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Victimes atypiques du Covid-19, les ados souffrent sur le plan psychique

Les adolescents souffrent de la crise du Covid-19 sur le plan psychique. [Goran Basic - Keystone]
Les conséquences du Covid-19 sur l'adolescence: interview d'Anne-Emmanuelle Ambresin / Forum / 8 min. / le 28 novembre 2020
La pandémie de Covid-19 pèse fortement sur le moral de certains adolescents, privés de perspectives d'avenir et du lien social du milieu scolaire. Les tentatives de suicide sont en hausse et les hospitalisations en pédopsychiatrie ont aussi pris l'ascenseur.

Réunis en colloque virtuel durant deux jours sous l'égide de la Fondation Brocher, une vingtaine de professionnels de Suisse romande, de l'UNICEF et de l'OMS ont discuté de l'impact de la pandémie de Covid-19 sur les adolescents.

Durant le semi-confinement, c'est surtout une hausse de la violence au sein des familles qui était redoutée. Elle ne s'est toutefois pas présentée; du moins, aucun chiffre ne l'atteste. C'est sur le plan psychique que le bilan est lourd: depuis la rentrée, les spécialistes relèvent que certains jeunes vont particulièrement mal, et leur nombre est en augmentation.

Hausse des tentatives de suicide

La hausse des tentatives de suicide constatée au CHUV et à Malatavie, l'unité de crise pour les adolescents à Genève, est un indicateur préoccupant. A Malatavie, on dénombre neuf tentatives pour le seul mois d'octobre, contre une l'an dernier à la même période. Même si ce nombre a chuté à deux en novembre, l'institution prend en charge davantage de jeunes à risque que d'ordinaire et les soignants sont inquiets.

Au CHUV, les hospitalisations en pédopsychiatrie ont aussi pris l'ascenseur, puisqu'on compte 60% d'hospitalisations de plus entre juin et septembre par rapport à la même période de l'an dernier. Dans le canton de Vaud toujours, les offices de protection des mineurs rapportent aussi une hausse des dossiers qui leur sont adressés depuis la rentrée. Enfin, autre signe du mal-être des adolescents, les pédopsychiatres et pédopsychologues installés croulent sous les demandes, et les places sont rares.

"On a vu un grande détresse en consultation", a confirmé samedi dans l'émission Forum Anne-Emmanuelle Ambresin, médecin-cheffe de la division interdisciplinaire de la santé des adolescents au CHUV, pédiatre et co-organisatrice du colloque. "Par essence, à l'adolescence, on doit pouvoir se projeter dans le futur pour se former, trouver qui l'on est. Le Covid et le passage aux cours en ligne sont des choses qui ont entravé la formation et les perspectives d'avenir des adolescents", explique la spécialiste.

Pas intégrés dans les mesures

Parmi les raisons qui expliquent cette explosion des cas, les experts ont pointé du doigt l'arrêt des soins considérés comme non urgents durant la première vague pour les adolescents atteints de diverses maladies.

De l'avis des spécialistes présents, en outre, les autorités n'ont pas pris et ne prennent toujours pas suffisamment en considération les adolescents dans le cadre de cette pandémie, s'adressant insuffisamment à eux dans les messages sanitaires et ne les consultant pas lorsque des décisions importantes qui les concernent sont prises, comme l'école à la maison. Les canaux officiels comme Pro Juventute, eux, ne jouent pas suffisamment leur rôle de relais.

Pour un lobby des jeunes

Pour y remédier, il faudrait des lobbies, comme en ont les autres groupes d'intérêts ou de populations, à l'instar des aînés. Une idée a émergé durant ces deux jours: créer une "task force jeunes" pour porter la voix des adolescents, afin qu'ils se fassent mieux entendre, notamment du monde politique.

"On fait déjà mieux dans la deuxième vague. On a pu obtenir de pouvoir garder les consultations ambulatoires ouvertes pour les adolescents, et on a pu garder les écoles ouvertes. C'est fondamental pour le développement des adolescents, qui se passe en grande partie au travers de la socialisation en milieu scolaire", souligne Anne-Emmanuelle Ambresin.

Sujet radio: Céline Fontannaz
Adaptation web: Vincent Cherpillod

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