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Amendes salées pour les acheteurs de stimulants érectiles sur internet

2021, année record des condamnations liées à la vente de faux viagra (vidéo) [RTS]
2021, année record des condamnations liées à la vente de faux viagra (vidéo) / L'éclairage d'actualité / 4 min. / le 9 décembre 2021
Les produits destinés à stimuler les fonctions érectiles représentent chaque année environ 90% des médicaments de contrebande saisis par les douanes suisses. Et si ce trafic est illégal, effectuer ce type d'achat est également punissable, en plus d'être dangereux.

En 2021, plus de 170 personnes ont été condamnées pénalement après une dénonciation par Swissmedic, l'organe de surveillance du marché des médicaments, à des amendes allant de 1000 à 3000 francs pour avoir importé illégalement des quantités importantes de médicaments censés soigner les troubles de l'érection.

Ce chiffre constitue un record. Mais en réalité, Swissmedic est en train de rattraper un certain retard dans ce domaine suite à un changement législatif. Mais de nombreux acheteurs échappent aux contrôles. Les chiffres des condamnations ne reflètent donc qu'une petite partie de la réalité de ce marché noir.

Avertissements

En outre, avant de sévir au niveau pénal, l'autorité de surveillance avertit. Chaque année, des centaines de personnes pincées pour la première fois reçoivent un courrier de mise en garde.

L'amende n'est prononcée qu'en cas de récidive, ou lorsque des grandes quantités sont commandées, explique Nicolas Fotinos, collaborateur scientifique à l'unité de contrôle du marché des médicaments illégaux chez Swissmedic. Et dans les affaires vraiment très graves, où il y a soupçons de remises des comprimés importés à des tiers, les peines peuvent être très élevées.

Prix d'achat et discrétion

Du côté des acheteurs, plusieurs facteurs peuvent pousser à s'approvisionner sur des sites internet étrangers. En premier lieu, les prix. "On parle d'environ 20 francs pour un comprimé", explique le pharmacien-chef des HUG Pascal Bonnabry. Sur internet, on peut trouver des prix "jusqu'à dix fois moins chers" qu'en Suisse, dit-il. Et ces médicaments ne sont pas remboursés.

Autre explication, une certaine gêne et donc le besoin de discrétion. "Le fait de pas devoir passer chez le médecin peut intéresser les consommateurs", estime Nicolas Fotinos. D'autant quand il s'agit d'une utilisation "de confort" et qu'il n'y a pas réellement de problème au niveau médical, "jamais un médecin ne va délivrer une ordonnance", dit-il.

Risques pour la santé

Pourtant, la consommation de ces produits d'origine douteuse est dangereuse pour la santé. D'une part, il peut y avoir des contre-indications, explique Pascal Bonnabry. "En achetant sur internet, on risque d'échapper au contrôle par un professionnel de santé même si le produit est de bonne qualité", résume-t-il.

D'autre part, ces produits bons marché achetés en ligne sont au mieux des génériques ou des copies, mais il y a aussi énormément de contrefaçons. La moitié des échantillons analysés par Swissmedic n'est pas conforme. "Ils contenaient soit des autres principes actifs que ce qui était indiqué, soit un mauvais dosage. C'est vraiment très problématique", détaille Nicolas Fotinos.

En plus des problèmes de santé que peuvent occasionner ce genre d'achat, ceux-ci financent la grande criminalité. Car ce sont souvent des réseaux mafieux internationaux qui organisent ce marché noir, dont le bénéfice se monte à plusieurs milliards de francs.

Marc Menichini/jop

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