Modifié le 27 mars 2020 à 08:15

Le déploiement de l’armée suisse contre le Covid-19 essuie des critiques

Des soldats de la division territoriale 1 photographiés le 21 mars dernier sur la place d'armes de Bière.
Le déploiement de l’armée suisse contre le Covid-19 essuie des critiques Le Journal horaire / 1 min. / le 27 mars 2020
Recueillis par la RTS, des témoignages de soldats mobilisés dans la lutte contre le coronavirus font état de conditions d’hébergement et d’actions peu adaptées. Contactée, l’armée suisse relativise.

Absence de tests à l'entrée, formation sommaire, logements exigus et soldats mélangés malgré une exposition au virus. Les témoignages de soldats mobilisés contre le Covid-19, qui sont parvenus à la RTS, interpellent. D'abord, pour la sécurité des militaires engagés, ensuite pour les patients dont ils s'occupent.

Il y a actuellement près de 2000 soldats déployés dans les cantons suisses. Ceux-ci ne sont pas systématiquement dépistés à leur arrivée. On leur prend uniquement la température et un questionnaire leur est soumis pour savoir s’ils ont été en contact avec une personne infectée par le virus et s’ils ont des symptômes.

"Quelques-uns de mes camarades qui ont signalé avoir de la toux ont quand même été mis avec le reste", témoigne un militaire romand. Résultat: un soldat a été confirmé positif au coronavirus. "Cette personne a dormi sur place avec le reste de la troupe pendant les premiers jours," ajoute ce témoin.

Soixante dans une salle de gym

Une fois mobilisés, les soldats sanitaires ne peuvent compter que sur une demi-journée de formation. "Alors que les cas de Covid-19 augmentaient et qu’on pouvait lire dans les journaux que l’armée venait soutenir les civils dans cet état d’urgence, nous sommes allés tirer avec nos armes, nous avons eu une instruction sur comment faire une garde armée, comment utiliser du gaz poivre et comment mettre une tenue pour faire face à une attaque nucléaire", se désole ce soldat.

On dort les uns à côté des autres sans respecter les deux mètres de distance, dans des lieux beaucoup trop petits où il est tout simplement impossible de respecter les consignes

Témoignage d'un militaire romand

Ni masques, ni gants, ni désinfectants ne sont fournis sur le lieu d'hébergement. Des lieux qui interrogent là encore. Il est question de salles de gym ou de chalets de camps de vacances accueillant jusqu'à 100 personnes et sans respect systématique des distances de sécurité. "Non seulement les chambres établies initialement ont été mélangées, mais on dort les uns à côté des autres sans respecter les deux mètres de distance, dans des lieux beaucoup trop petits où il est tout simplement impossible de respecter les consignes", raconte le militaire. A Airolo, au Tessin, il y aurait 60 soldats dans une salle de gym avec seulement deux lavabos et deux toilettes à disposition.

Risque de contagion

Chaque soir, les militaires se retrouvent dans leurs lieux d’hébergement. S'y mélangent ceux qui s'occupent des malades du coronavirus et ceux qui aident des personnes à risque. Le danger existe donc de propager le Covid-19 tout azimut. "Bien sûr, il est de la responsabilité de chacun d’entre nous d’avoir de bonnes pratiques d’hygiène face aux patients, mais au vu du manque d’instruction et du non-respect des distances, l’armée prend l’énorme risque d’échouer dans sa mission et, pire encore, de répandre le virus", remarque ce témoin.

L’armée suisse ne dément pas ces divers récits. Elle indique simplement suivre "les recommandations de l'OFSP (Office fédéral de la santé publique, ndlr) et mettre tout en œuvre pour protéger ses militaires." Des militaires dont une grande partie est déjà active dans les soins au civil, rappelle-t-elle. "Cette particularité est naturellement prise en considération", en ce qui concerne l’instruction de ces soldats sanitaires.

Vérifications des logements

Les mesures d'hygiène et de distance sociale sont appliquées rigoureusement, affirme-t-elle encore."Seules les personnes présentant des symptômes de grippe ou de fièvre sont testées, précise sa porte-parole Delphine Allemand. "Cela permet de garantir que les tests sont utilisés pour les personnes qui en ont vraiment besoin et que les résultats soient disponibles rapidement."

Seules les personnes présentant des symptômes de grippe ou de fièvre sont testées

Delphine Allemand, porte-parole de l'armée

L’armée contrôlera néanmoins si ses hébergements sont adaptés. Le médecin en chef de l'armée recommande d'utiliser de grandes salles en surface laissant entrer la lumière du jour et pouvant être aérées, par exemple des halles de gymnastique ou des écoles, explique encore Delphine Allemand. "Il convient de veiller en particulier à ce que ces locaux disposent de fenêtres pouvant être ouvertes pour l’aération. On vérifiera si les hébergements envisagés conviennent aux exigences et on procédera aux adaptations nécessaires dans la mesure du possible."

Application des normes

Contrairement aux témoignages reçus, l’armée assure que des masques et des gants sont distribués aux troupes, mais pas de gel hydroalcoolique. "Le désinfectant est utilisé dans les endroits où il est plus nécessaire (contact avec les malades) et là où la possibilité de se laver les mains avec de l'eau courante et le savon est plus réduite (tentes de triage, container de traitement, …)", indique Delphine Allemand. "C’est exactement comme dans le civil", ajoute-t-elle.

Quant au mélange des soldats, l’armée dit ne faire qu’appliquer les normes en vigueur. "Les personnes malades ou testées positivement sont isolés conformément aux exigences de l’OFSP. Les soldats sanitaires, comme les médecins spécialistes, qui ont été en contact étroit avec un cas de Covid-19 peuvent continuer à être déployés conformément aux directives de l’OFSP, à condition que les mesures de protection et d'hygiène appropriées soient suivies."

A ce jour, près de 100 militaires souffrent du Covid-19.

Raphael Leroy/ther

Publié le 27 mars 2020 à 07:53 - Modifié le 27 mars 2020 à 08:15