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La presse suisse divisée sur l'abandon de l'accord-cadre

Rouven Gueissaz: "Le fameux reset de la politique européenne promis par Ignazio Cassis s'est transformé en flop." [RTS]
Rouven Gueissaz: "Le fameux reset de la politique européenne promis par Ignazio Cassis s'est transformé en flop." / 12h45 / 1 min. / le 27 mai 2021
La majorité de la presse romande fustige la décision du Conseil fédéral d'arrêter les négociations sur l'accord-cadre avec l'UE. Outre-Sarine, les avis sont plus partagés et certains journaux saluent le fait que le gouvernement n'ait pas cédé à la pression de Bruxelles.

La "fin unilatérale" des négociations est un "immense gâchis", déplore Le Temps. Il souligne que "cet échec est avant tout celui du Conseil fédéral", qui n'a dans un premier temps pas pris suffisamment au sérieux la revendication des syndicats sur la protection des salaires. Divisé, le collège n'a en outre "jamais parlé d'une seule voix et a manqué de leadership".

>> Retour sur l'annonce du Conseil fédéral: Le Conseil fédéral enterre l'accord-cadre avec l'Union européenne

Le Temps ajoute que "cet échec est aussi celui du ministre des Affaires étrangères" Ignazio Cassis qui n'a pas réussi à s'imposer et dont les "tergiversations incessantes ont déstabilisé ses collègues et le monde politique suisse".

Incapacité à se projeter

La Tribune de Genève et 24 Heures parlent également d'un "beau gâchis". Et de relever que, plus que l'échec, ce qui choque c'est "l'incapacité du Conseil fédéral, des partis ainsi que des cantons à se projeter et à définir les relations qu'ils souhaitent avec l'Union européenne et les concessions auxquelles ils sont prêts". Seuls les Vert'libéraux et l'UDC y sont parvenus.

La Liberté et ses journaux partenaires notent pour leur part que l'arrêt des négociations intervient "au moment le plus incompréhensible" puisque l'UE se disait prête à renégocier. S'il pointe du doigt le manque d'unité du gouvernement, le journal fribourgeois relève que "au-delà des personnalités du collège, le problème est plus global".

"Tirer le meilleur de cette situation"

Il importe de "tirer le meilleur de cette situation difficile avant qu'elle ne devienne dramatique", estime l'Agefi qui rappelle les conséquences immédiates pour l'industrie medtech suisse. Et d'appeler les "responsables de cet échec, les syndicats en particulier", à se montrer constructifs.

Le Courrier concentre quant à lui ses critiques envers Bruxelles et relève que la pression que l'UE mettait sur la Suisse "ne laissait guère d'illusions sur la marge de manoeuvre des négociateurs helvétiques". Rappelant les craintes de la gauche, soit la "liquidation des droits sociaux", le journal déplore "l'iceberg néolibéral qu'est devenu le projet européen".

Avis partagés en Suisse alémanique

Outre-Sarine, les avis sont plus partagés et certains journaux estiment que le Conseil fédéral a pris la bonne décision. C'est notamment le cas du Blick, qui se félicite que le gouvernement ait résisté aux "promesses" de conclure des accords lucratifs avec l'UE. Le Conseil fédéral n'a pas voulu avaler cette couleuvre. En rompant les négociations, il a clairement signifié leur échec et en assume la responsabilité, estime le Blick.

Pour le Tages-Anzeiger également, la décision du Conseil fédéral était la bonne. Un accord qui aurait non seulement obligé la Suisse à reprendre les règles du marché intérieur mais aussi à rendre son système social et son droit du travail compatible avec la Cour de justice européenne "aurait transformé notre système de démocratie directe en farce sur des questions importantes" estime le journal.

ats/gma

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