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Le défi financier des hôpitaux face aux traitements des patients Covid

Le personnel médical des HUG aide les patients pendant la deuxième vague de pandémie (image d'illustration). [Martial Trezzini - Keystone]
Les hôpitaux ne sont pas assez rémunérés pour les patients Covid-19. / La Matinale / 1 min. / le 23 novembre 2020
La prise en charge des patients atteints du Covid-19 a chamboulé l'organisation dans les hôpitaux. Ceux-ci ont dû diminuer voire abandonner des opérations non urgentes au profit des cas de coronavirus, moins rentables. Certaines voix s'élèvent pour demander une adaptation des tarifs.

Plus de deux milliards de francs de pertes: la faîtière des hôpitaux H+ s’attend à de lourds déficits pour les établissements médicaux cette année. En cause notamment, la suppression de la chirurgie élective au profit des cas Covid-19. Or, ces interventions sont souvent moins rentables.

Un constat que faisait récemment Brigitte Rorive sur les ondes de la RTS. La présidente du Conseil d’établissement de l’Hôpital Riviera-Chablais jugeait en effet ces tarifs "non satisfaisants".

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Des tarifs "mal adaptés"

Un avis que partage la responsable du contrôle médico-économique aux HUG Catherine Vindret: "Etant donné que le Covid-19 est une nouvelle maladie, il n'y avait rien dans le système qui était prévu pour le traitement de ces patients."

Des adaptations tarifaires ont été faites dès la première vague. Celles-ci concernent les patients atteints du coronavirus, mis en isolement ou traités aux soins intensifs. Ces mesures restent toutefois mal adaptées, selon Catherine Vindret.

"Jusqu'à six jours d'hospitalisation, on peut facturer un patient 6000 francs. Passé le septième jour, ce montant augmente à 16'000 francs. C'est absurde." Pire, ajoute la responsable, un séjour qui rapporte 6000 francs à l'établissement lui en coûtera plus du double, soit 13'000 francs. "On a tout de suite revendiqué d’évaluer une rémunération supplémentaire pour chaque jour d’un patient Covid. Mais aucune décision n'a été prise."

Une solution qui "doit être trouvée ailleurs"

De son côté, l'agence fédérale tarifaire Swiss DRG estime avoir fait le nécessaire en adaptant sa grille au printemps. Son directeur Simon Hözler insiste: les prises en charge stationnaires des cas Covid sont remboursées de manière correcte. Pour les autres manquements tels que le report des opérations non urgentes, la solution doit être trouvée ailleurs.

"Il ne faut pas mélanger les problèmes d’une structure tarifaire et les problèmes d’un financement général des hôpitaux. La structure tarifaire n’est pas capable de couvrir les déficits liés à la diminution des activités ordinaires des hôpitaux. Il faut trouver d'autres réponses pour ce problème."

Pas d'illusion pour la faîtière des hôpitaux

Quant à la faîtière des hôpitaux H+, elle ne se fait pas d'illusion. Sa directrice Anne-Geneviève Bütikofer ne croit pas en une solution rapide qui passerait par une modification des tarifs: "Pour sa grille, Swiss DRG se fonde sur des données d'il y a trois ans. Le processus est très long et, de plus, exige une entente entre les différents partenaires. Donc les hôpitaux ne vont pas arriver rapidement à un remboursement plus élevé pour les prises en charge stationnaires des cas Covid au travers de l'adaptation tarifaire."

Elle poursuit: "Il faut que le Conseil fédéral, les autorités cantonales et les assureurs travaillent avec nous pour identifier des solutions pour couvrir ces pertes financières." Les discussions devraient se poursuivre lorsque la facture globale des traitements de cas de coronavirus sera connue.

Mathieu Henderson

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