Modifié le 28 juin 2010 à 12:26

Une initiative pour interdire les minarets

Oskar Freysinger n'apprécie pas tellement la nouvelle section gay au sein de l'UDC.
Oskar Freysinger et Ulrich Schlüer, fers de lance anti-minarets [Keystone]
La droite dure a lancé jeudi sa campagne contre les minarets en brandissant le spectre d'une «menace islamiste». Pour ses partisans, l'initiative populaire interdisant la construction de ces édifices ne restreint pas la liberté de croyance.

Le minaret en tant que bâtiment n'a pas de caractère religieux.
C'est le «symbole d'une revendication de pouvoir
politico-religieuse qui conteste des droits fondamentaux d'autres
personnes», a déclaré le conseiller national Ulrich Schlüer
(UDC/ZH) devant la presse.

Moratoire réclamé

Parlant de «constructions islamiques ayant une connotation
impérialiste», il a réclamé dans la foulée un moratoire à tous les
niveaux de l'Etat jusqu'à la votation sur l'initiative. Pour les
initiants, interdire les minarets permettrait de stopper «les
tentatives de milieux islamistes d'imposer en Suisse un système
légal fondé sur la charia».





Le discours se veut parfois rassurant. Ainsi pour le conseiller
national Walter Wobmann (UDC/SO), «l'opposition à la construction
de minarets ne se dirige pas contre les musulmans». Interdire les
minarets n'est pas interdire les mosquées.





«Toutes les religions peuvent être pratiquées en Suisse, y compris
l'islam», a ajouté l'UDF bernois Christian Waber. Mais selon lui,
«l'islam n'est pas seulement une religion, mais aussi et surtout
une déclaration de guerre au monde chrétien en particulier».

Freysinger et la charia

«Le problème de compatibilité entre l'islam et l'Occident n'est
pas d'ordre théologique mais juridique car la charia précède l'Etat
et ne peut tolérer de loi divergente en terre d'islam», a renchéri
l'UDC valaisan Oskar Freysinger. Et de qualifier les minarets à la
fois «d'asperges géantes» et de «phares du jihad».





Bref, «l'islamisation de l'Europe et de sa société est un défi
lancé à nous tous», a déclaré Daniel Zingg, membre de l'UDF. Les
initiants, représentants de l'UDC et de l'UDF, ont jusqu'au 1er
novembre 2008 pour récolter les 100'000 signatures nécessaires à
l'aboutissement de leur texte.





L'UDC devrait se prononcer sur son appui officiel lors de son
assemblée des délégués du 30 juin. La composition du comité de
soutien à l'initiative laisse présager l'issue de la réunion: 35
des 55 conseillers nationaux de l'UDC y figurent ainsi qu'un de ses
huit conseillers aux Etats.





ats/sun

Publié le 15 mai 2007 à 08:30 - Modifié le 28 juin 2010 à 12:26

Une initiative inapplicable?

Plusieurs voix se sont déjà élevées contre l'initiative. Dans une interview à la «Mittelland Zeitung», l'ancien juge fédéral Giusep Nay appelle le Parlement à ne pas soumettre le texte en votation populaire.

Une initiative doit être applicable pour être présentée au suffrage du peuple, rappelle-t-il. Or «une interdiction générale de construction des minarets n'est pas applicable, car la Suisse serait condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme».

Giusep Nay note que le texte viole aussi la liberté de religion inscrite dans la constitution. Introduire une nouvelle exception après avoir supprimé en 1973 l'interdiction frappant les Jésuites et les couvents serait un grand pas en arrière, selon lui.

Pour les évêques suisses, qui ont pris position mercredi, la construction de minarets en Suisse peut être autorisée à condition que la paix religieuse ne soit pas menacée et que la législation soit respectée.

Nouvelles constructions décriées

L'idée d'une interdiction générale, pure et simple des minarets a été lancée alors que la polémique entoure plusieurs projets de construction dont ceux de Wangen (SO), Langenthal (BE) et Wil (SG).

Il existe actuellement en Suisse deux mosquées avec des minarets, à Zurich et à Genève, sans pour autant que ces édifices soient utilisés pour appeler à la prière.