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Milieu de la nuit et contaminations, les chiffres toujours erronés de l'OFSP

Une polémique sur le rôle des lieux festifs dans la transmission du coronavirus oppose certains cantons et l'OFSP. [Martin Ruetschi - KEYSTONE ATS]
Milieu de la nuit et contaminations, les chiffres toujours erronés de l'OFSP / La Matinale / 1 min. / le 6 août 2020
Les couacs sur les statistiques des lieux de contamination continuent. L'OFSP reconnaît désormais que son rectificatif au sujet des infections dans les lieux festifs "n'est pas le reflet de la situation épidémiologique" car ses données sont "insuffisantes".

Vendredi dernier, l'Office fédéral de la santé public (OFSP) avait transmis à nos confrères de SRF un tableau selon lequel les boîtes de nuit étaient les principaux lieux de transmission du coronavirus en Suisse. Mais dimanche, l'OFSP a corrigé ses affirmations initiales en invoquant une erreur de calcul.

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Cette deuxième version, qui relativisait le rôle du milieu de la nuit dans la transmission du coronavirus, n'a pas non plus de valeur. Confronté aux données de Genève, où plus d'un tiers des récentes contaminations ont été retracées dans des clubs et bars, l'OFSP a confirmé à la RTS que ses propres chiffres "n'étaient pas le reflet de la situation épidémiologique actuelle du canton ni de la Suisse".

Ce cafouillage choque Philippe Eggimann. "Cette deuxième analyse est encore pire que leur erreur initiale", accuse le président de la Société vaudoise de médecine et de la Société médicale de la Suisse romande. "Ils prétendent que la majorité des contaminations se font dans les familles. C'est faux. Leurs chiffres indiquent surtout que pour la majorité des cas ils n'en connaissent pas l'origine", souligne-t-il.

L'OFSP commente simplement que ces résultats "sont le reflet des informations transmises par les médecins" via le formulaire de déclaration obligatoire, tout en concédant que ces données sont "malheureusement insuffisantes".

Des formulaires tardivement mis à jour

Ces manquements s'expliquent par le fait que les formulaires de déclaration de l'OFSP ne proposaient jusqu'à la mi-juillet que quatre catégories de voie de transmission probable: la famille, les écoles, le travail et le milieu médical pour le personnel soignant.

Les catégories "bar/restaurants", "discothèques", "fêtes privées" et "manifestations" ont donc été ajoutées tardivement, soit plus de deux mois après les premières mesures d'assouplissement du 11 mai, et près d'un mois après le retour à la quasi-normalité.

C'est pour cette raison que la désormais fameuse analyse erronée du 31 juillet transmise à la presse a été "la première avec ces critères", s'est justifié l'OFSP.

"L'OFSP doit faire valider ses chiffres par la task force"

Pour Emma Hodcroft, épidémiologiste moléculaire à l'Université de Bâle, la publication de chiffres erronés tombe mal, précisément à un moment où "maintenir une communication audible est essentielle de la part du gouvernement". La scientifique relève l'importance d'un traçage de qualité, "fondamental pour couper les chaînes de transmission au plus tôt et stopper les foyers avant qu'ils ne se développent".

Philippe Eggimann affirme qu'il est urgent d'agir avant que la perte de confiance dans les autorités ne devienne irréversible: "L'OFSP devrait compiler les données en provenance du contact tracing des cantons, qui font ce travail". Le médecin appelle aussi l'OFSP à faire valider toutes ses publications de chiffres par la task force scientifique, "trop longtemps ignorée".

La polémique actuelle vient s'ajouter à la longue liste de critiques auxquelles fait face l'OFSP depuis le début de la crise sanitaire: de la volte-face sur l'utilité des masques à la gestion difficile des données, en passant par un manque général de transparence.

Marc Renfer

>> Ecoutez l'interview de Philippe Eggimann dans Forum:

L’OFSP a-t-elle perdu de sa crédibilité? Interview de Philippe Eggimann [RTS]
L’OFSP a-t-elle perdu de sa crédibilité? Interview de Philippe Eggimann / Forum / 4 min. / le 4 août 2020
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La moitié des contaminations en milieu festif dans le canton de Vaud

Dans le canton de Vaud "50% des contaminations sont retracées en milieu festif, soit discothèques, bars, domaine public et fêtes privées", selon des premières estimations partagées par le Département de la santé et de l’action sociale (DSAS).