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Face au manque de relève, quel avenir pour les médecins de famille?

Les médecins de famille se font de plus en plus rares en Suisse. [Gaetan Bally - Keystone]
15 Minutes - Quelle relève pour les médecins de famille? / Le 12h30 / 14 min. / le 12 juin 2021
La pénurie de médecins de famille est toujours une réalité, et pas seulement dans les campagnes. Dans les dix prochaines années, plus de la moitié des médecins généralistes prendront leur retraite. Et la relève n’est toujours pas suffisante.

Selon MFE, l’association Médecins de famille et de l’enfance Suisse, il faudrait que 20% des étudiants en médecine choisissent cette spécialité d’ici à 2025. On n'y est pas, et ce, malgré les mesures prises ces dix dernières années, en termes de formation et d’attrait de la profession.

Dans ces conditions, il est difficile pour un généraliste de trouver un successeur lorsqu'il part à la retraite. C'est le cas de Daniel Widmer, médecin de famille lausannois qui fait ses cartons. Il a l’âge de la retraite et doit quitter son cabinet, car l’immeuble dans lequel il travaille sera démoli.

Transmette sa patientèle

Daniel Widmer va toutefois jouer les "prolongations" pour transmettre sa patientèle en douceur à des jeunes médecins. Il explique qu'il a choisi cette option, parce qu'en raison des loyers lausannois, les associés n'ont pas réussi à trouver un espace assez grand pour créer un cabinet de groupe.

Chaque semaine des personnes appellent pour devenir patient, mais on ne peut pas les prendre

Daniel Widmer, médecin de famille

"Je n'avais pas envie de donner à mes patients leur dossier en les laissant se débrouiller. J'ai quand même deux ou trois personnes en fragilité, je fais de la médecine psycho-somatique, ce qui veut dire que j'ai des gens qui ne vont pas bien. Je trouve que c'est dur de leur dire ça."

"Ce qui est emblématique, c'est le nombre de personnes qui téléphonent chaque semaine dans un cabinet pour demander de devenir patient. Mais on doit leur répondre qu'on ne peut plus prendre de nouveaux patients, on n'y arrive pas."

Aide des communes

Les cabinets de groupe sont une des solutions privilégiées par les généralistes qui s’installent. En dix ans, le nombre de cabinets de groupe a triplé. Et parfois, les communes mettent même la main au porte-monnaie pour "garder les médecins".

C'est le choix qu'a fait la commune du Landeron, dans le canton de Neuchâtel. Des généralistes proches de la retraite s’inquiétaient pour leur patientèle. Ils souhaitaient créer un cabine de groupe avec de jeunes médecins. La commune leur a alors mis à disposition ses anciens locaux administratifs pour un loyer préférentiel. Une aide que la commune estime à un peu moins de 200'000 francs.

"On n'aurait pas offert ces conditions pour un bureau d'architecture ou d'avocat, mais c'est un geste qui n'est pas très important au vu de l'avantage que retire la commune. Cela a permis de pérenniser les cabinets médicaux dans la région", explique Roland Spring, conseiller communal du Landeron.

Former davantage de généralistes

Pour Sébastien Martin, médecin généraliste installé et responsable du cursus romand de médecine de famille, il est paradoxal de voir des communes se mobiliser pour essayer de garantir la présence d'un cabinet sur leur territoire, alors que la santé est une responsabilité cantonale.

Selon lui, la solution passera par la formation: "Si l'on formait assez de médecins de famille à l'échelle cantonale et romande, on n'aurait pas besoin de voir les communes entrer en compétition pour séduire les médecins en vue de leur installation. De mon point de vue, les planifications de la santé publique devraient à l'avenir viser cet objectif, plutôt que de laisser les communes investir auprès des médecins."

Reportage radio: Martine Clerc et Coraline Pauchard

Adaptation web: Antoine Schaub

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