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Exportations records de matériel de guerre en 2020, pour plus de 900 millions

Un blindé à roues lors d'une journée de présentation à Bürgelen. [Gian Ehrenzeller - Keystone]
Les exportations de matériel de guerre suisse ont fortement augmenté / Le 12h30 / 1 min. / le 9 mars 2021
Plus de 900 millions de francs: c'est la valeur totale des exportations de matériel de guerre par les entreprises suisses en 2020. Selon les données du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) remontant jusqu'à 1983, ce montant n'a jamais été aussi élevé.

Alors qu'en 2020, l’ensemble des exportations de marchandises depuis la Suisse a baissé d’environ 4% par rapport à l’année précédente, les exportations de matériel de guerre ont augmenté de 24%. L'augmentation des exportations de matériel de guerre en 2020 représente 173,2 millions de francs par rapport à 2019.

Les entreprises suisses ont exporté au total pour 901,2 millions de francs de matériel de guerre vers 62 pays sur la base des autorisations du Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO), indique celui-ci dans un communiqué mardi. Selon les données disponibles depuis 1983 et non ajustées à l'inflation, 2020 est une année record.

Quatre grandes opérations

Ce "résultat" est expliqué par quatre grandes opérations réalisées avec le Danemark, l’Indonésie, le Botswana et la Roumanie. Les véhicules blindés ont le vent en poupe. Le Danemark en a acquis pour 154,7 millions de francs, le Botswana pour 84,9 millions de francs et la Roumanie à hauteur de 58,7 millions de francs. A cela s'ajoute la livraison de systèmes de défense antiaérienne vers l’Indonésie pour 111,3 millions de francs.

Réparties par continent, l'Europe reste le plus grand acheteur d'armes suisses, à hauteur de 62% en 2020 contre 73,3% en 2019. Les exportations vers l'Asie atteignent 18,8% (14,6% en 2019).

Les exportations vers l'Afrique ont aussi augmenté, passant de 1,4% à 9,6%. La hausse est plus légère pour celles concernant l'Amérique: elle passe de 8,1% à 8,5%. Par rapport à 2019, la part des exportations vers l'Australie, déjà petite, a diminué: elle est passée de 2,6% à 1,1%.

L'Europe en tête

Les cinq plus grands pays importateurs de matériel de guerre ont été le Danemark, avec des livraisons d’une valeur de 160,5 millions de francs, suivi de l’Allemagne (111,8 millions), de l’Indonésie (111,6 millions), du Botswana (84,9 millions) et de la Roumanie (59,2 millions).

Suivent les Etats-Unis (43,8 millions), le Brésil (30,2 millions) et Oman (29, 5 millions). Plus bas dans le classement, les exportations vers la France se sont élevées à environ 19,1 millions, à 10,2 millions vers l'Arabie saoudite ou encore 4,6 millions vers le Bahreïn.

En tout, 37,5% des livraisons effectuées en 2020 ont concerné des véhicules blindés, 22,5% des munitions et leurs composants 16,9% du matériel de conduite de tir, 11,6% des armes de tout calibre et 4,1% des composants pour avions de combat. Les 7,4% restants sont répartis entre sept autres catégories de matériel de guerre.

Vente doublée "des biens militaires spécifiques"

La valeur des autorisations délivrées pour "des biens militaires spécifiques" a plus que doublé. Elle est passée de 20 millions de francs en 2019 à quelque 45 millions de francs en 2020. Les "biens militaires spécifiques" désignent des biens qui ont été modifiés à des fins militaires mais qui ne sont pas des armes ni des munitions, selon les explications du SECO.

Ces permis individuels concernent, par exemple, les systèmes de vision nocturne et de défense contre les drones, les installations de démagnétisation, les télémètres ainsi que le matériel de protection pour le désamorçage de corps explosifs.

ats/ebz

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GSsA indigné

Le Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) s'est indigné face à ces chiffres. Dans un communiqué mardi, celui-ci dénonce des ventes "aux pays impliqués dans la guerre du Yémen, qui viole le droit international", "comme les Emirats arabes unis, le Bahreïn, le Koweït et l'Arabie saoudite pour près de 10 millions de francs suisses."

Il s'inquiète aussi des livraisons vers l'Indonésie ou le Brésil "car dans ces deux pays, les droits de l'homme sont systématiquement violés", écrit le GSsA.