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"Dans la loi sur la chasse, une série de lignes rouges ont été franchies"

L'invité de La Matinale (vidéo) - François Turrian, directeur romand de Birdlife [RTS]
L'invité de La Matinale (vidéo) - François Turrian, directeur romand de Birdlife / La Matinale / 10 min. / le 9 septembre 2020
La révision de la loi sur la chasse sera soumise au peuple le 27 septembre. A quelques semaines du vote, la tension est palpable. Directeur romand de l'association Birdlife, François Turrian y voit un affaiblissement de la protection des espèces.

Fin août, le premier sondage SSR montrait que 54% des Suisses interrogés se positionnaient en faveur de la modification de la loi. La part des électeurs encore indécis se montait toutefois à 10%, jetant l'incertitude quant à l'issue du résultat final.

>> Lire les résultats du premier sondage SSR: Les Suisses, Romands en tête, derrière le congé paternité, selon un sondage SSR

"Pas un référendum pour le plaisir"

Cette part d'indécis est au coeur de la bataille que se livrent les deux camps. Mercredi matin sur la RTS, François Turrian a appelé les citoyens qui n'ont pas encore fait leur choix "à suivre les organisations de protection de la nature qui s'engagent avec force depuis des dizaines d'années sur ces dossiers" et à ne pas se fier à la brochure du Conseil fédéral qui stipule que la loi révisée renforce la protection de la faune sauvage.

"En fait, c'est l'inverse", assène d'entrée François Turrian dans La Matinale. "Cette loi affaiblit la protection des espèces, qu'elles soient protégées ou menacées. Ce n'est pas un hasard si les associations de protection de la nature ont lancé un référendum sur cette loi. Elles ne l'ont pas fait pour le plaisir. Il y a toute une série de lignes rouges qui ont été franchies par l'ancien Parlement fédéral", explique le directeur romand de Birdlife.

Les opposants à la modification parlent de ce changement législatif comme d'une "loi d'abattage". François Turrian développe: "A partir du moment où vous ouvrez dans la loi la possibilité d'introduire n'importe quelle espèce dans une liste d'animaux protégés, mais régulables, on peut considérer que c'est une loi d'abattage".

Et d'exemplifier ses propos: "L'ancien Parlement avait d'abord placé le castor sur cette liste, avant de le retirer au dernier moment. Mais le rongeur pourrait très bien revenir sans problème dans cet index".

Les grands oubliés

Ornithologue, François Turrian a aussi été interrogé sur le cas de la bécasse des bois, dont la modification législative va réduire la période de chasse d'un mois.

"On pourrait se dire que cette réduction est formidable. Mais dans la réalité, ça ne concerne que 4% de l'espèce concernée. Les chasseurs vont continuer de tirer cet oiseau, qui est parmi les plus menacés. Avec cet appareil, on cimente la non-protection des espèces en danger", explique le spécialiste, donnant aussi d'autres exemples de grands oubliés de cette révision, comme le lagopède alpin - aussi appelé perdrix des neiges -, dont la chasse a doublé dans le canton du Valais.

"Le tir du loup? Pas un tabou"

L'un des grands débats de cette votation concerne la question du loup. A ce titre, François Turrian affirme que les mesures de protection mises en place dans les années 2000 pour protéger les moutons fonctionnent et qu'il faut les étendre.

"Les associations ne font pas du tir de quelques loups un tabou. C'est aussi possible dans l'ancienne loi. Vouloir tirer des loups en pensant que c'est la solution, ce n'est pas une réponse appropriée", conclut-il.

>> Lire aussi l'interview de la partisane, Christine Cavalera: "La nouvelle loi sur la chasse protège mieux les espèces et la nature"

Propos recueillis par David Berger
Adaptation web: Jérémie Favre

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