noté Monsieur Cinéma suisse.

Evoquant "Beresina", une oeuvre "drôle et intelligente", Nicolas Bideau a estimé qu'il s'agissait d'un "film très réussi, à la fois populaire et de qualité", "bien perçu par le public avec 120'000 entrées, ce qui est beaucoup".

"Sa disparition en plein Festival de Locarno va nous permettre de lui rendre hommage." "Il Bacio di Tosca" sera montré sur la Piazza Grande dimanche en fin de soirée.

"Beresina", le chef-d'oeuvre

"Beresina ou les derniers jours de la Suisse" est son ultime film et c'est aussi le plus marquant. Ce long-métrage est une virulente comédie noire sortie en 1999 qui raconte l'histoire d'une call-girl russe débarquant dans un pays montagneux et féérique.

Grâce aux services d'un avocat véreux et de son amie, elle est offerte à une clientèle toujours plus vaste de représentants des milieux économiques, politiques, militaires et médiatiques. De la lointaine Russie, un clan familial suit l'ascension sociale d'Irina.

Dans ce film, Schmid démontre avec humour l'égoïsme national, la conception étriquée de la nationalité suisse et l'étroitesse d'esprit des militaires.