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Combien y a-t-il réellement de sans-abris en Suisse?

Combien y a-t-il réellement de sans-abri en Suisse?
Combien y a-t-il réellement de sans-abri en Suisse? / La Matinale / 3 min. / le 16 février 2022
On estime à 2200 le nombre de sans-abris en Suisse et à environ 8000 le nombre de personnes risquant de perdre leur logement, selon une étude publiée la semaine dernière. Contactées par la RTS, plusieurs associations romandes jugent que ces chiffres sont largement sous-estimés.

La réalité des sans-abris touche principalement les grandes villes et les agglomérations, indique l'étude réalisée sur mandat de l'Office fédéral du logement (OFL). Elle est basée sur un sondage auprès de 616 communes dans 22 cantons.

Cette estimation de 2200 est largement sous-évaluée, a réagi jeudi dernier dans l'émission de la RTS Forum Alain Bolle, directeur du Centre protestant genevois. Ce dernier se réfère à des données publiées en septembre dernier par l'Université de Genève faisant état de quelque 700 sans-abris alors pour le seul canton du bout du lac.

>> L'interview complète d'Alain Bolle dans Forum, jeudi dernier :

8000 personnes risquent de perdre leur logement: interview de Valérie Spagna
8000 personnes risquent de perdre leur logement: interview d'Alain Bolle / Forum / 5 min. / le 10 février 2022

>> Lire aussi : Une étude estime à 730 personnes le nombre de sans-abri à Genève

Des chiffres manquants

La RTS a voulu savoir si ce constat était partagé. Elle a donc sondé les principales villes de Suisse. Premier constat: de nombreuses villes n'ont pas de chiffres. Elles n'ont pas de vision du sans-abrisme sur leur territoire. C'est le cas notamment de Bâle, Lucerne ou encore des cantons du Tessin et du Valais.

En passant par les institutions concernées, on établit que l'an dernier il y a eu, par exemple, près de 800 personnes qui ont dormi dans des lieux d'urgence à Lausanne, Vevey et Yverdon-les-Bains, ainsi qu'environ 550 à Fribourg. Si on y ajoute ceux de Genève, on dépasse déjà les 2000 personnes rien que pour ces cinq villes romandes.

Toutefois, on ne peut pas simplement additionner ces chiffres. Car une même personne peut se trouver dans les statistiques de plusieurs centres d'accueil. "Sur les 2200 personnes évoquées par l'OFL, il y a peut-être des recoupements à faire avec notre statistique interne de 550 personnes", note Eric Mullener, directeur de l'hébergement d'urgence La Tuile à Fribourg. "Parce qu'il y a chez les SDF des situations d'itinérance."

"Cela me paraît peu"

Malgré ce bémol, sur la base des données fribourgeoises, Eric Mullener estime que les chiffres nationaux sont probablement sous-estimés. Un constat partagé par Caritas Vaud, qui gère plusieurs lieux d'accueil dans le canton. "Cela me paraît peu", estime Olivier Cruchon, chef du secteur action sociale. "Tout dépend de la définition qu'on prend. Une personne peut, par exemple, se trouver à un moment donné dans des hébergements d'urgence. Et il y a les personnes qu'on ne voit pas dans les centres d'accueil. Il est donc très difficile de quantifier le nombre de sans-abris en Suisse."

Difficulté à cerner l'ampleur du phénomène, parce qu'il concerne des situations très diverses. On ne compte pas, par exemple, les gens qui dorment dans la rue plutôt que dans un centre.

Pour la directrice de Médecins du monde Suisse Morgane Rousseau, l'expérience du terrain tend aussi à montrer que le nombre de personnes sans domicile fixe est plus important qu'il n'y paraît: "Ils sont clairement sous-estimés. D'autant plus dans la situation actuelle: la crise du Covid-19 a amplifié ce type de problématiques, de précarisation d'une partie de la population."

Enfin une étude sur le sans-abrisme

Une enquête nationale qui est encore lacunaire, selon ces acteurs du terrain, mais qu'ils saluent. Car la Suisse étudie enfin le sans-abrisme. Que répondent les auteurs de l'étude quant aux doutes sur les chiffres? lls admettent que c'est une première étape. Seuls 28% des communes du pays ont répondu à leurs questions, notamment parce que beaucoup n'ont tout simplement pas de chiffres.

Une seconde enquête menée par la même équipe de la HES du nord-ouest de la Suisse devrait être publiée d'ici un mois. Plutôt que les autorités politiques, elle interroge cette fois-ci les personnes sans-abri des six plus grandes villes du pays. La vision ne sera cependant pas complète. Il y a encore du pain sur la planche.

Les auteurs recommandent d'ailleurs aux autorités politiques d'améliorer les données et de recenser et définir plus clairement le sans-abrisme. Surtout chez les jeunes. Ils vivent, par exemple, trois semaines chez un ami, puis chez un autre. Sans que ce soit volontaire. Et c'est aussi une forme de sans-abrisme.

Marie Giovanola/vajo

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