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La crise sanitaire menace les finances des EMS romands

La crise sanitaire touche durement les EMS et creuse leurs finances (vidéo) [RTS]
La crise sanitaire touche durement les EMS et creuse leurs finances (vidéo) / La Matinale / 3 min. / le 29 mai 2020
La crise sanitaire touche durement les établissements médico-sociaux et creuse leurs finances. Certains EMS romands ont perdu des centaines de milliers de francs en trois mois et craignent pour leur avenir, selon une enquête de la RTS qui révèle des réalités très contrastées.

Les EMS paient un lourd tribut au Covid-19. Plus de la moitié des victimes romandes vivait dans ces institutions. Au-delà de l’aspect humain et sanitaire, la crise a aussi un impact économique, qui varie considérablement entre les homes, mais aussi entre les cantons.

La situation financière des institutions pour personnes âgées est jugée "préoccupante" par les associations faîtières vaudoises, valaisannes et genevoises, même si elle demeure moins tendue que pour les hôpitaux. A Fribourg, sept ou huit maisons sur 50 vivent quelques difficultés. Les EMS jurassiens n’ont connu aucun décès et passent ainsi au travers.

Trois causes principales expliquent ces éventuels maux économiques: des frais supplémentaires en personnel de soin, conséquences du remplacement d’employés malades ou vulnérables, l’achat de matériel extraordinaire et des lits vides qui restent inoccupés.

Des millions de francs de pertes

Les établissements qui connaissent actuellement des soucis financiers sont ceux qui déplorent beaucoup de résidents atteints du coronavirus et de nombreux morts. A Prilly, l’EMS de la Fondation Primeroche a perdu 22 résidents sur 59 durant la pandémie. "On doit faire face à un afflux de collaborateurs que nous avons engagés et nous avons évidemment des lits qui sont vides", s’inquiète le directeur Christian Weiler. Pour son établissement, il estime l’impact de la pandémie, à moyen et long terme, à un million de francs.

En Valais, le calcul des dommages financiers est en cours, mais l’AVALEMS, l’Association valaisanne des établissements médico-sociaux, évalue déjà les pertes et le manque à gagner entre un et deux millions de francs au total, ce qui représente des centaines de milliers de francs par maison touchée.

Des lits inoccupés

Pour se relever, les établissements se tournent vers l’Etat. Des discussions et des demandes de dédommagements sont en cours en Valais et dans le canton de Vaud.

Tout dépendra aussi du rythme auquel les lits seront repourvus, ce qui pourrait prendre un peu de temps selon Michel Lamon. Au Foyer Haut-de-Cry qu’il dirige à Vétroz, 20 places sont vacantes contre trois avant la crise. Il évoque des freins économiques à placer un parent en institution mais aussi des freins psychologiques: "Comme notre EMS a été passablement touché, il est clair qu’il y a une certaine image qui peut faire peur à la population".

A Genève, le Service cantonal du réseau de soins fait le même constat. Les placements en EMS depuis le domicile subissent un coup de frein. La quarantaine obligatoire à l'entrée peut aussi décourager, selon le directeur Laurent Mauler.

Une communication positive sera ainsi cruciale pour regagner la confiance des futurs résidents et des proches estime Carole Rey, vice-président d’HEVIVA, l'Association vaudoise d'institutions médico-psycho-sociales.

Pas de menace de licenciements

"On a reçu quelques plaintes au début de la pandémie sur des questions d’organisation du travail ou de matériel de protection", explique Nathalie Daoust Ribordy, secrétaire régionale du SSP Valais. Mais comme ses homologues d’autres syndicats en Suisse romande, elle n’a eu vent d’aucune menace de licenciement du personnel soignant en EMS. Elle reste toutefois sur ses gardes. "Je ne peux pas l’exclure évidemment. (…) On serait dans l’incompréhension. Ça fait des années que l’on dénonce des manques de dotation, des sous-effectifs, dans les structures de soin".

Dans les deux EMS très touchés de Prilly et Vétroz, les directions sont catégoriques à ce sujet: aucun licenciement n’est à l’ordre du jour.

Julie Rausis

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