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Erich Fehr: "Les propos de la direction du PS manquent souvent de lien avec la réalité"

Le maire de Bienne Erich Fehr. [Marcel Bieri - Keystone]
La direction du Parti socialiste est critiquée dans ses propres rangs / Le Journal horaire / 28 sec. / le 3 juillet 2022
Après une série de défaites électorales, la direction du parti socialiste suisse essuie des critiques de ses propres rangs, indique la NZZ am Sonntag. Le maire de Bienne Erich Fehr dénonce dans le journal le manque d'écoute des présidents du PS Mattea Meyer et Cédric Wermuth.

Depuis désormais un an, Erich Fehr est président de la plateforme réformiste du parti socialiste suisse. Une association qui se considère comme représentante des sociaux libéraux au sein du parti.

A 53 ans, celui qui est maire de Bienne depuis 2011 estime que la direction de son parti est trop à gauche et éloigné de la base du PS. Un positionnement qui pourrait d'après lui faire perdre à terme un siège à son parti au Conseil fédéral. Dans la NZZ am Sonntag, il dénonce surtout une radicalisation du parti où la pensée divergente est de moins en moins acceptée.

"Ceux qui au sein du PS ne partagent pas entièrement le courant dominant actuel ont eu du mal à se faire entendre. Beaucoup de gens qui ne sont pas d'accord avec ce que fait le parti s'abstiennent de le critiquer. Historiquement pourtant, c'est la possibilité d'avoir un large éventail d'opinions qui a été au coeur du succès socialiste", explique-t-il.

Les coprésidents du Parti socialiste suisse Mattea Meyer et Cédric Wermuth. [Walter Bieri - Keystone]Les coprésidents du Parti socialiste suisse Mattea Meyer et Cédric Wermuth. [Walter Bieri - Keystone]

Un "dénigrement" constant de l'économie

Erich Fehr reproche surtout aux actuels dirigeants du parti de s'en prendre sans arrêt et surtout sans distinction au monde économique. "L'économie n'est pas une entité homogène. Il y a des évolutions indésirables, notamment dans le cas de grandes entreprises avec des managers percevant des salaires exorbitants (...) mais les choses sont différentes dans les PME, qui représentent plus de 99% des entreprises et fournissent les deux tiers des emplois du pays", détaille-t-il dans le journal dominical.

Et d'ajouter: "Il ne s'agit pas seulement d'escrocs et de capitalistes diaboliques, mais surtout d'entrepreneurs qui se lèvent tôt chaque jour et se battent pour les commandes, les emplois et l'existence de leur entreprise".

D'après le Biennois, le parti aurait désormais cette fâcheuse tendance à penser que "l'Etat peut fondamentalement tout mieux faire". Un constat qu'il juge erroné: "L'Etat a une tâche stabilisatrice, mais c'est l'économie sociale de marché qui a apporté la prospérité à l'Europe et à la Suisse", lance-t-il encore dans l'hebdomadaire.

Une frange contestataire encore minoritaire

Mais que représente cette première prise de position interne à l'encontre de la direction du parti socialiste? Dans la NZZ am Sonntag, Erich Fehr reconnaît que cette frange est encore largement minoritaire: "Il y a un cercle de 600 à 700 personnes inscrites sur la plateforme réformiste. Ils partagent nos constats, à savoir que la direction est plus à gauche et surtout plus idéologique que la base, et que leurs propos manquent souvent de lien avec la réalité", assène-t-il.

>> Lire aussi: La nouvelle présidence du PS veut changer la dynamique du parti

Mais pour l'élu biennois, l'influence de ce nouveau groupe pourrait grandir avec le temps: "Nous avons formellement fondé notre association il y a seulement un an. Maintenant, nous allons nous impliquer au sein du PS. Par exemple, avec une prise de position sur la politique européenne (..) intellectuellement, il est tentant de s'interroger sur les avantages et les inconvénients d'une adhésion à l'UE. Mais le fait est qu'il n'y a pas de majorité pour cela. Un débat sur l'adhésion occulterait ce que nous devons faire en realpolitik pour garantir un accès à long terme à notre marché le plus important", continue-t-il.

La menace d'être doublé par Les Verts

Enfin, Erich Fehr craint surtout qu'à force de ne pas se différencier des Verts, ceux-ci parviennent à terme à double le Parti socialiste. Pour lui, les socialistes sont actuellement trop axés sur la politique environnementale.

"Le Parti socialiste a toujours eu une politique environnementale avisée, mais les questions écologiques ne sont pas notre seule proposition. Notre coeur de métier, c'est l'égalité des chances: éducation, sécurité, social et emploi pour tous (...) il faut laisser aux Verts le soin de dire aux gens ce qu'ils peuvent manger ou comment ils doivent vivre", juge-t-il encore dans la NZZ am Sonntag.

Si des corrections ne sont pas apportées rapidement, le maire de Bienne craint tout simplement la perte d'un deuxième siège au Conseil fédéral. Un risque qui n'est selon lui, pas suffisamment pris au sérieux.

ther

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