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Partir en vacances de ski à Noël, est-ce trop risqué? L'avis des experts

A tricable gondola system (often abbreviated 3S for 3-seil, which means three ropes in German) which connects Trockener Steg and the Klein Matterhorn, pictured above Zermatt, Canton of Valais, Switzerland, on February 13, 2019. (KEYSTONE/Christian Beutler) [Christian Beutler - Keystone]
A tricable gondola system (often abbreviated 3S for 3-seil, which means three ropes in German) which connects Trockener Steg and the Klein Matterhorn, pictured above Zermatt, Canton of Valais, Switzerland, on February 13, 2019. (KEYSTONE/Christian Beutler) [Christian Beutler - Keystone]
Pourra-t-on skier librement à Noël? Faut-il réglementer plus strictement les activités des stations? Alors que le plan du gouvernement pour limiter la propagation du coronavirus lors des Fêtes doit être présenté vendredi, nous avons voulu connaître l'avis de l'OFSP et d'un expert de la Tesk force Covid-19 sur ce débat très émotionnel.

A l'approche des fêtes de fin d'année, c'est la question qui agite la Suisse: quelles seront les restrictions pour les stations de ski à Noël? Une question qui en amène une autre: est-il raisonnable, en pleine pandémie de Covid-19, de planifier des vacances à la montagne cet hiver? Le Conseil fédéral doit présenter vendredi ses mesures pour limiter la propagation du coronavirus durant la période des Fêtes.

Un Conseil fédéral pris en tenaille

Le gouvernement est pris entre le marteau et l'enclume. D'un côté, les régions alpines misent sur les visiteurs locaux (et étrangers) pour redonner du baume à un secteur touristique en grande difficulté. La saison estivale a été sauvée grâce à la clientèle suisse, mais la deuxième vague de coronavirus - pas encore derrière nous - et la perspective d'une éventuelle troisième vague mettent en péril la saison d'hiver.

De l'autre côté, plusieurs pays voisins - France, Allemagne et Italie - exercent une forte pression pour que la Suisse ferme ses stations à Noël. Seule l'Autriche a décidé d'ouvrir ses installations, mais avec des restrictions très importantes. Face à cette menace, le National a adopté jeudi par 100 voix contre 80 et 9 abstentions une déclaration, non contraignante, demandant au Conseil fédéral de renoncer à des prescriptions plus strictes pour les sports d'hiver.

>> Le sujet du 19h30 sur le coup de pression du Parlement:

Le Conseil national adopte une déclaration pour empêcher le Conseil fédéral de limiter la pratique du ski en Suisse [RTS]
Le Conseil national adopte une déclaration pour empêcher le Conseil fédéral de limiter la pratique du ski en Suisse / 19h30 / 2 min. / le 3 décembre 2020

>> Lire aussi: Skier ou ne pas skier à Noël, ce qui est prévu de la France à l'Autriche

Qu'en pensent  les experts?

Interrogé sur l'opportunité d'ouvrir les stations de ski à Noël, l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) ne se prononce pas, renvoyant la balle au Conseil fédéral. "De façon générale, l’OFSP recommande d’éviter toutes les activités durant lesquelles les règles sanitaires ne peuvent pas être respectées. Toujours de façon générale, le respect des règles sanitaires est en principe possible durant la pratique du ski, mais plus difficile durant les activités de l’après-ski", se borne à commenter son porte-parole Daniel Dauwalder.

La Task force scientifique Covid-19, dont le mandat est de conseiller les autorités, n'a pas été consultée sur cette question précise de l'ouverture des stations de ski, indique le virologue Didier Trono, membre de la Task force. Le professeur à l'EPFL en appelle au bon sens et aux pratiques élémentaires. "Dévaler les pistes ne présente pas de risque particulier, tout comme partager un téléski ou un télésiège avec un membre de son propre ménage", explique-t-il.

Si, avec une voiture, vous avez foncé une fois dans un mur à 80 km/h, est-ce que vous allez refaire l’expérience une deuxième fois?

Les explications de Didier Trono, professeur en sciences de la vie à l'EPFL. [RTS]
Didier Trono, professeur à l'EPFL et membre de la Task force Covid-19

Les situations potentiellement dangereuses sont les activités annexes, notamment celles qui rassemblent de nombreuses personnes dans un espace confiné, note-t-il. Et Didier Trono de prendre l'exemple d'un téléphérique où 80 skieurs sont entassés, d'une télécabine à six ou huit personnes ou d'un self-service dans un restaurant d'altitude. Les lieux de fêtes en station, comme les bars et les boîtes de nuit, sont également des endroits à risque.

Des lieux de propagation majeurs au printemps

"Dans un monde idéal où tout le monde respecte les gestes barrières et adopte un comportement extrêmement discipliné, ça peut très bien se passer. Mais c'est très difficile à imaginer", objecte celui qui préside le groupe d'experts Diagnostics et tests. Il rappelle que lors de la première vague, certaines stations de ski ont été considérées comme des lieux de propagation majeurs du coronavirus. C'est notamment le cas d'Ischgl en Autriche et de Verbier chez nous.

Et Didier Trono de résumer sa position avec une question rhétorique: "Si, avec une voiture, vous avez foncé une fois dans un mur à 80 km/h, est-ce que vous allez refaire l’expérience une deuxième fois?". Il souligne toutefois que la situation n'est pas la même qu'il y a neuf mois. Aujourd'hui, nous connaissons mieux ce virus ainsi que son mode de transmission.

Une délicate pesée des intérêts

Par ailleurs, les autorités ont pris des mesures pour éviter les contagions et des plans de protection ont été mis en place. Reste à voir quelle est la solidité de ces plans et la rigueur avec laquelle ils pourront être respectés. Il est important de réaliser que l’incidence de l’infection est plus haute aujourd’hui qu’elle ne l’était au pic de la première vague, note Didier Trono.

Quoi qu'il en soit, rappelle-t-il, la Task force n'a qu'un rôle consultatif et il revient au politique, non aux scientifiques, de fixer le cadre dans lequel les sports d'hiver doivent se tenir. Le Conseil fédéral est en effet face à une délicate pesée des intérêts, entre exigences sanitaires, importance économique du tourisme hivernal et pressions internationales. On saura vendredi quel poids le gouvernement donnera à chacun de ces éléments.

>> Le débat de Forum - "Doit-on renoncer aux vancances de ski?":

Le grand débat - Doit-on renoncer aux vacances de ski? [RTS]
Le grand débat - Doit-on renoncer aux vacances de ski? / Forum / 21 min. / le 3 décembre 2020

Didier Kottelat

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Assouplissement des mesures sanitaires en Valais

Le Valais a annoncé jeudi un assouplissement de ses mesures, avec notamment une réouverture des restaurants, bars et lieux de loisirs dès le 14 décembre. Les discothèques et autres salles ou spectacles de danse restent en revanche interdits. Les rassemblements restent strictement limités, tant dans l'espace public que dans l'espace privé.

>> Lire aussi: Bars et restaurants valaisans vont pouvoir rouvrir le 14 décembre