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Le peuple suisse décidera du sort réservé aux grands prédateurs

C'est surtout le sort réservé aux grands prédateurs, en l'occurrence le loup, qui cristallise les discussions autour de la révision de la loi sur la chasse, notamment en Valais et aux Grisons.  [Marco Schmidt - keystone]
C'est surtout le sort réservé aux grands prédateurs, en l'occurrence le loup, qui cristallise les discussions autour de la révision de la loi sur la chasse, notamment en Valais et aux Grisons. [Marco Schmidt - keystone]
Le 27 septembre prochain, les Suisses sont appelés à se prononcer sur un projet de révision de la loi fédérale sur la chasse. Entre les adeptes du tir et les défenseurs de la biodiversité, le débat cristallisé autour de la question du loup se révèle électrique.

La loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages définit quels sont les animaux protégés, les espèces pouvant être chassées et les périodes de protection.

Avec, d'un côté, les adeptes du tir et, de l'autre, les défenseurs de la biodiversité, il s'agit probablement de l'un des objets le plus émotionnel de ces prochaines votations. Car c'est surtout le sort réservé aux grands prédateurs, en l'occurrence le loup, qui cristallise les discussions.

Le loup au coeur des passions

Le nouveau texte prévoit en effet de modifier les conditions présidant à l’abattage du canidé, en accordant aux cantons plus de pouvoir. Ces derniers pourront notamment décider d'abattre les membres d'une meute avant que des dégâts ne soient causés, afin que les loups conservent leur crainte naturelle de l’être humain, des troupeaux et des zones habitées.

Un abattage qui demeure toutefois soumis à plusieurs conditions: les cantons devront ainsi agir de manière proportionnée et ne pourront pas, par exemple, intervenir dans une meute qui reste éloignée des troupeaux de moutons ou des villages. Et comme à présent, les organisations de protection de la nature pourront faire recours contre une décision du canton.

"Inacceptable", pour Pro Natura, le WWF Suisse, BirdLife Suisse, zoosuisse et le groupe Loup Suisse qui sont à l'origine du référendum. Pour ces organisations de protection de l'environnement et des animaux, cette révision est ratée et encourage les décisions arbitraires. Sans compter qu'elle anéantirait la protection des espèces menacées au lieu de la renforcer.

Pour le comité "Loi sur la chasse Non", dans lequel se retrouvent des parlementaires Verts, Vert'libéraux, PEV, PS et PLR, la loi aurait dû prévoir une cohabitation équilibrée avec le loup. "Mais elle fait tout le contraire", tonne-t-il.

"Animaux davantage en sécurité", rétorquent les défenseurs

Pour ses défenseurs, au contraire, cette loi protège davantage la population des animaux sauvages. Comme l'assure le député bernois Lorenz Hess (PBD), le loup restera une espèce protégée. Mais pour lui, la Suisse a surtout besoin de nouvelles solutions pour faire face au retour du prédateur et aux dégâts qu'il engendre chaque année. "Nous avons besoin des moutons pour préserver les paysages alpins. Sans eux, ces régions seraient couvertes d'arbres et de bosquets là où nous ne le voulons pas", ajoute le conseiller national Markus Ritter (PDC/SG).

Le Conseil fédéral, qui soutient la réforme, estime en effet que l'ancienne loi sur la chasse qui date de 1985, époque à laquelle le loup ne vivait pas sur le territoire helvétique, n'est plus adaptée à la réalité actuelle.

Du côté du comité formé de Chasse Suisse, du Groupement suisse pour les régions de montagne (SAB) et de l'Union suisse des paysans (USP), on rappelle que seules trois espèces pourront encore être régulées, contre près de 300 auparavant: le loup, le bouquetin et le cygne tuberculé. Grâce à la révision, le castor et le lynx ne pourront plus être chassés. "C'est l'ancienne loi qui est une 'loi d'abattage', et non la nouvelle", insiste le comité.

Premier sondage favorable

Dans le premier sondage mandaté par la SSR, publié le 20 août, la révision de la loi fédérale sur la chasse recueillent 54% d'avis positif. 36% y sont fermement opposés. La part des électeurs et électrices encore indécis se monte à 10%.

>> Le sondage détaillé: Les Suisses, Romands en tête, derrière le congé paternité, selon un sondage SSR

Un certain clivage ville-campagne est constaté, selon le premier sondage SSR. En milieu urbain, l'objet n'est soutenu qu'à 53%, alors que dans les milieux ruraux le "oui" l'emporte plus largement (61%).

Fabien Grenon avec les agences

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