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Le confinement exacerbe les tensions autour du bruit de voisinage

Un concert improvisé sur un balcon, une pratique qui se répand un peu partout. [Mahmut Serdar Alakus / Anadolu Agency - afp]
Les plaintes de voisinage commencent à se multiplier en raison du confinement / La Matinale / 1 min. / le 7 avril 2020
Télétravail ou quarantaine, les Suisses passent la majorité de leur temps à domicile. Un confinement qui rend parfois insupportables les bruits d’autrui. Les plaintes sont en augmentation, pour tapage nocturne mais aussi pour les bruits du quotidien.

Dans plusieurs cantons, les plaintes pour bruits de voisinage sont en nette croissance depuis le semi-confinement. A Genève par exemple, la police cantonale compte une centaine d'interventions en plus par semaine, par rapport à la même période l'année passée. C'est d'ailleurs la seule infraction en hausse en ce moment.

Dans le canton de Fribourg, la police est intervenue 38 fois en dix jours, soit plus du double que l’année passée.

L'association des Beaufs Genevois a ainsi fait l’expérience d'une plainte. Il y a trois semaines, elle s'improvisait DJ sur le balcon en fin d’après-midi pour mettre de l'ambiance dans le quartier. Résultat, la police est intervenue et les musiciens ont reçu un avertissement.

Empathie policière

Ces plaintes ne concernent pas uniquement le tapage nocturne, mais aussi les enfants qui courent dans l'appartement du dessus ou la musique durant la journée. Ces sons peuvent aussi susciter des plaintes, car la loi interdit tout excès de bruit qui perturbe la tranquillité publique, même en plein jour. Une définition qui laisse de la place à l’interprétation du plaignant.

La police est bien consciente des différentes sensibilités. "Nous faisons preuve d’empathie dans nos interventions, raconte Silvain Guillaume-Gentil, porte-parole de la police cantonale genevoise. Nos équipes tentent d’apaiser les esprits et d’instaurer le dialogue entre voisins. On peut par exemple prévenir les autres quand on va faire une sieste et qu’on a besoin d’un moment de tranquillité."

Une violation du cocon personnel

Si ces bruits du quotidien sont plus difficiles à supporter que d’habitude, c’est aussi car ils deviennent une violation de notre cocon personnel. Selon Luca Pattaroni, sociologue à l'EPFL interrogé mardi dans La Matinale, le logement devient en effet un refuge dans cette période de confinement.

"Il n'est pas étonnant que dans le stress de la situation générale, avec le besoin d'être bien chez soi, certains pètent les plombs à la répétition d'un bruit non voulu", estime le spécialiste.

S'ils font autant de bruit que les apéros et la musique, les applaudissements de 21h ne semblent pas créer de tensions. Sans doute car ils sont planifiés et de courte durée, explique Luca Pattaroni. "Ce n’est pas un bruit qu’on subit, mais un bruit auquel on participe, et qui construit une communauté", souligne-t-il.

Anouk Pernet/boi

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