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Un réseau de recherche créé pour sauver les betteraves suisses

Des betteraves sucrières du domaine agricole de Georges Allaz à Villars-le-Terroir, dans le Gros-de-Vaud. [Laurent Gillieron - KEYSTONE]
Un réseau de recherche créé pour sauver les betteraves suisses / Le Journal horaire / 17 sec. / le 20 avril 2021
Un réseau de recherche a été fondé afin de sauver la culture betteravière suisse, mise en péril par l'interdiction du pesticide Gaucho. L'an dernier, les betteraves sucrières ont été fortement touchées par la jaunisse virale, avec de grosses pertes de rendement.

Au printemps 2020, deux ans seulement après l’interdiction des néonicotinoïdes en Europe, les champs situés à l’ouest de Soleure étaient affectés par la jaunisse virale et les agriculteurs concernés ont dû éponger d’importantes pertes financières.

En Suisse romande, dans les régions affectées, les pertes de rendement ont pu atteindre entre 30 et 50%. L’explication réside dans l’abandon du traitement des semences avec le Gaucho, un produit contenant des néonicotinoïdes, qui a protégé les betteraves pendant les 25 dernières années.

>> Lire aussi: Les néonicotinoïdes restent interdits pour les betteraves suisses

La démotivation des planteurs est perceptible, d’autant plus que d’autres maladies s’y ajoutent. Pour l’exercice en cours, le recul des champs mis en culture représente 1545 hectares. Sans les programmes d’encouragement des cantons de Vaud, de Fribourg et de Genève visant à stabiliser les surfaces, la production de sucre suisse serait encore plus sous pression en 2021.

Pour lutter contre le puceron vert, considéré comme vecteur principal de la jaunisse virale, l’Office fédéral de l'agriculture (OFAG) a autorisé de façon exceptionnelle et pour une année seulement les deux principes actifs Acétamipride et Spirotetramat pour la pulvérisation des surfaces. Par ailleurs, l'organisme fédéral Agroscope a alloué d’importants fonds à la recherche sur les betteraves pour les huit prochaines années.

Stratégies de sauvetage

Le 24 mars dernier, le Centre betteravier, la station fédérale Agroscope, la Haute école des sciences agronomiques, forestières et alimentaires, ainsi que l'Institut de recherche pour l’agriculture biologique et les services phytosanitaires cantonaux ont fondé un réseau de recherche pour le sauvetage de la culture betteravière en Suisse, selon un communiqué commun publié mardi.

La priorité est accordée aux stratégies de lutte contre le puceron du feuillage, vecteur le plus important de la jaunisse virale et contre la cicadelle qui propage le très redouté syndrome des basses richesses, d’origine bactérienne.

>> Revoir le débat dans Forum sur l'utilisation des néonicotinoïdes dans la production de betteraves:

Le débat - Betterave suisse: on sucre les néonicotinoïdes? [RTS]
Le débat - Betterave suisse: on sucre les néonicotinoïdes? / Forum / 8 min. / le 15 novembre 2020

En complément des bases entomologiques, le réseau développe également des tests diagnostiques pour déterminer et quantifier les divers virus et bactéries impliqués. En outre, il s’agit d’évaluer l’efficacité de méthodes de lutte chimiques et alternatives, par exemple les bandes fleuries, les sous-semis ou la dissémination de prédateurs naturels.

Les maladies fongiques en hausse représentent un autre défi. Des projets de recherche visent également la réduction des herbicides, voire la culture sans herbicides. Un des objectifs est de trouver la génétique la plus tolérante pour les régions affectées et de la recommander aux planteurs. La sélection d’une variété spécifiquement adaptée au site où elle est cultivée est déterminante pour préserver la récolte en cas de maladie, mais la mise en place de cette mesure exige du temps.

ats/iar

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Autorisations d'urgence

En 2018, l'UE a interdit les néonicotinoïdes pour l’enrobage des semences en plein champ. En Suisse, ces insecticides ont été aussi interdits, en raison de leur lente dégradation dans le sol et de leur toxicité pour les abeilles.

Une dizaine de pays de l'Union européenne, dont la France, ont autorisé l'an dernier en urgence la réintroduction temporaire des néonicotinoïdes pour sauver la filière de la betterave. La Suisse a choisi une autre voie en autorisant les deux pesticides précités, qui selon l'OFAG sont 100 à 1000 fois moins toxiques pour les abeilles et les organismes aquatiques que le Gaucho.

>> Relire: Un pesticide "tueur d'abeilles" réautorisé pour sauver les betteraves

En outre, leur mode d'utilisation est différent. Ce sont des produits de traitements foliaires qui sont appliqués seulement en cas d'apparition de pucerons.