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Jean-Félix Savary: "Il faut réduire la taxe sur le vapotage pour inciter à s'éloigner du tabac"

L'invité de La Matinale (vidéo) - Jean-Felix Savary, secrétaire général du Groupe romand d’étude  des addictions [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo) - Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupe romand d’étude des addictions / La Matinale / 11 min. / le 17 septembre 2021
Selon Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupe romand d’étude des addictions, une interdiction pure et dure du tabac n’est pas forcément souhaitable. Il faut plutôt concentrer les efforts sur la réduction des risques et la prévention.

"Il ne faut pas commencer à rêver et penser qu’on va supprimer à 100% le tabac", affirme vendredi Jean-Félix Savary, invité de La Matinale de la RTS. "Il faut essayer de réduire les problèmes."

Il cite une stratégie qui a fait ses preuves contre les drogues illégales, basée sur deux axes: prévention et réduction des risques - il pense en particulier aux 9000 décès annuels dus au tabagisme en Suisse. "Il s’agit d’un ensemble de mesures. Rien ne nous permettra de régler l’ensemble des problèmes", précise-il.

Le vapotage jugé moins dangereux

Pour que les produits du tabac soient moins nocifs pour la santé, "on a d’excellentes nouvelles ces dernières années", explique le politologue. Il pense surtout aux cigarettes électroniques – non celles qui brûlent du tabac, mais celles qui produisent de la vapeur grâce à du liquide. "Avec le vapotage, on peut réduire de manière significative les dégâts qui sont causés par le tabac."

Pour inciter les fumeurs à consommer ces produits, "il faut différencier la taxation, c’est-à-dire augmenter celle sur la cigarette et diminuer celle sur le vapotage, donc créer un vrai avantage compétitif pour inciter les gens à opter pour le produit à moindre risque."

Jean-Félix Savary met toutefois en garde. Les "vaporettes" ne sont pas la panacée. "Ce n’est pas bien, mais c’est moins mauvais que le tabac. Il faut bien sûr éviter que les gens deviennent dépendants à la nicotine. La nicotine, c’est la dépendance la plus forte. Deux tiers des personnes qui en consomment vont devenir dépendants. Pour les autres produits, c'est 20%."

>> Réécouter dans La Matinale: Jean-Félix Savary analyse la situation des addictions en Suisse en pleine crise sanitaire

Prévenir plutôt que guérir

Le deuxième volet concerne donc la prévention. Jean-Félix Savary rappelle que la Confédération est dotée d’une stratégie contre les addictions. Mais, selon lui, le système actuel ne donne pas satisfaction. "La Confédération emmagasine plus de deux milliards de francs (de la taxe sur les produits du tabac) et décide de ne rien faire. Et les problèmes, où-sont-ils ? Dans les cantons."

Il faut donc doter les échelons régionaux de moyens pour mener les politiques. "Ce qu’on demande, c’est de réfléchir encore une fois sur cette taxe sur le tabac, pour pouvoir distribuer une partie aux cantons, qui supportent les coûts, qui doivent faire de la prévention, qui font l’intervention précoce, qui agissent dans les écoles, qui ont les programmes d'aide à l’arrêt du tabagisme", détaille-t-il.

Propos recueillis par Frédéric Mamaïs

Adaptation web: ami avec ats

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Discussions au Parlement

Les produits du tabac à fumer ne devraient pas contenir d'ingrédient qui accroît le potentiel de dépendance ou facilite l'inhalation, comme le menthol. C'est du moins ce que veut le Conseil national qui a maintenu jeudi par 96 voix contre 86 cette divergence avec le Conseil des Etats dans la révision de la loi sur le tabac.

Un pas en avant sera-il le fruit de la session d'automne du Parlement? Certains le souhaitent, car la Suisse fait figure de mauvais élève dans la lutte contre le tabagisme. Dans les politiques-tabac, sur 36 pays, la Suisse est avant-dernière, regrette Jean-Félix Savary.