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Les professionnels des ONG ont de plus en plus besoin de soutien

En ces temps de pandémie, les professionnels des œuvres d'entraide ont de plus en plus besoin d'aide et de soutien (image d'illustration). [Alexandra Wey - Keystone]
Qui soigne les soignants, confrontés à la précarité et aux récits traumatiques? / Le 12h30 / 3 min. / le 27 octobre 2020
Les personnes travaillant pour des œuvres d'entraide ont, elles aussi, besoin de soins. Après avoir été confrontées à la précarité, à la fragilité et aux récits traumatiques, elles ont à leur tour besoin d'aide, car la souffrance peut être contagieuse.

Une souffrance contagieuse, c'est ce qu'on appelle le traumatisme secondaire. Un traumatisme par procuration qui peut prendre plusieurs formes, comme des cauchemars, des pensées intrusives et, très souvent, de la fatigue.

Elena Fieni est responsable du Service d'aide au retour de la Croix-Rouge genevoise. En ces temps de pandémie, ce qui la touche particulièrement, c'est le sentiment d'impuissance: "On se trouve confrontés à des situations inédites, suite à ce confinement. Nous n'avons pas forcément de solutions à proposer, et celles qui existent – je pense typiquement au logement – sont insuffisantes. On confronte les personnes au 'non'. C'est-à-dire qu'à chaque fois qu'ils nous posent une question, c'est: 'Malheureusement, on ne peut pas vous aider', 'Malheureusement les lieux d'accueil sont complets'. Il y a toujours ce sentiment de devoir refuser une demande d'aide ou de soutien. Et c'est vrai que, sur le long terme, c'est épuisant!"

Marie-José Lacasa, psychologue et formatrice, spécialisée dans l'aide psychologique d'urgence et dans l'aide aux victimes, parle aussi de cette fatigue de compassion: "Des professionnels de la relation d'aide sont épuisés émotionnellement et physiquement, car l'aide ne suffit pas. Il faut toujours quelque chose de plus. Ça me rappelle un professionnel qui me disait: 'Hier soir, j'ai eu de la peine à pouvoir manger, parce que je savais que la population que j'avais vu le matin n'avait plus rien pour la fin du mois'. Donc même à la maison lorsqu'on est chez soi, dans sa famille, on en arrive à sentir presque la culpabilité d'avoir à manger".

Difficile de prendre de la distance

Ce qui complique les choses, c'est que tout le monde est touché par le coronavirus. Difficile donc, pour les professionnels, de prendre de la distance avec les récits traumatiques des personnes qu'ils aident.

Et pourtant, ils doivent essayer de se protéger: "Sur le plan personnel, c'est savoir se prendre du temps pour ses propres loisirs, la lecture, le sport... Savoir prendre du temps pour soi", explique Elena Fieni.

"Au niveau professionnel, nous avons un suivi. Nous sommes une équipe de six personnes: on rencontre tous les mois une superviseuse avec qui on débriefe les cas les plus difficiles qu'on a eus. Les collègues aussi! Le fait de travailler en équipe, de pouvoir partager lors de nos colloques hebdomadaires ce qu'on ressent: c'est aussi très important", précise-t-elle.

Se connaître pour se protéger

Plusieurs ONG craignent un retour au télétravail: sans réel débriefing avec les collègues, sans possibilité de décompresser autour d'un verre. Pour Marie-José Lacasa, se protéger, c'est aussi se connaître: "Savoir quelle est la capacité et la gestion qu'on a par rapport au stress. Pouvoir demander de l'aide, lorsqu'on sent qu'on en a réellement besoin. Trouver un espace à soi, une hygiène de vie. Il faut pratiquer l'auto-soin, pour pouvoir se faire du bien... et si possible avant de rentrer à la maison".

Quand cette souffrance est ramenée à la maison, elle risque également d'affecter ses proches. D'autres professionnels doivent aussi se protéger de la souffrance des autres: les policiers, les pompiers et, évidemment, les soignants.

Pauline Rappaz/sjaq

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