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La politique agricole en Suisse est la cible d'offensives récurrentes

L'agriculture suisse subit de nombreuses offensives politiques. [Salvatore Di Nolfi - KEYSTONE]
Zoom (vidéo) - Le retour du débat sur l’agriculture avec l’initiative contre l’élevage intensif / L'éclairage d'actualité / 2 min. / le 16 décembre 2021
L'agriculture n’en finit pas de susciter les débats en Suisse, à l'image de celui sur l’initiative contre l’élevage intensif cette semaine au National. Le monde agricole est la cible de fréquentes offensives politiques.

Le Conseil national a discuté durant deux jours de l’initiative contre l’élevage intensif, avant de recommander mercredi soir son rejet. Mais le peuple devrait avoir le dernier mot.

Les paysans sont pour ainsi dire en campagne permanente tant les initiatives qui les concernent sont nombreuses. L’écornage des vaches, l'interdiction des pesticides, la production durable: au total, on dénombre sept votations ces cinq dernières années sur des objets agricoles. Si bien qu’à la tribune, des élus ont parlé d’une "croisade" contre l'agriculture.

Toujours le même schéma

Le schéma est toujours le même: des associations, ou plus rarement des partis de gauche, choisissent l’arme de l’initiative populaire fédérale pour obtenir des changements dans des secteurs très précis.

Exemple avec cette initiative sur l’élevage intensif dans laquelle on retrouve une certaine Vera Weber, des membres d’organisations non gouvernementales de protection des animaux et un élu bien en vue, le Vert zurichois Bastien Girod. Ce texte, qui entend changer les pratiques agricoles en faveur du bien-être des animaux de rente, est la nouvelle épée de Damoclès qui se trouve au-dessus des exploitants agricoles.

Réaction efficace

Le monde agricole réagit toutefois avec efficacité. Le lobby paysan est l’un des mieux organisé du pays, et jusqu’ici, il a toujours réussi à défendre le statu quo face à ces offensives. Au Parlement, il a la majorité de droite de son côté. Et face au peuple, un argument fait mouche: celui de la concurrence étrangère.

Tout durcissement des conditions d'exploitation en Suisse est présenté comme la porte ouverte aux produits agricoles importés de mauvaise qualité. Or les Suisses l'ont dit: ils sont très attachés à une forme de sécurité d'approvisionnement. En 2017, ils ont inscrit ce principe dans la Constitution, par 79% des votants.

Initiatives rejetées

Ces initiatives répétées sont rejetées par le peuple. Mais font-elles font quand même bouger indirectement la profession? Très peu. Ces initiatives ne débouchent jamais sur des contre-projets. Les paysans ne lâchent rien. Mercredi encore, alors que le Conseil fédéral voyait pourtant une marge de manoeuvre constitutionnelle en matière de protection des animaux de rentes, la majorité du Conseil national a tout balayé. Surtout ne pas ouvrir de brèche.

La réforme de la politique agricole qui devait entrer en vigueur cette année a connu le même sort. Et c'est cette inertie, cet immobilisme politique du secteur agricole qui explique en grande partie le nombre élevé d'initiatives populaire pour faire bouger les lignes.

Pour l'instant, le peuple est du côté de ses paysans, mais on observe que les campagnes de votation deviennent de plus en plus dures, voire violentes, comme celle sur les pesticides du printemps dernier. Et au-delà de la forme, les résultats des votes révèlent une Suisse toujours plus fracturée entre ville et campagne.

Sujet radio: Stéphane Deleury

Adaptation web: Jean-Philippe Rutz

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