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Avoir un chalet à tout prix, le nouveau rêve des citadins avec le Covid-19

Temps Présent: Mon chalet à tout prix. [RTS]
Mon chalet à tout prix / Temps présent / 55 min. / le 7 octobre 2021
Depuis la pandémie de Covid-19, les citadins ne rêvent plus de passer le week-end à Barcelone… mais dans leur chalet. Ainsi, dans certaines régions de montagne, les sites immobiliers enregistrent une progression de 50% à 100% des recherches. Et les prix s'envolent en Valais ou en Gruyère.

Prendre son café du matin sur le balcon de son chalet, face aux montagnes, avec un léger rayon de soleil. Ce rêve, de plus en plus de citadins le concrétisent.

"Avec la pandémie de Covid-19, le confinement ou encore la flexibilisation du travail, nous avons constaté une forte hausse des demandes et de l'acquisition de résidences secondaires, et même principales en moyenne montagne", explique Georges Tavernier, directeur général de la division clientèle à la Banque cantonale du Valais, jeudi dernier dans Temps présent.

>> Relire : La pandémie stimule la demande pour les résidences secondaires en Suisse

Acheter sans visiter

Agathe Fuchs, courtière dans une agence immobilière à Sion, constate le même phénomène. "Nous avons peu de chalets sur notre site, mais dès que nous en avons un, il cartonne", souligne-t-elle. Et rien ne semble arrêter ces nouveaux acquéreurs. Elle prend l'exemple d'un chalet à Nendaz qui n'est pas raccordé à l'eau et à l'électricité, vendu à une famille genevoise.

Aussitôt l'annonce en ligne, la résidence de 3,5 pièces affichée à 295'000 francs a suscité plus de 90 demandes... parfois surpenantes. "Je n'avais jamais eu la situation où le client souhaite acheter sans avoir une seule fois visité le bien", explique la courtière.

Des prix au plus haut

Conséquence? Les prix s'envolent: +10% en un an dans certaines régions de montagne, et même +20% de plus dans des stations comme Verbier.

Le rêve a donc un prix et n'est pas accessible à tout le monde. Car les banques demandent 30% de fonds propres pour l'achat d'une résidence secondaire. "Et si la valeur retenue par la banque est inférieure au prix de vente, la différence doit être compensée avec des fonds propres", décrit Georges Tavernier, directeur général de la division clientèle à la Banque cantonale du Valais.

Le Valais n'est pas la seule région de Suisse romande à être convoitée. La Gruyère, dans le canton de Fribourg, est également prisée par ces nouveaux acquéreurs. "Il y a dix ans, vous aviez une très jolie propriété entre 400'000 et 600'000 francs. Actuellement, on est plus proche du million de francs", analyse Pierrette Buntschu, administratrice d'une agence immobilière à Bulle, qui se dit "surprise" par l'envolée des prix.

La demande augmente et les chalets de vacances se font aussi rares dans certaines régions, depuis 2012, en raison de la Lex Weber qui fixe à 20% le taux de résidences secondaires par commune.

Marie Abbet et Yannick Tenet/vajo

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La montagne, valeur refuge lors d'épidémies

Idéaliser la montagne est une idée de citadins. Les villes ont en effet créé le mythe des Alpes. "Les Alpes ont été à l'origine du paradis suisse", note le sociologue Bernard Crettaz jeudi dans Temps présent.

Avant d'ajouter: "Aux XVe et XVIe siècles, on regarde les montagnes qui sont toutes proches comme d'autres regardent les pays lontains. C'est un moment extraordinaire, car pour la première fois, on va découvrir la marche comme un plaisir. C'est un coup de foudre des villes pour la montagne."

La "montagne guérison"

Et prendre de l'altitude en raison d'une maladie infectieuse qui touche les poumons ne date pas non plus de la pandémie de Covid-19, mais du XIXe siècle. "C'est le grand moment où la bourgeoisie européenne, qui arrive sur les bords du Léman et ailleurs, est saisie par la tuberculose. On va donc monter. C'est toutes les stations pour la 'montagne guérison', le sanatorium", raconte Bernard Crettaz.

A chaque mythe sa symbolique, et l'incantation de la "montagne refuge" est le chalet. Ce terme est popularisé par Jean-Jacques Rousseau dans "La nouvelle Héloïse", l'histoire d'une folle passion entre deux amants. "Ils se seraient aimés dans un chalet. Cette notion de chalet, nous ne l'avions pas en Valais", note Bernard Crettaz. "On n'allait pas au chalet. Car c'était notre maison. La notion de chalet existait dans les montagnes fribourgeoises, du Pays-d'Enhaut et du Bas-Valais. Il y a eu une 'chaletisation' à travers l'Europe."