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L'application de traçage du Covid-19 face aux revendications des partis

L'application a, pour l'heure, été testée par des militaires. [Laurent Gillieron - Keystone]
L'application de traçage du Covid-19 face aux revendications des partis / La Matinale / 1 min. / le 14 mai 2020
L'application de traçage du Covid-19 entrera dans la phase de test dès la semaine prochaine, a indiqué le Conseil fédéral mercredi. Alors que les parlementaires débattront le 3 juin d'une base légale pour l'utilisation de cet outil, les partis ont commencé à édicter des lignes rouges à ne pas franchir.

La mise en place de l'application Swiss PT servant à détecter les chaînes de contamination au coronavirus avance à Berne. Le Conseil fédéral a adopté mercredi une ordonnance pour régler la phase de test.

Celle-ci devrait débuter dès lundi prochain avec des militaires, des collaborateurs des écoles polytechniques fédérales de Lausanne et de Zurich, ainsi que des employés des hôpitaux, de la Confédération et des administrations cantonales.

>> Lire: L’application de traçage du Covid-19 sera lancée en phase test la semaine prochaine

Cette phase d'expérimentation ne fait toutefois pas l'unanimité: "J'ai quelques doutes, car on perd du temps alors que c'est maintenant que l'on en a besoin", indique Marco Romano (PDC/TI), chef du groupe du Centre au Parlement.

Pour son homologue socialiste, Roger Nordmann, c'est une étape nécessaire: "Il faut faire des tests à large échelle avant de généraliser une application comme celle-là, afin d'éviter des fausses alertes ou une sensibilité mal calibrée."

Sphère privée et liberté d'utilisation

Les parlementaires se pencheront le 3 juin sur une base légale pour régir l'utilisation de cet outil par l'ensemble de la population.

En attendant, les partis réfléchissent déjà aux conditions pour le lancement de l'application. Pas de géolocalisation, des données stockées de manière décentralisée ou une liberté d'utilisation: les partis veulent surtout s'assurer que le Conseil fédéral tiendra ses promesses. "Nous ne sommes pas enthousiastes, mais si ces points sont respectés, Les Verts ne s'y opposent pas", explique la députée vaudoise Léonore Porchet.

Un certain flou

Certains points doivent toutefois être précisés, estime Isabelle Chevalley (Vert'libéraux/VD): "Il faut que l'application reste complètement libre, y compris pour les accès à des lieux privés ou publics."

Une inquiétude partagée par le PS, qui soulève une autre problématique: que se passera-t-il lorsqu'une notification signalera à l'utilisateur un contact avec un malade? "Si le médecin cantonal décide qu'une personne doit être mise en quarantaine, il faut que le revenu de cette personne soit assuré, soit par le chômage partiel, soit par l'assurance perte de gain", insiste Roger Nordmann.

Méfiance du côté de l'UDC

Si l'UDC n'a pas encore pris position formellement - elle le fera le 29 mai - certains élus comme Jean-Luc Addor n'hésitent pas à dire tout le mal qu'ils pensent de l'outil, dénonçant "un système de surveillance de masse". Le conseiller national valaisan dit également s'inquiéter de sa fiabilité et pointe le risque de faux positifs ou de faux négatifs, avec "un risque de stigmatisation".

Le PLR Damien Cottier y voit au contraire un bon moyen de soutenir les cantons: "Le Conseil fédéral dit que l'application sera surtout utilisée dans un deuxième temps, pour aider les autorités sanitaires à faire ce système de traçage, qui se fait en grande partie manuellement." Et le Neuchâtelois d'ajouter: "Mais il faut d'abord qu'un grand nombre de personnes aient téléchargé cette application pour qu'elle soit utile. Cela se fera progressivement."

Défense d'une stricte liberté individuelle ou soutien de l'application au nom de la solidarité, les débats en juin à Berne promettent d'être animés, d'autant plus qu'ils le sont déjà au sein même de certains partis.

Mathieu Henderson et Marielle Savoy

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