Modifié

Espionnage: l'Etat de Vaud veut une enquête

Jacqueline de Quattro promet de tirer cette affaire au clair. [Keystone]
Jacqueline de Quattro promet de tirer cette affaire au clair. [Keystone]
Le Conseil d'Etat vaudois a indiqué mercredi à la TSR qu'il allait ouvrir une enquête dans l'affaire d'espionnage qui a visé les altermondialistes d'Attac. Le gouvernement accède ainsi à la requête de la gauche vaudoise.

Selon le conseil d'Etat vaudois, il s'agira de savoir si les
agissements de Securitas, qui a infiltré Attac Vaud pour le compte
de Nestlé, ont continué après le G8. L'affaire avait été révélée
jeudi dernier par l'émission "Temps présent".

Au 19:30 de la TSR, Jacqueline de Quattro, conseillère d'Etat en
charge de la sécurité, a promis de "faire la lumière sur cette
affaire". Celle-ci sera examinée par une personne externe à
l'administration, probablement un ancien juge cantonal, a-t-elle
ajouté. "S'il s'avère que la police avait connaissance des
agissements de Securitas", des mesures allant jusqu'à une enquête
administrative pourront être prises.

Fausse agente

Selon "Temps présent", la surveillance de Nestlé aurait débuté
en automne 2003, après le G8 d'Evian, alors que le petit groupe
d'Attac Vaud préparait un ouvrage sur le géant mondial de
l'alimentation. Elle a duré jusqu'en été 2004, a souligné Béatrice
Schmid, l'une des auteurs du livre "Attac contre l'empire
Nestlé".

En utilisant une fausse identité, une agente de la société
Securitas s'est infiltrée dans le groupe de travail. "Elle a eu
accès à toutes nos recherches, à tous nos contacts et nos sources
en Suisse et à l'étranger", a ajouté l'auteure.

Cette "Madame X" a depuis disparu sans laisser de trace. Les
membres du groupe de travail ont été informés de cette infiltration
par Jean-Philippe Ceppi, le journaliste de "Temps Présent".

La gauche au front

L'espionnage érigé en véritable culture d'entreprise chez Nestlé. [Reuters]L'espionnage érigé en véritable culture d'entreprise chez Nestlé. [Reuters] Mardi, Socialistes, Verts et A
gauche toute! ont interpellé le Conseil d'Etat sur la légalité de
ces pratiques et sur le rôle de la police cantonale. Dans une
déclaration commune, les trois groupes parlementaires au Grand
Conseil ont fait part de leur indignation. "Cette affaire est
indigne d'une démocratie, elle est inquiétante pour le respect de
la liberté de pensée", ont-ils souligné.

Rien de justifiait l'infiltration d'un groupe de rédaction d'un
livre sur la multinationale alimentaire Nestlé de l'automne 2003 à
l'été 2004, ont-ils argumenté.

Securitas et Nestlé font valoir les circonstances particulières
qui entouraient le G8, début juin 2003, et assurent être restés
dans la légalité. "Ce ne sont pas des casseurs qui ont été
espionnés, mais des chercheurs universitaires", rétorquent les
partis de gauche.

swisstxt/boi

Publié Modifié

Plainte d'Attac Vaud

Attac Vaud avait déposé plainte contre X après avoir été espionnée par une employée de Securitas.

"C'est avec incompréhension et stupeur que j'ai pris connaissance de ces informations", avait déclaré la secrétaire générale d'Attac Suisse.

La plainte pénale a été déposée contre inconnu, respectivement contre toute personne de Nestlé ou Securitas qui aurait agi contrairement au droit, selon l'avocat des plaignants, Me Jean-Michel Dolivo.

Sur le plan civil, une action sera aussi intentée pour des atteintes illicites à la personnalité.

De son côté, Nestlé n'a toujours pas souhaité faire de commentaire.

La protection des données s'interroge

Ce lundi, le préposé fédéral à la protection des données a indiqué qu'il allait interroger Securitas sur son opération d'infiltration supposée. Il va lui demander cette semaine et par écrit des explications sur le déroulement de cette affaire.

"Nous avons appris cette opération par la presse et souhaitons des informations complémentaires", a déclaré Ksomas Tsiraktsopoulos, chef de l'information auprès du préposé à la protection des données.

"Dans un premier temps, nous demanderons à Securitas dans quel cadre elle a fait ses observations, quel type d'informations elle a recueillis et de quelle manière elle les a obtenues."

En Suisse, les opérations de surveillance de privé à privé sont très limitées par le droit. Il s'agit d'un cas problématique de surveillance et un juge doit être impliqué lorsqu'il s'agit d'intrusion dans la sphère privée.