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La loi sur le CO2 punit les citoyens, estime l'UDC Pierre-André Page

L'invité de La Matinale (vidéo) - Pierre-André Page, conseiller national UDC fribourgeois [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo) - Pierre-André Page, conseiller national UDC fribourgeois / La Matinale / 10 min. / le 21 octobre 2020
La loi sur le CO2, adoptée par le Parlement, punit injustement les citoyens avec de nouvelles taxes, estime le conseiller national UDC fribourgeois Pierre-André Page. C'est pourquoi son parti soutient le référendum lancé contre ce texte.

"Le plus grand défaut de cette loi, ce sont les nombreuses taxes que le Parlement y a mises", a critiqué le Fribourgeois mercredi dans La Matinale. Selon lui, ces dernières années, la population a pris des mesures et s'est montrée responsable: les gens s'équipent en voitures électriques ou en tondeuses à gazon électriques. "Elle prend elle-même des mesures, ce qui a permis, ces dix dernières années, de diminuer les émissions de CO2 d'environ 20%, sans taxes".

"Maintenant, on veut punir le citoyen qui a vraiment bien travaillé, et c'est ce qui nous révolte beaucoup", explique-t-il pour justifier le soutien de l'UDC au référendum. Le PLR s'oppose aussi aux taxes, mais il soutient pourtant la nouvelle loi. "Le PLR a changé son fusil d'épaule à l'approche des élections fédérales, car il a eu peur du verdict populaire", analyse Pierre-André Page. "Et je regrette beaucoup qu'ils aient modifié leur vision, car on ne peut pas, aujourd'hui, de nouveau punir la population".

"1500 francs par année pour une famille"

Pour le conseiller national, "l"économie est à genou à cause de la pandémie". "On ne peut donc pas venir encore une fois avec des taxes supplémentaires, qui sont énormes pour nos familles". Et de rappeler que la conseillère Doris Leuthard "vendait" la stratégie énergétique 2050 à 40 francs par ménage par année, alors que, selon les calculs de l'UDC, la loi sur le CO2 coûtera 1500 francs par année à une famille de deux adultes et deux enfants. "C'est vraiment exorbitant".

Pour arriver à ces 1500 francs, le parti prend souvent le maximum de la fourchette, avec par exemple 20'000 kilomètres en voiture par année. Mais pour Pierre-André Page, ce chiffre n'est pas du tout exagéré, car si les gens des villes font peu de kilomètres, les habitants de la périphérie utilisent beaucoup leur voiture pour leurs différentes activités - travail, scolarité, loisirs. "On est en train de créer une société à deux vitesses, entre les citoyens des villes, qui ont tous les avantages et tout à disposition, et les gens de la campagne".

Améliorer la redistribution

Une partie des taxes sera redistribuée à la population. Ne faudrait-il pas, au lieu de se battre contre la loi, se battre pour que la redistribution soit différente et plus favorable à une partie de la population? "Une partie est effectivement redistribuée, mais un milliard restera quand même dans les caisses de la Confédération", rétorque l'élu fédéral. "Ce milliard restera un impôt déguisé. Mais le retour devra effectivement être mieux réparti. Je pense que nous pourrons encore en discuter si cette loi est acceptée".

Accepter de déplacer quelques marmottes

Pierre-André Page souligne que l'UDC soutient aussi les nouvelles technologies et les énergies renouvelables, comme l'hydraulique, en rehaussant les barrages. "Mais pour ceci, nous avons aussi besoin d'un soutien de la population et du côté des Verts. Ils ne faut pas qu'ils viennent nous embêter quand nous devrons demander à des marmottes de se déplacer pour pouvoir inonder des vallées un peu plus haut".

Le Fribourgeois regrette que, dans les débats qui se sont déroulés, on veuille des énergies renouvelables, mais aucune agression sur la nature. "Si on doit rehausser des barrages, on devra déplacer quelques marmottes".

Alliance contre nature

Pierre-André Page "remercie" le mouvement de la Grève du climat de récolter aussi des signatures contre cette loi, mais il souligne le caractère contre nature de cette "alliance": "Leur but n'est pas du tout le même: nous voulons éviter ces taxes punitives, tandis qu'eux veulent augmenter les taxes et les mesures. Ils ne se rendent pas compte que l'on a besoin de l'économie. Elle a déjà un genou à terre. Si l'on continue avec des taxes supplémentaires, elle les aura les deux".

Pour le conseiller national, il faut pouvoir financer l'excellent filet social dont on dispose en Suisse grâce aux rentrées fiscales générées par l'économie.

Aucun effet sur le réchauffement

Pierre-André Page balaie l'argument de l'effet incitatif des taxes visant à modifier les comportements pour moins polluer. D'une part, les comportements ont déjà changé, et d'autre part, la Suisse n'émet que 0,1% du CO2 mondial. "Même si on réduit à zéro les émissions suisses de CO2, on ne va rien changer au réchauffement de la planète. Je ne dis pas que nous ne devons rien faire; nous faisons notre travail". Le parlementaire fédéral refuse aussi de prendre des mesures plus strictes contre la place financière.

Selon lui, si chacun prend ses responsabilités dans le pays, cela fonctionne bien, comme on l'a vu avec la pandémie.

>> Lire aussi: L'UDC se joint au référendum contre la loi sur le CO2, jugée trop coûteuse

Interview radio: David Berger

Adaptation web: Jean-Philippe Rutz

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