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Gaspillage de médicaments: pourrait-on lancer la vente à l’unité en Suisse?

En 2019, 4'582 tonnes de médicaments ont été incinérés après avoir été rapportés, selon les chiffres de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). Alors que le contrôle des coûts de la santé est régulièrement martelé, l’émission On en parle a interrogé des représentants pharmaceutiques et un responsable de la Fédération romande des consommateurs (FRC).

Format inadapté, remboursement différent selon les tailles d’emballage, produits hospitaliers disponibles uniquement en format XL, chaque année ce sont des tonnes de médicaments qui sont rapportés en pharmacie afin d’être détruits.

Les critères de l’OFSP concernant le remboursement des médicaments

L’Office fédéral de la santé publique observe trois critères nécessaires afin d’inscrire un médicament dans la “liste des spécialités” remboursées par les caisses maladie: l’économicité, l’adéquation et l’efficacité du médicament. La taille des emballages et le conditionnement d’un médicament font partie de cette évaluation et, selon Cécile Rivière, responsable suisse romande d’Interpharma, "les autorités suisses exigent déjà de l’industrie pharmaceutique des petits emballages adaptés au traitement" prescrit.

Une opération pilote de vente d’antibiotiques à l’unité dans 13 pharmacies sur une durée de trois mois a été menée l’année dernière dans le canton de Neuchâtel. Pour l’instant encore inconnues, ses conclusions visent à déterminer si la vente de médicaments à l’unité est envisageable à l’échelle du pays.

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Risque d’erreurs ou de contrefaçons trop élevé

Si l’industrie pharmaceutique rechigne à délivrer des médicaments à l’unité, ce serait pour des raisons de qualité, de sécurité ou de traçabilité des médicaments. Pour Cécile Rivière, cette question de traçabilité est cruciale: “[en cas de distribution à l’unité] s’il y le moindre problème avec un médicament, vous ne pourrez plus le tracer jusqu’au patient final”.

D’autres problèmes plus techniques se posent également: une boîte de dix comprimés reconditionnée à l’unité par le pharmacien ne contient qu’une seule notice d’utilisation, ce qui est problématique au niveau de la sécurité d’utilisation. “Est-ce que vous vous mettez comme pharmacien à faire des photocopies?”, questionne la responsable suisse romande d’Interpharma.

Du travail supplémentaire pour les pharmaciens

Du côté des pharmaciens, on redoute une charge de travail accrue et des exigences de sécurité difficilement respectables. Pour Rémi Lafaix, président de l’association PharmaGenève, "une dispensation à l’unité engendrerait […] plus de risques de contrefaçons. Et quand on voit l’explosion des contrefaçons sur les commandes en ligne en termes de médicaments, c’est un argument à prendre en compte".

Le président de PharmaGenève rappelle le rôle crucial du pharmacien dans la maîtrise et la baisse des coûts en lien avec les médicaments, car il se doit d’adapter dans la mesure du possible la taille de la boîte au traitement prescrit, afin de se rapprocher au mieux des besoins du patient.

La vente à l’unité, une question de santé publique et d’environnement

Pour Yannis Papadaniel, responsable santé à la FRC, également invité d’On en parle, la vente à l’unité, très répandue aux Etats-Unis, serait envisageable en Suisse sans énormes difficultés. Selon lui, le passage à la vente individuelle demanderait quelques adaptations matérielles des fabricants, dont les lignes de production ne sont pour le moment pas adaptées à la vente à l’unité, mais du point de vue de la santé publique, cette possibilité présenterait de véritables avantages: "[…] avec les antibiotiques, on observe de plus en plus des phénomènes d’antibiorésistance. […] Si on veut un peu freiner ce phénomène, il faut diminuer notre consommation d’antibiotiques”.

Yanni Papadaniel rappelle également les droits du consommateur qui se retrouverait dans l'obligation d'acheter un lot beaucoup trop important de médicaments ou de matériel médical car celui-ci ne serait pas disponible à l'unité: "[…] on peut refuser d’acheter le lot même s’il a été commandé, […] et on peut éventuellement se diriger vers une autre pharmacie qui aura peut-être en stock le lot en question, à l’unité."

Sujet radio: Sophie Proust / Théo Chavaillaz

Adaptation web: Camille Bertholet / Sylvie Ravussin

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Que faire des médicaments qui me restent après un traitement?

Les médicaments qui sont arrivés à échéance doivent impérativement être rapportés en pharmacie, et non pas jetés à la poubelle ou dans les toilettes, où ils constitueraient un risque pour la santé et pour l’environnement.

Si vous vivez dans le canton de Genève et qu’il vous reste des médicaments non périmés et dans leur emballage d’origine, vous pouvez également les rapporter dans une pharmacie partenaire des Pharmaciens du cœur, où un dispositif de tri est mis en place pour fournir des médicaments aux personnes défavorisées.