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Potentiellement dangereux, le cannabis de synthèse gagne la Suisse

Une étude de l’Unil a récemment identifié la présence de cannabinoïdes de synthèse en Suisse romande [RTS]
Une étude de l’Unil a récemment identifié la présence de cannabinoïdes de synthèse en Suisse romande / 19h30 / 2 min. / le 13 février 2021
Une étude de l’Université de Lausanne a récemment identifié la présence de cannabinoïdes de synthèse sur le marché noir romand. Potentiellement mortelle, la molécule inquiète les milieux de la prévention.

Les cannabinoïdes de synthèse sont des molécules produites en laboratoire mimant les effets du THC sur les récepteurs cérébraux, avec des résultats très variables. Tachycardie, perte de mémoire, hallucinations, etc. Ses effets peuvent être graves et augmentent le risque de surdose.

Selon un rapport d’Europol et de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, les cannabinoïdes de synthèse ont été associés à plus de 100 décès en Europe entre 2016 et 2017.

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Présence en Suisse

Après Zurich, la substance a été décelée dans les cantons de Vaud et de Genève. C’est ce que révèle une étude récemment effectuée par l’Université de Lausanne, réalisée sur les saisies de la police vaudoise entre septembre et décembre 2020.  Sur 260 échantillons analysés, 16 contenaient des cannabinoïdes de synthèse.

"Ces molécules de synthèse se retrouvent sous forme de poudre, pulvérisées sur du cannabis légal (CBD). Il est ensuite revendu plus cher par les dealers, comme étant du cannabis traditionnel", explique Pierre Esseiva, professeur en sciences criminelles à l’UNIL et auteur de l’étude.

Selon l’expert, la substance proviendrait d’Asie, où elle serait fabriquée en laboratoire, comme la plupart des drogues de synthèse disponibles sur le marché noir suisse.

"Les personnes pensent acheter du cannabis récréatif et se retrouvent avec un produit qui peut être 40 fois plus puissant que du THC. C’est une arnaque, et aussi une loterie pour les consommateurs. D’autant plus qu’il est impossible de distinguer à l’œil nu ou à l’odeur si le cannabis est naturel ou synthétique", détaille Pierre Esseiva.

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Mauvaise expérience

Jean, étudiant à l’Université de Fribourg, en a fait les frais l’été dernier. Pensant fumer du cannabis traditionnel, il vit une mauvaise expérience avec ses amis. "Je me suis vite rendu compte que c’était bizarre. Les effets sont extrêmement forts et rapides, avec un pic d’intensité qui dure 20 minutes. Plusieurs personnes sont devenues blanches, ont fait de la tachycardie. J’ai même un ami qui a fini à l’hôpital".

Interpellé, le jeune homme décide d’envoyer un échantillon dans un laboratoire de drug testing zurichois.

"Ils m’ont dit que c’était de la CBD coupée avec des cannabinoïdes de synthèse et que c’était potentiellement très dangereux. Je l’ai récupéré à Fribourg par des connaissances qui ont disparu après. Probablement qu’ils étaient conscients de ce qu’ils vendaient".

Pas de régulation

Plusieurs zones grises entourent l’organisation de ce trafic. "On ne sait pas si c’est une structure de type mafieuse qui va perdurer, où un phénomène de mode", explique Frank Zobel, d’Addiction Suisse.

Bien que listée comme étant illégale, il est relativement facile de se procurer la substance via internet. "Il s’agit de molécules qui ont été désignées pour agir avec le système endocannabinoïde, mais qui ne font l’objet d’aucune recherche, d’aucune régulation et qui sont en circulation ouverte", ajoute Simon Anderfuhren, politologue expert en régulation du cannabis.

Les milieux de la prévention appellent à davantage de vigilance. En Suisse romande, il existe plusieurs associations, comme Nuit blanche à Genève ou NightLife Vaud, qui proposent d’analyser gratuitement ces substances afin de réduire les risques liés à la consommation.

Sarah Jelassi

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