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Gilles Marchand, directeur de la SSR, réagit après les affaires de harcèlement à la RTS

La SSR face au harcèlement: interview de Gilles Marchand [RTS]
La SSR face au harcèlement: interview de Gilles Marchand / Forum / 7 min. / le 2 novembre 2020
Le directeur de la SSR, Gilles Marchand, veut prendre des mesures rapides après l'affaire de harcèlement sexuel qui a éclaté à la RTS. Il réfute que Darius Rochebin ait pu être protégé par son statut de présentateur vedette.

"Je suis aussi choqué moi-même, et aussi stupéfait que les téléspectateurs, et je leur dis que ces révélations exigent évidemment que nous prenions des mesures rapides et profondes pour régler les problèmes qui ne le sont pas encore", a affirmé lundi Gilles Marchand, directeur général de la SSR, interrogé dans l'émission Forum.

Alors qu'il était d'abord directeur de la TSR depuis 2002, puis de la RTS dès 2010 et jusqu'en 2017, Gilles Marchand revient sur les rumeurs qui couraient déjà à l'époque concernant Darius Rochebin: "Il est très important faire la part des choses entre les rumeurs et les faits. En l'occurrence, les faits n'ont jamais été avérés. Et par conséquent, lorsque les faits ne sont pas là, il est très difficile d'agir de manière forte".

Pas protégé par son statut

Le directeur général précise que des mesures ont été prises à partir de 2017, par la direction de la RTS, dans le cas de Darius Rochebin. Elles concernaient le respect des règles professionnelles qui était exigé.

Gilles Marchand réfute que son statut de présentateur vedette ait pu rendre le journaliste intouchable: "En aucune manière un statut de personnalité visible et connue ne doit provoquer ce genre de situation et entraîner une protection. Au contraire: quelqu'un qui a une telle exposition doit avoir un comportement exemplaire. Et si tel n'est pas le cas, il faut absolument agir, et c'est bien notre intention".

Libération de la parole

Le syndicat suisse des mass media (SSM) exige que la SSR prenne acte de ce changement qui est en train de s'opérer et de la libération de la parole des femmes, notamment. Il demande que la situation puisse être améliorée, en menant une enquête sur les cadres concernés qui sont encore en poste, et qu'elle les suspende dans le cadre de cette enquête.

Mais Gilles Marchand n'a pas voulu se prononcer à ce stade sur d'éventuelles suspensions. "J'espère que de cette crise dure va sortir un nouveau départ, avec peut-être des relations nouvelles dans le monde du travail, et j'espère que nous pourrons avoir une dimension d'exemplarité pour tous". Il reconnaît que l'on est à un point de bascule et que la société a changé. "Il faut en tenir compte, de manière sérieuse et approfondie à l'intérieur de la RTS, mais aussi de toutes les chaînes du service public."

Alors que Le Matin affirme qu'un des cadres incriminés était à l'antenne dimanche, Gilles Marchand a refusé de commenter ce point: "Je ne peux pas répondre à cette question, car je ne sais pas quelle est la personne incriminée et je ne sais pas quelles étaient les personnes à l'antenne".

Outils pas assez utilisés

Le directeur général de la SSR a souligné que l'entreprise a mis en place de nombreux outils très performants pour lutter contre le harcèlement sexuel, mais que "le problème, qui est grave, c'est que ces outils ne sont pas assez utilisés. Nous devons nous demander pourquoi c'est le cas. Il y a là un déficit que nous devons combler, et nous allons le faire". 

>> Le sujet du 19h30 sur les rassemblements à la RTS:

Suite à l’enquête du journal Le Temps parue samedi mettant en exergue des dysfonctionnements patriarcaux et d’ordre sexuel au sein de la RTS, environ 50 personnes se sont rassemblées lundi après-midi au pied de la tour à Genève. [RTS]
Suite à l’enquête du journal Le Temps parue samedi mettant en exergue des dysfonctionnements patriarcaux et d’ordre sexuel au sein de la RTS, environ 50 personnes se sont rassemblées lundi après-midi au pied de la tour à Genève. / 19h30 / 2 min. / le 2 novembre 2020

Interview: Esther Coquoz

Adaptation web: Jean-Philippe Rutz   

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Rassemblements pour exiger du changement

Environ 50 personnes se sont rassemblées lundi après-midi au pied de la tour de la RTS, à Genève, pour demander un changement immédiat de la culture de management de l'entreprise. Samedi, une enquête fouillée du Temps faisait état de harcèlement en tous genres, de gestes déplacés et d'abus de pouvoir.

Une cinquantaine d'employés de la RTS se sont rassemblés lundi après-midi à Genève, au pied de la tour TV. [Keystone]Une cinquantaine d'employés de la RTS se sont rassemblés lundi après-midi à Genève, au pied de la tour TV. [Keystone]

L'affaire éclabousse l'ancienne vedette de la RTS Darius Rochebin, passé cet été sur la chaîne française LCI. "Nous sommes en colère contre la direction qui s'est montrée incapable de se remettre en question", a déclaré Mireille Senn, membre du comité du SSM. Le syndicat des médias va exiger une enquête sur la hiérarchie.

Pourquoi la parole des victimes n'est pas entendue, s'est interrogée Mireille Senn. Le syndicat, épaulé dans son action par le comité de la Grève des femmes, promet de ne pas lâcher le morceau. "Nous voulons la suspension des personnes qui ont été mises en cause, que les coupables soient sanctionnés".

Le harcèlement psychologique et sexuel est inacceptable et le traitement qui en a été fait par la direction a été très insatisfaisant, a poursuivi Mireille Senn. Le syndicat SSM veillera à être associé aux engagements qui seront pris. Un "pool" d'enquête sera formé pour faire toute la lumière sur les révélations du Temps. "Nous ne voulons plus entendre la phrase: nous ne savions pas !", a souligné Mireille Senn. Il faut que la honte change de camp, a-t-elle ajouté sous les applaudissements des personnes présentes au rassemblement.

Une action de protestation s'est également déroulée devant les locaux de la RTS à Fribourg à l'appel du Collectif grève féministe Fribourg.

En début de soirée à Lausanne, devant les studios de la radio à la Sallaz, 35 femmes se sont réunies. Elles ont lu une déclaration demandant notamment aux victimes de harcèlement de "briser le silence." Au terme de leur action, elles ont déposé devant le bâtiment plusieurs pancartes avec des slogans du type "Radio Télévision Silence" ou "Fin de l'omerta".

ats/jpr