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Les émissions de CO2 en Suisse n'ont que très légèrement reculé en 2019

Fumée et brouillard sur la ville de Zurich. [Gaetan Bally - KEYSTONE]
Très léger recul des émissions de gaz à effet de serre en 2019 / Le Journal horaire / 36 sec. / le 12 avril 2021
En 2019, la Suisse a émis 46,2 millions de tonnes d'équivalents CO2, soit environ 0,3 million de tonnes de moins que l'année précédente, indique lundi l'Office fédéral de l'environnement (OFEV). Les organisations écologistes se disent "choquées" par cette stagnation.

Les émissions de gaz à effet de serre sont inférieures de 14% à celles de l'année de référence en 1990. D'après les estimations actuelles, la Suisse devrait manquer son objectif climatique pour 2020 de réduire de 20% ses émissions par rapport à 1990.

Selon l'inventaire de ces gaz publié par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), il est indispensable de renforcer les mesures, comme le prévoit la loi sur le CO2, afin de diminuer significativement les émissions.

Stabilité dans le bâtiment et l'industrie

Dans le secteur du bâtiment, les émissions sont restées identiques par rapport à 2018. Elles représentent une diminution totale de 34% par rapport à 1990. Cette stabilité, malgré un hiver plus froid, est principalement due à l'amélioration de l'efficacité énergétique des bâtiments et au remplacement croissant des systèmes de chauffage au mazout et au gaz par des pompes à chaleur et des énergies renouvelables.

La forte influence des températures hivernales sur les émissions montre que le secteur du bâtiment continue majoritairement de se chauffer avec des combustibles fossiles, souligne l'OFEV. Si l'on tient compte du facteur climatique, les émissions de ce secteur baissent de 0,3 million de tonnes par an, ce qui n'est pas suffisant pour atteindre l'objectif de réduction de 40% jusqu'en 2020.

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Les émissions de l'industrie sont elles aussi restées inchangées en 2019, avec un recul de 14% par rapport à 1990. Celles-ci stagnent depuis plusieurs années et si cette tendance se poursuit, l'objectif de réduction de 20% jusqu'en 2020 sera également manqué.

Hausse des kilomètres parcourus

Dans le secteur des transports, les émissions se sont chiffrées à environ 15 millions de tonnes d'équivalents CO2 en 2019, comme l'année précédente, soit 1% de plus que le niveau atteint en 1990. L'adjonction de biocarburants aux carburants fossiles a augmenté ces dernières années, atteignant près de 4% des ventes totales de combustibles en 2019.

Les véhicules plus efficaces sur le plan énergétique ont également émis moins de CO2 par kilomètre effectué, mais ces effets positifs sont annulés par l'augmentation du nombre de kilomètres parcourus. Si la tendance se maintient, le secteur des transports manquera l'objectif de moins 10% jusqu'en 2020.

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Les émissions causées par l'agriculture ont quant à elles légèrement diminué par rapport à 2018, pour atteindre quelque 6,5 millions de tonnes d'équivalents CO2, soit environ 12% de moins qu'en 1990. Les émissions de gaz à effet de serre synthétiques, tels que les fluides frigorigènes, ont baissé et ont atteint environ 1,6 million de tonnes en 2019.

ats/iar

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Objectif zéro "dans 154 ans"

"Ces chiffres sont un scandale", dénonce une jeune militante de la Grève du climat, citée dans un communiqué. A ce rythme, "nous atteindrons l'objectif de zéro émission de gaz à effet de serre dans 154 ans", ajoute-t-elle.

Pour l'organisation, le monde politique et les entreprises "ignorent clairement les exigences de l'Accord de Paris". Afin de limiter le réchauffement à 1,5 degré, elle exige "des mesures pragmatiques et drastiques pour une réduction sûre et contrôlée des émissions de gaz à effet de serre. Cela nécessite un changement systémique global qui place le bien-être des personnes au-dessus des intérêts lucratifs des riches."

"La Suisse n'est pas du tout un élève modèle", dénonce pour sa part le WWF. Selon lui, "presque aucun pays en Europe ne continue d'avoir autant de chauffages à mazout ni ne met en circulation [...] une flotte de voitures neuves aussi gourmandes en carburant". En outre, la population suisse continue à prendre deux fois plus souvent l'avion que leurs voisins. L'ONG exige ainsi "une politique climatique efficace qui permette une restructuration ciblée et planifiée de notre système économique basé sur les énergies fossiles".