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"La cyberdépendance est un terme à bannir", estime l'expert Niels Weber

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Entretien avec Niels Weber au sujet de la cyberdependance / L'actu en vidéo / 5 min. / le 17 mars 2021
Faut-il une stratégie nationale contre la cyberdépendance? C'est l'une des questions qui a été débattue cette semaine au Conseil national. Pour Niels Weber, psychologue et spécialiste de l'hyperconnectivité, il est faux de parler d'addiction au numérique.

L'Organisation mondiale de la santé considère que les jeux vidéo et autres pratiques numériques peuvent constituer des addictions. Niels Weber n'est pas d'accord et préfère parler d'usage excessif.

"Le terme 'dépendance' n'est pas adapté car il fait allusion à des réactions physiologiques, c'est-à-dire lorsque le corps s'habitue à une molécule." C'est bien le cas pour l'alcool, le tabac ou les drogues, dit-il, mais pas pour l'utilisation d'internet: "La cyberdépendance est un terme à bannir", insiste le spécialiste au micro de la RTS. Il ajoute: "En Suisse, il y a un consensus au sein du groupe des experts nationaux pour dire que ce que l'on appelle 'cyberdépendance' est un symptôme et non une cause."

La comparaison avec les substances n'est toutefois pas totalement erronée, précise-t-il. "A la base, ce sont des comportements similaires. Ce sont des formes d'évitement: on se réfugie dans une pratique - un comportement ou une consommation - pour éviter quelque chose de déplaisant. Mais, très rapidement, on part sur des plans qui sont très différents."

Et puisqu'on ne peut parler d'addiction au numérique, on ne peut pas non plus parler de sevrage, souligne encore Niels Weber: "Si on retire un jeu à quelqu'un, on peut s'attendre à ce que cette personne soit triste, nerveuse et désagréable. Mais ces attitudes ne constituent pas des symptômes de sevrage."

Des dizaines de milliers de personnes concernées en Suisse

La Suisse n'est évidemment pas épargnée par cette problématique. Bien au contraire: "On considère qu'il y a 1 à 2% de la population qui pourrait être touchés par des problèmes d'usage excessif du numérique."

Selon des chiffres relayés par Addictions Suisse, jusqu'à 290'000 personnes seraient concernées dans le pays.

En Suisse, on considère qu'il y a 1 à 2% de la population qui pourrait être touchée par des problèmes d'usage excessif du numérique

Marie Linder, spécialiste en vins, rencontre Niels Weber, psychologue, psychothérapeute, spécialiste de l'hyperconnectivité. [Victoria Turrian - RTS]
Niels Weber

Sans surprise, ce sont surtout les jeunes qui sont concernés. Au total, 8,5% des adolescents entre 12 et 19 ans utilisent internet de manière problématique, selon ces mêmes données.

Le psychologue nuance: "Les enfants et, surtout, les adolescents ont des comportements d'exploration intenses, voire excessifs. Et c'est normal, ça fait partie de leur âge. Cela ne signifie pas qu'il faut laisser passer, mais cela veut dire qu'il ne faut surtout pas catégoriser les mineurs d'addicts parce que ça leur colle une étiquette. Ils ne sont pas dépendants, mais en plein développement", réagit Niels Weber.

A partir de quand parle-t-on d'usage excessif?

Comment savoir si une utilisation des écrans est excessive? La durée est-elle un critère, par exemple? "Non", répond l'expert. Et de relever qu'une personne peut très bien passer plusieurs heures par jour devant des jeux vidéo sans que cela n'empiète sur les autres activités de son quotidien. "A l'inverse, dit-il, il y a des enfants qui jouent 20 minutes par jour mais qui explosent de colère à chaque fois qu'il faut arrêter."

Les professionnels se basent plutôt sur le critère du mal-être de l'utilisateur pour juger si sa pratique est problématique. L'impact sur l'entourage familial est également pris en compte.

Les conseils aux parents

Gérer l'utilisation des écrans de son enfant peut être un défi. Niels Weber plaide pour la fermeté. "Si les parents estiment qu'un jeu est trop violent ou que leur enfant passe trop de temps sur sa tablette, ils doivent savoir qu'ils ont le droit de dire que c'est trop."

Le spécialiste conseille également de surveiller les réactions vis-à-vis du contenu. "Dans Fortnite (jeu en ligne, ndlr) par exemple, ce sont des parties qui ne durent que 20 minutes, mais elles demandent une concentration extrême. Si, à la fin du jeu, on a du mal à gérer la frustration ou la nervosité, il faut dire stop."

A aucun moment les enfants devraient être laissés seuls devant un écran

Marie Linder, spécialiste en vins, rencontre Niels Weber, psychologue, psychothérapeute, spécialiste de l'hyperconnectivité. [Victoria Turrian - RTS]
Niels Weber

Certains parents pourraient aussi se demander à quel âge leur enfant peut commencer à utiliser les écrans. Selon le spécialiste, ce contact peut se faire relativement tôt: "Généralement, on parle de 6 ans environ. Mais, à aucun moment, les enfants ne devraient être laissés seuls devant un écran. Ca doit être une activité accompagnée pour créer un contexte dans lequel on voit que le numérique est quelque chose qui permet du lien."

>> Le grand débat de Forum sur les jeux vidéo:

Le grand débat (vidéo) - Jeux vidéo: faut-il mieux les encadrer? [RTS]
Le grand débat (vidéo) - Jeux vidéo: faut-il mieux les encadrer? / Forum (vidéo) / 17 min. / le 19 mars 2021

Mathieu Henderson

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